‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 77 sur 172 · AU CASINO · texte numérisé non relu

AU CASINO

Madame, savez-vous qu'il est de clairs glaciers,

De beaux lacs morts creusés dans les rocs millénaires.

Des pierres s'étageant comme mille escaliers

Où ne croît plus ni l'aconit, ni la fougère,

De hauts lieux où l'esprit demeure émerveillé

Des aspects étonnants de la splendeur solaire...

Au bruit du casino qui berce vos secrets

Vous restez à rêver dans un fauteuil de paille;

De vos gants blancs sortent des mains couleur de lait.

Vos tresses font de l'ombre hors des peignes d'écaillé.

Vos seins décolletés sous le plaid ne tressaillent

Que lorsque vous frôlez la neige du sorbet.

Univerg/ftJ* BIBLiOTHECÀ

Madame, savez -vous qu'il est d'autres musiques Que l'orchestre tzigane et que le piano. Des étoffes plus chatoyantes, plus magiques Que les riches satins ruisselants sur les peaux Et de plus beaux oiseaux aux ailes nostalgiques Que les grands cygnes blancs des lacs du casino.

Madame, savez-vous quelles belles histoires Disent ces muletiers qui marchent en songeant : « Le mont perdu, les lacs glacés, l'aiguille noire... » Gomme ces mots pour l'âme ont un charme puissant ! Madame, savez-vous que les izards vont boire Au torrent froid et bleu sur des graviers d'argent.

« Les spectacles trop beaux me donnent des migraines,

Disiez-vous, le vent frais brunit les teints trop blonds.

Je ne sais pas marcher sans une robe à traîne

Et des petits souliers avec de hauts talons.

L'odeur de mes flacons d'œillet et de verveine

Me parfume bien mieux que les plantes des monts... »

Madame, quand je vais sans bagage et sans guide, Je goûte mal l'éclat des merveilleux décors ; La pluie est sans chanson et la vallée est vile Si je n'y dois point voir briller vos cheveux d'or. Et le ciel est moins chaud sur la terre splendide Puisque je ne sais pas qu'il chauffe votre corps.

Entendez-vous claquer le fouet des cavalcades? La mule est là, j'ai mis la clochette à son cou. Venez sous les sapins qui forment des arcades. J'ai pris mon grand bâton et mes souliers à clous. Venez jusqu'à l'endroit nommé le pont des loups Pour vous parer des belles perles des cascadt 8.

Laissez le lent orchestre énervant votre chair, Les roses, le jet d'eau, les femmes ravissantes. J'ai besoin de rêver dans les hauts cols déserts Et c'est un grand malheur que ces nuits étonnantes. Les rochers de mica, la neige bleuissante, Sans y mêler vos yeux ne puissent m'être chers.

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