L'IMAGINATION VOLUPTUEUSE
C'est à peu près le même corps, la même allure, Le même grain de peau, le même buste étroit, La même qualité lourde de chevelure, La jambe est aussi longue et le sein aussi droit.
Le visage et les yeux évidemment diffèrent. Dans la chambre il suffit d'atténuer le feu, De n'avoir près du lit qu'une faible lumière... L'esprit devient si clair lorsque l'on y voit peu !
La forme entre mes bras se modèle, ô prodig-e ! Ressuscitant le souvenir que j'ai voulu. J'étreins éperdument par un puissant prestige La femme que j'aimais et que je n'aurai plus.
O somptuosité des caresses anciennes,.
Mêlant intimement les plaisirs et les maux!
C'est son corps tant chéri, c'est sa bouche, la sienne!
Encor moins de lumière et surtout pas un mot !
Et ce peut être aussi la passante orgueilleuse Dont soudain le désir sans raison m'a mordu. .. Je dévoile les seins des vierges précieuses Et je couvre leur corps de baisers défendus.
11 n'est pas pour ma main de robe insoulevable, De linge qui ne soit facile à déchirer. Je peux saisir toutes les gorges désirables Et du secret parfum de leur peau m'enivrer.
Ingénue ou pudique, aucune ne résiste!
Toutes par mon pouvoir s'étendent dans mon lit. Que le vrai compagnon soit joyeux ou soit triste, Il n'importe! car seul son silence suffit...
Avec l'ombre, avec les cheveux, avec l'ovale Du visage invisible et dont le contour fuit, Avec un cœur quelconque, une forme banale, Mon esprit se fait sa beauté de chaque nuit.