L'OFFICIER DE MARINE
Sous l'ample kimono l'officier de marine Avait l'air d'un enfant émerveillé de tout. Il parlait lentement des voyages en Chine, Des mandarins fumant les pipes de bambou.
A sa voix s'évoquaient des mers orientales Battant des palais peints et des pagodes d'or Et des soirs chauds mêlant le frisson des sandales Sur les nattes de jonc à la rumeur des ports.
Une villa de Saigon aux murs de laque... Par la fenêtre, au loin, les mâts des paquebots... Un jardin de cactus... la nuit, les feuilles claquent... Une femme créole avec des yeux très beaux...
« 0 charme tout-puissant des longues fumeries ! Elle avait, disait-il, un visage de sœur, De lourds cheveux ombrant une épaule fleurie... Son peignoir avait la couleur du thé de fleurs...
Elle rêvait au froissement des moustiquaires...
Rien n'est prenant et doux comme un bonheur manqué.
0 ces nuits ! o fumée ! ô lampe solitaire !
Quand le bateau partit elle était sur le quai...
Et trois ans ont passé... ce soir, je viens d'apprendre Que là-bas elle vient de perdre son mari, Et j'ai beaucoup de mal... On ne peut me comprendre Gomme elle doit souffrir... » Mais si, moi, j'ai compris,
— On fume, on cause et les souvenirs se succèdent... Une larme pourtant, d'autres yeux que les miens, Vint tomber sur ma main, petite goutte tiède... Ah ! cette larme-là je la connaissais bien.