‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 79 sur 172 · LES ORGUEILLEUX PAUVRES · texte numérisé non relu

LES ORGUEILLEUX PAUVRES

Ah ! pauvres orgueilleux sous vos habits luisants, Avec vos airs gênés, vos rougeurs, votre morgue, Vous êtes à la fois grotesques et plaisants, Votre voix refoule des pleurs dans votre gorge.

Est-ce la gaucherie étrange de vos mains, Est-ce votre raideur, vos figures ingrates, Vos gestes étriqués, vos habits disparates, Vous avez toujours l'air de vivants mannequins.

Que de grandeur cachée en ces corps ridicules !

Que de fierté naïve est perdue à jamais!

Gomme le ciel se voile avec des crépuscules,

Ces cœurs dans du silence ont mis ce qu'ils aimaien

Ils ne peuvent gagner L'amitié de personne; Ils semblent des jaloux n'étant que maladroits; Ils n'osent réclamer les choses qu'on leur doit, Même alors ils ont l'air de demander l'aumône.

Ils vont, ayant perdu la confiance en eux;

Un rien les blesse; ils sont inquiets et timides,

Ils traînent dans leurs vêtements, dans leurs cheveux,

L'odeur de pauvreté de leurs chambres humides...

La misère à leur bouche a mis un goût amer, Celui du linge usé, de l'alcôve tachée, Des relents de vieux bois, du corridor sans air... Le souffle des garnis affadit leur pensée...

Jamais plus ils n'en sortiront, c'est pour toujours ! Ils sont dans leur misère ainsi qu'en une fosse. Leurs vœux seront mesquins afin qu'on les exauce. Ils ne songeront plus qu'au pain de chaque jour...

Ils seront plus aigris, plus fiers, insociables; L'eau passera plus vite aux trous de leurs souliers ; Leur aspect deviendra plus falot, plus minable, Ils descendront blêmis, le terrible escalier...

Ne revoyez jamais les yeux de votre mère,

Vous que la vie a rejetés, pauvres honteux,

Visages déformés par la chance contraire...

Quels pleurs en vous voyant couleraient de ses yeux?,

Votre cœur ne se brise pas dans vos poitrines, Rien ne peut vous tirer un cri de désespoir, Rien ne fait grimacer le manque de vos mines, Si vous mourez de faim c'est sans le laisser voir.

Ah ! de quels yeux où luit toute l'angoisse humaine, Regardez-vous un autre pauvre, un mendiant. Quelle amertume emplit vos cœurs en entendant Le bruit sec du pain bis dont sa besace est pleine !...

La robe tombe enfin, dévoilant le mystère Du corps que j'ai tant désiré, du corps secret. Il est là, rayonnant de toute sa peau claire Et je sens sur mon cœur fondre mille regrets.

II me semblait plus beau sous les plis de la soie, Je le croyais plus long, je le croyais plus pur Et je croyais, ce soir, brûler de plus de joie Contre la chair de flamme et les veines d'azur.

Près d'elle je n'ai pas cette divine ivresse Dont j'espérais être ivre en le creux de ses bras. La chambre se remplit d'une immense détresse... J'ai trouvé le trésor, il ne m'éblouit pas.

— « La tendresse a besoin d'une forme plus pure. Ne va pas me montrer de tendresse, ce soir. Laisse-moi dans les draps me cacher la figure Et pleurer la beauté que je ne peux avoir... »

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