LES AMOURS DE QUINZE ANS
Le poème des cœurs qui voulurent aimer
Et doux, triste et profond comme un puits sous la lune.
On y voit des enfants, pour des êtres aimés,
Souffrir d'une charmante et secrète infortune.
La jeune fille y rêve avec son ruban bleu... Sa prière du soir chante encor dans les strophes. C'est un poème qu'on doit dire au coin du feu, Charmant et suranné comme une ancienne étoffe.
Chers amours de quinze ans, que vous aviez de charme! L'on pensait : Je vous aime! et l'on disait : Bonjour ! C'étaient des billets doux écrits avec des larmes Où des cœurs ingénus avaient mis leur amour...
Oh! petites amies, oh! petites cousines, Avec la jupe courte et le grand col marin, Les châles écossais, les bouquets d'aubépine Et cet étonnement qui fait les yeux divins.
Oh! souvenirs charmants des fêtes enfantines! Que la musique alors a des attraits puissants! L'on s'est pressé la main dans le bal finissant Et des robes ont fui le long de la colline.
Que les fleurs, les villas et les jardins sont beaux!
On se sent un besoin divin de confidences
Et la poupée est seule en son petit berceau,
Les cerceaux ne crient plus au soleil des vacances.
— Trois jours, il faut rester trois jours sans la revoir! Auprès du vieux tilleul Pavez-vous rencontrée? Sous son chapeau de paille et sous ses cheveux noirs, Elle a Pair dans le parc d'une fleur envolée...
Puis, ce sont les adieux, un soir, dans le salon. L'automne a revêtu les jardins de ses brumes. D'où vient que ces chagrins d'enfant sont si profonds, Que de si petits cœurs tiennent tant d'amertume?
La vie ! Il faut partir dans les pensionnats, Les classes, les dortoirs et les cours... ah ! la vie... Pleurer, se souvenir, c'est cela, n'est-ce pas? Et c'est la vie encor qui veut que l'on oublie...
Amours d'enfant! Ainsi vous nous aurez menti ! Et nous aurons en vain adoré dans l'angoisse Une fleur, un ruban, durant les soirs, au bruit De la plume qui crie et du papier qu'on froisse...
Ces petits objets morts et pour nous si vivants Ont perdu leur prestige et sont morts davantage, Le bal au crépuscule et le parc et le vent Cèdent bientôt la place à d'autres paysages.
Et l'on ne voudrait pas, pourtant, n'y plus penser... L'on s'était attaché à ces frêles idoles. Oh! charme décevant des portraits efTacvs. Trésor enseveli que la terre nous vole!
Et plus tard, ah ! plus tard, quand on est revenu, Qu'on revoit au jardin l'aimée en robe rose, L'on a grandi, l'on est gêné, c'est autre chose, L'on se regarde en vain, l'on ne se connaît plus...
La tresse brune ne rit plus sur les épaules De l'enfant à laquelle on rêva tant de soirs. Un charme inexprimable, un lien subtil d'espoir, S'est envolé du cœur comme l'oiseau s'envole.
Gomme vous êtes loin, comme vous êtes vieux, Oh ! nos petits amours, le meilleur de nous-même, A présent, cœurs d'enfant, rêves, baisers, adieu ! Puisqu'il faut voir mourir un jour tout ce qu'on aime.