‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 4 sur 172 · UNE VISITE · texte numérisé non relu

UNE VISITE

Nous étions arrivés dans ma ville natale. Près du chemin de fer finit le cimetière. C'était le dernier soir des dernières cigales... Elle voulut aller au tombeau de ma mère.

Les trains avaient noirci les cyprès de fumée

Et nous montions, parmi les marchands de couronnes,

Une mélancolique et longue et blanche allée...

Et tout était désert, sur tout planait l'automne...

Elle avait un bouquet d'œillets à son corsage. Ses yeux étaient plus bleus dans l'oblique lumière. Elle passait avec son manteau de voyage Dans le marbre et le fer des fastes mortuaires.

La tombe se cachait sous d'anciens chrysanthèmes. Nous ne priâmes pas, n'ayant pas de croyance... J'ai dit du fond du cœur : « Voilà celle que j'aime ! » Elle a mis son bouquet sur la pierre, en silence...

Et nous sommes partis, timides, tout de suite... Le soir versait aux morts son ombre accoutumée... Alors ma mère a dit : « Douce est cette visite ! Enfant, comme j'aurais aimé ta bien-aimée... »

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Ces mots ont-ils atteint son âme trop humaine ? Elle ne pressa pas ma main dans la pénombre... Pour la première fois je la sentis lointaine, L'ombre de ces cyprès fut notre première ombre...

La LETTRE

Je l'ai vue, à quoi bon la froisser, cette lettre ? Pourquoi la caches-tu?... Je ne la prendrai pas. Pourquoi te demander si j'en souffre peut-être? Elle devait venir, je l'attendais, lis-la.

Lis-la, tu me fais mal, mais lis-la. Je t'envie. Je vois les mots affreux sur le papier flamber, Doux comme des aveux, et chauds comme la vie... Savoure ce bonheur que tu m'as dérobé.

Car jamais plus mon cœur ne connaîtra l'attente De l'enveloppe bleue où je lisais mon nom Tracé dans une grande écriture charmante, De la lettre qu'on ouvre avec un grand frisson.

Et pourtant si j'allais l'arracher tout de même ! Si je cédais soudain à mon brusque désir ! Si je voulais savoir la façon dont il t'aime, La crudité des mots évoquant vos plaisirs?

Mais tu vois ton bonheur en danger, tu te dresses. Te voilà prête à le défendre jusqu'au bout. Le passé n'est plus rien, tu n'es plus ma maîtresse. Gomme deux ennemis nous sommes là, debout.

Va, cette lettre-là, je la connais de reste. Dans ton mauvais regard, je la lis à loisir. Toi que j'aimais si fort, comme tu me détestes ! Pour ce papier froissé tu me ferais mourir...

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