‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 96 sur 172 · ON VIEILLIT · texte numérisé non relu

ON VIEILLIT

A vingt ans on a cru sa jeunesse éternelle, Il sem'jle que le temps ne nous atteindra pas, Que notre vie sera plus intense et plus belle, Qu'on peut vers l'avenir tendre toujours les bras.

pn vieillit. C'est d'abord une ride à la tempe, Des cheveux gris perdus parmi des cheveux noirs... On ne sait pas si l'huile a baissé dans la lampe, Comment le jour devient tout doucement le soir...

L'esprit est moins actif, le corps est moins alerte. Un cercle en fer vous tient si l'on a mal dormi. On cherche à refuser les nuits de veille offertes. On compare sa force à celle d'un ami.

D'abord on n'y croit pas, c'est une idée qu'on chasse. On se flatte d'avoir un corps que rien n'abat. Mais dans l'éloignement imprévu d'une glace, Un homme, un jour, paraît qu'on ne connaissait pas.

Mais non plus celui-là que l'on se plaisait d'être, C'est un autre, vieilli, et le même pourtant... Ah! quelle clairvoyance a soudain pu permettre Qu'on suive sur ses traits les ravages du temps?

Avec un vieux portrait, anxieux, on compare... Un subtil élément s'est figé... L'on comprend Les nerfs plus irrités, les fatigues, les tares, Les chagrins saus motif, les étourdissements...

l34 L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE

Eh quoi ! tu périrais, jeune et charmante ivresse, Spontané mouvement et chaleur de mon sang-... 0 goût de l'amitié, des fêtes, des caresses, Amour de tous plaisirs qui me faisait puissant !

Non, je me suis trompé, je suis encore moi-même, Ma jeunesse est en moi, rien ne peut me l'ôter. Je mordrai comme avant la chair du fruit que j'aime, Je veux goûter encor aux chères voluptés.

Je ne serai jamais, nature, ton esclave. Vieillis-moi, courbe-moi, fais tomber mes cheveux, Ravine de sillons ma face, je te brave, Je porte le flambeau plus loin que tu ne veux...

Tu ne glaceras pas mon cœur dans ma poitrine, Je le rallumerai par un constant effort; Debout, je défendrai cette flamme divine, Tu ne prendras ma vraie jeunesse qu'à la mort...

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