VOLUPTE
N'ayant pour vêtements qu'un collier, tes bas noirs Et le mince ruban qui tient ta chevelure, Au milieu des coussins tu regardes le soir Monter en vagues d'ombre au travers des tentures.
Quelque chose de doux, de puissant, d'ennuyé Vient des flacons ouverts, du tabac, du silence, Fait rouler ton front lourd sur ton bras replié D'un attrait d'impudeur pare tes nonchalances...
L'air épais et brûlant et les parfums trop forts Ajoutent à l'ardeur qu'émanent les étoffes Lorsque la volupté forte comme la mort Ecartèle la chair, l'exaspère et la chauffe.
Ah ! Sois vile à souhait et sers mon seul plaisir ! Que ta bouche me soit ingénue et perverse ! Tends-moi tes seins vivants qu'agitent les désirs Et tords complaisamment tes reins et les renverse.
Mais dans tes yeux sans flamme aux bleus inexpliqués
S'il venait un éclair de tendresse, résiste...
Je n'en ai plus besoin car j'en ai trop manqué...
Que la tendresse ailleurs berce d'autres cœurs tristes !
C'est de la volupté seulement que je veux. J'emprunterai pour toi les rêves d'autres femmes En regardant la nuit couché dans tes cheveux. Donne-moi du plaisir et je te donne une âme.