‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 60 sur 172 · BERCEUSE · texte numérisé non relu

BERCEUSE

Dormez, mes amis, l'histoire est trop triste.. Un peu de tendresse, un peu de beauté... On se croit très fort, mais nul ne résiste... Fumer et dormir, c'est la vériié...

Je ne dirai rien de la tour de brique, Rien du préau gris et rien de la cour, Rien du bruit des pas, de la porte antique, llien du souvenir et rien de l'amour...

Fumez et buvez l'ombre et le silence... Les murs étaient haut... On se croit 1res fort. On ne le s.iil p;is, c'est connue une essen o ! Qui fuit lentement de son flacon d'or...

LES soirs d'opium 73

Tous étaient très bons... Mais que l'âme meure Personne jamais n'en aura souci.

Les clairons sonnaient et passaient les heures... Les feuilles tombaient... Dormez, mes amis...

C'est un souvenir, puis un autre encore Qui part lentement mais part pour jamais. On voit les yeux chers qui se décolorent... L'image décroit de ceux qu'on aimait...

Ah ! pauvre âme errant dans les couloirs sombres, Comme tu frappas au portail fermé !...

Et la tour de brique allongeait son ombre Sur les pavés durs... Dormez et fumez...

Dormez, mes amis, sur le cœur des femmes... Cela dura moins qu'un bruit de clairon. Et tous regardaient expirer cette âme, Regardaient sans voir... Tous étaient très bons...

Les murs étaient hauts, nul n'ouvrit la porte... L'on continua de marcher en rond...

Personne ne sut qu'une âme était morte J'ai creusé sa tombe au bruit du clairon...

Elle est sous la tour dont l'ombre s'allonge, Près du préau gris et près de la cour, Dans les murs disjoints que les herbes rongent, Près de l'escalier qu'usent des pas lourds...

Elle est sous la dalle au pied de la rampe... Puisqu'entre deux morts il nous faut choisir, Dans cette beauté du clair de la lampe, Dormez jusqu'au jour, fumez à mourir...

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