DANS LA FUMEE BLEUE
La femme aux ong-les peints sent le géranium,
La résine, le térébinthe et la jeunesse.
Elle fait grésiller et tourner l'opium,
Ce grillon ténébreux dans le champ des ivresses.
Elle est un caillou blanc, une rose qui luit Dans le parterre noir où croissent les fumées. C'est un corps de soleil remuant de la nuit, Un sureau délicat aux branches parfumées.
La femme aux cheveux courts, à la tête de mort Sur l'os long de son bras pose en rêvant son crâne, Dans la clarté rougeâtre elle a l'air d'un remords Qui, sorti du passé, touche l'âme et la fane.
Elle rit et l'on voit ses dents se déchausser. Elle regarde avec deux trous profonds et vides. Hors du peignoir jaillit son corps maigre et glacé, Ainsi que d'un suaire, en une horreur splendide.
Tu mêles savamment les êtres, opium !
C'est par toi que le sang et l'esprit se transfusent.
La forme de soleil et de g'éranium
Sous le regard sans yeux a des chaleurs confuses.
Le suc du sureau blanc coule en vivants rayons
Au contact de l'épaule et de la tète osseuse
Et le désir unit sur la peau de lion
La jeunesse et la mort, ces sombres amoureuses...