‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 32 sur 33 · NE V I · texte numérisé non relu

NE V I

Cette statue colossale n’a point été entièrement terminée par l’auteur.

Il regrettait aux derniers momens de sa vie, de n’y pouvoir faire des chan£emcns essentiels , et il mourut dans le courant de ce mois d’octobre 1822, qui avait été fixé par le successeur de Pie VI pour placer l’image de son devancier dans la basilique de Saint-Pierre de Rome , près de l’escalier qui conduit au crypte.

Le pape Ange Braschi possédait des qualités personnelles; et les infortunes qui ont accablé ses dernières années recommandent sa mémoire. Il fut enlevé du palais Quirinal par un ordre du Directoire , non satisfait d’avoir envoyé le général Bonaparte s’emparer d’une moitié des Etats romains, d’avoir obtenu trente millions d’écus, et la cession des plus beaux morceaux de peintures qui ornaient le musée Clémentin. On vit, à travers les larmes et les prières des peuples , un vénérable vieillard traverser l’Italie et la France, changeant d’exil chaque jour, et jamais de sentimens. Résigné dans son malheur et ferme dans ses refus, il étonnait tourà-tour et humiliait ses persécuteurs sans les attendrir. A Sienne, il fut surpris par un tremblement de terre qui ébranla sa prison; et dans la chaitieuse de Florence, par la rencontre des princes de Sardaigne, exilés du trône comme lui. Entraîné à Plaisance, à Lodi, à Turin, il fut conduit au pied des Alpes dans une saison rigoureuse, et il lui fallut traverser sur un brancard le mont Genèvre, hérissé de glaciers et bordes d’affreux précipices. Nos hussards lui offraient leurs pelisses pour couvrir ses membres engourdis. «Je ne souffre pas, et je 11e crains rien, mes enfans,» leur

disait-il.

C’est ainsi qu’il arriva à Briançon, puis à Grenoble. Quelques pauvres paysans venaient s’agenouiller sur la neige, pour recevou en passant la bénédiction de l’octogénaire; et quelquefois c était un pretre déguisé qui avait éprouvé sur la terre d’exil 1 inépuisable charité de Pie \ I.

Il mourut à Valence, en 1799. Il avait gouverné l’Eglise durant vingtquatre ans. Sa personne imposait le respect. Sa taille était élevée, ses yeux expressifs et grands; toutes ses manières nobles et simples. Il accomplissait les cérémonies religieuses avec une dignité peu commune. Canova n’a rien emprunté à son imagination en lui donnant le caractère grandiose qui se remarque dans cette statue. Ces qualités sont attestées par deux écrivains dont les éloges ne sont pas suspects; ce sont deux protestans : un luthérien allemand, qui l’avait vu officier à Vienne; et l’écrivain anglais, John Moore. Tous deux parlent du Pape, dans leurs mémoires, avec un respectueux enthousiasme.

Ici le souverain Pontife est agenouillé sur de riches coussins , dans l’attitude d’une dévotion pleine de confiance. Ses mains sont jointes par la prière; il a déposé la tiare, et son front blanchi n’est plus couvert que de cet ornement appelé solideo , pour exprimer que l’homme qui le porte ne doit d’hommages qu’à Dieu seul.

Les longues draperies qui couvrent toute cette figure sont disposées avec beaucoup d’art; elles ajoutent à son expression de ferveur et de recueillement.

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