L É O PO L D I N E E S T E R H A Z Y
Cette statue en marbre est un portrait. Le modèle est un peintre de pay-
Ainsi une princesse a voulu passer à la postérité, non dans l’appareil de ses honneurs, mais avec les attributs de son talent. Ce calcul est plus noble et plus sur. Elle pouvait cependant compter sur un autre succès: celui que sa beauté devait assurer à cette image.
Les modernes, en cultivant les arts du dessin, ont ce désavantage à subir avec les artistes grecs, que ceux-ci n’avaient qu’à copier les belles formes du modèle vivant pour arriver à la perfection (pie nous nommons idéale ; tandis qu’il faut presque inventer la beauté sous nos climats septentrionaux. L’élégance des traits, la noblesse du corps, sont comme des traditions fabuleuses. Presque rien n’en subsiste dans les êtres animés qui nous environnent.
Plus heureux dans ce dernier travail, Canova a modelé son original; et un portrait exact a offert des beautés dignes du ciseau antique.
La princesse est assise sur un tertre champêtre. Elle se tourne vers un objet dont elle est occupée à saisir les formes pour les reproduire. Elle dessine un point de vue; sa main gauche tient le portefeuille où son esquisse est commencée, et la main droite un crayon.
Le vêtement grec ne manque ni de majesté ni de grâce. Les plis sont harmonieux et relèvent habilement les avantages de la taille. Les cheveux sont traités avec une finesse remarquable, même dans les œuvres d’un sculpteur qui a le mérite particulier de bien faire valoir ce détail.
L’ouvrage commencé en 1806 resta long-temps entre les mains de fauteur, qui se plut à en perfectionner toutes les parties.
Cette figure pouvait avoir le défaut de ressembler à celle d’une Muse, à cause de la disposition de sa pose ; mais l’artiste a puisé dans la ressemblance même de son modèle, un naturel d’expression, une simplicité qui écarte les rapports qui sont prêts à naître avec une création de fantaisie. L’ensemble est plein de grâce et de charme. De quelque coté (pie ce marbre soit considéré, il offre un aspect agréable; et Canova l’avait si bien senti, qu’il en a fait exécuter quatre dessins, pris tous d’un point de vue différent.
MONUMENT CONSACRÉ A VOLPATO.
L’Italie a vu fleurir, clans ces derniers temps, deux graveurs célèbres. Et, tandis que ses peintres et ses architectes cédaient le premier rang à l’école française, elle disputait encore à notre burin son antique prééminence dans tous les arts du dessin. Ces deux graveurs sont Raphaël Morghen et Volpato. L’un vient de mourir; l’autre fut aussi le contemporain de Canova, et notre sculpteur a voulu consacrer ce souvenir à un artiste qui eut deux titres à son amitié, les qualités de son cœur et son talent; ce talent est connu; la finesse, la grâce, sont les principaux caractères des ouvrages de Yolpato.
Sur une table de marbre élégamment courronnée d’un fronton, se dessine la colonne qui porte son buste. Canova semble avoir redoublé de zèle et de soins pour laisser à l’avenir une noble image de ce vieillard qui fut son maître dans quelques secrets de l’art. La reconnaissance a bien inspiré son ciseau.
Sur la colone se lit l’inscription suivante. Le sens en est facile à saisir , malgré les abréviations du style lapidaire.
IOIL VOLPATO. ANT. CANOVA. QUOD. SIBI. ARGENTE AN. XXV. CLEM. XIV. P. M. SEPUL. FAC. LOCAVERIT. PROBAVERITQUE. AMICO. OPTIMO. MNEMOSINON.