LE MORT AMOUREUX
Les choses de la chair avaient seules du prix;
Je n'étais bien qu'auprès de la chaleur des femmes.
Leurs caresses étaient mes luxes favoris.
J'aimais leurs yeux, mais non pour y chercher leur âme.
Je vivais pour la chevelure qu'on défait Et qui ruisselle en or sur une épaule d'ambre, Pour le linge qui tombe et pour le sein parfait Et pour l'odeur d'amour qui pénètre la chambre.
Durant mes soirs d'ennui, je ne pouvais songer
Qu'à des peaux au grain pur où passaient mes mains lentes.
Qu'à des corps s'étirant sur des draps ravagés,
Qu'à des formes toujours poui le plaisir vivantes.
Je ne désirais pas au delà du baiser.
Quand sur mon lit battait un eceur trop solitaire. Quand j'en sentais vers moi la tendresse monter, A l'instant de l'aveu j'éteignais la lumière.
Je ne voulais pas voir le visage incliné Avec trop de douceur et trop de lassitude. J'aimais mieux que le corps tout seul se soit donné Et couché près de lui garder ma solitude.
A présent c'est un mort que j'ai pour compagnon. Je presse tendrement ses lèvres sans haleine... Mille fois, chaque nuit, je répète son nom, Je lui fais en pleurant le récit de mes peines...
Mais j'ai beau l'envelopper tout entre mes bras, L'appeler la plus chère entre les créatures, J'ai beau le supplier, il ne me répond pas, Il demeure immobile et rayé de marbrures...
Alors, je me souviens des silences passés, Des voix qui m'appelaient et que je faisais taire. Dans le lit chaud d'amour j'étais un mort glacé Et je comprends enfin le mal que j'ai dû faire.