LE ROSSIGNOL
Te la rappelles-tu cette propriété Où nous vînmes un soir par une longue allée? Dans les vieux buis traînait le vent des fins d'été Et la demeure était muette et désolée.
Le châtelain nous fit accueil sur le perron. Il passait pour avoir une étrange folie. Le dîner qu'il offrit fut lugubre et très long Dans une salle vide aux clartés des bougies.
Une porte criait au fond d'un corridor... Les souffles du passé sortaient du vestibule Et tcut à coup un rossignol chanta dehors Un féerique chant doux comme un crépuscule.
Déjà le châtelain avait pris son fusil, Il courait dans le parc rempli de flaques sombres, Et sous les cyprès noirs par la lune roussis, Il cherchait à tuer l'enfant divin de l'ombre.
a Pauvre oiseau! » disais-tu... Ne crains rien... Il est loin
Nul ne l'atteint sauf les étoiles de novembre...
Le châtelain, ce soir, fit fermer avec soin
Les grands volets, tirer les rideaux verts des chambres...
Il avait beau cacher sa tête sous ses draps, Il ne pouvait dormir que très tard, à l'aurore, Car l'oiseau dans le parc, tout seul, là-haut, là-bas, Pour le cyprès et pour le buis chantait encore.
— Et moi je suis pareil à cet homme insensé... J'avais un rossignol exquis dans ma poitrine. Merveilleuse, imprévue, ironique, câline, Sa voix chantait pour moi, mais je criais: Assez !
« Pauvre oiseau! » disais-tu... Il ne volait qu'à peine. La plume de sa gorge était d'ardoise et d'or... Je crois bien que ce soir ta pitié sera vaine... Dormez châtelain fou, le rossignol est morl...
lies lièvres et le Seepet