‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 76 sur 172 · LES SENSUELLES · texte numérisé non relu

LES SENSUELLES

Le halo du désir cerne leurs yeux pâlis,

La forme de leur corps n'est jamais contenue,

Jamais les vêtements n'auront assez de plis

Et même sous leur robe on les voit marcher nues,

Elles ont beau cacher leurs mains sous leurs manchons

Et serrer sur leur cou les fourrures épaisses,

On sait bien de leur peau l'incarnat et le ton,

Il glisse une impudeur sous leurs yeux qui se baissent...

Elles marchent modestement avec des airs

Où la timidité à l'orgueil le dispute...

Mais leurs bras sont croisés pour s'être trop ouverts,

Des chaleurs de plaisir s'échappent de leur jupe.

Leurs nerfs, d'un rien froissés, semblent toujours à vif. Chair, amour, sont des mots qu'elles n'osent entendre. Le contact d'une main fait leurs regards pensifs : Plus le feu est ardent et plus fine est la cendre...

Vous n'avez pas toujours ce regard sage et fier Et ce front vertueux, ô nobles, ô fidèles ! Le creux du lit s'enfonce au poids de votre chair, O vous qui maintenant semblez avoir des ailes...

Dans cette solitude où vous ne craignez rien, Dans le plaisir des draps, devant le feu qui flambe, Auprès du cher amant qui seul vous connaît bien, Que n'avez-vous pas fait entre les murs des chambres?...

Il est rude pour vous et peut-être brutal... Il connaît de vos sens les terribles faiblesses Et comme un vin trop pur qui tache du cristal, Sur votre orgueil mourant il épand ses caresses.

Vous pouvez le trahir, vous pouvez le quitter. Devenir loin de lui des épouses, des mères, Connaître la douceur des devoirs réguliers. L'amour sans amertume et le bonheur austère.

Un jour, il reviendra... Vos cheveux seront gris Et vos filles déjà peut-être seront belles. Il n'aura qu'à passer et vous aurez compris Que c'est votre malheur, là-bas, qui vous appelle.

Vous n'aurez que le temps de courir au miroir Pour y chercher un peu de vos grâces passées, Et vous vous en irez vers le plaisir d'un soir Quand même votre vie en resterait brisée...

Rien ne fera jamais, le deuil ou le remords, Que cette volupté de vos sens disparaisse Et vous mêlerez même à l'heure de la mort Dans les adieux sacrés, ses anciennes caresses...

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