BERCEUSE FÉROCE
Voici les coussins, les velours tigrés.
Par le soir la chambre est toute cendrée. Dors, ô mon amant! je te bercerai Entre mes seins durs à la chair dorée.
J'ai fait un bouquet de fleurs de sureaux Et brûlé des grains de quinam et d'ambre, Pour que le vertige errant aux carreaux Avec leur vapeur emplisse la chambre.
Parmi mes cheveux j'ai mis du poison; Le long- de ton corps je vais les répandre. Dors, ô mon amant! auprès des tisons... L'amour fait le mal, le feu fait les cendres...
J'ai fait un collier avec des coraux.
Lorsque près de toi je m'étendrai nue Tu le sentiras déchirer ta peau Ton sang rougira ma bouche ingénue...
Dans ma jarretière est un court poignard. Le manche est en or, la lame en est fine. Dors, ô mon amant! quand il sera tard Je te piquerai trois fois la poitrine...
Va, tu souffriras, ô mon adoré !
Quand l'homme est couché le malheur se lève...
Dors entre mes bras je te verserai
L'ennui, le remords et les mauvais rêves...