‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 11 sur 217 · Paul Estuer Caussade, comte de Saint-Mesgrin, l'un des · texte numérisé non relu

Paul Estuer Caussade, comte de Saint-Mesgrin, l'un des

sans que la dame en pâtist^ qui demeura longuement pourtant en tremble et aux altères^ d*autant qu* estant grosse, et se fiant qu^après ses couches, qu'elle eust voulu estre allongées d'un siècle, elle auroit autant; mais le mary, bon et myséricordieux, encor qu'il fiist des meilleures espées du monde, luy pardonna; et n'en fut jamais autre chose, et non sans grande allarme de plusieurs autres des serviteurs qu'elle avoit eu; car l'autre paya pour tous. Aussi la dame, recognoissant le bien&it et la grâce d'un tel mary, ne luy donna jamais que peu de soupçon despuis, car elle fut des assez sages et vertueuses d'alors.

II arriva tout autrement un de ces ans au royaume de tapies, à donne Marie d'Âvalos, l'une des belles princesses du païs, mariée avec le prince de Venouse*, laquelle s*estant enamourachée du comte d'Andriane, l'un des beaux princes du païs aussi, et s^estans tous deux concertés à la jouissance et le mary l'ayant des couverte (par le moyen que je dirois, mais le conte en seroit trop long), voire couchez ensemble dans le lict, les fit tous deux massacrer par gens apposiez; si que le lendemain on trouva ces deux belles moitiés et créatures, exposées estendues sur le pavé de-

mignoDS de Henri III. Il ëtait Tamant de Gadierme de Glèves, femme de Henri doc de Goise, qui le fit assassiner le 21 juillet i578f rue du Louvre, à onze heures du soir. Il mourut le lendemain. Le duc de Mayenne commandait la troupe des meurtriers.

i . Marie d'Avalos, fille de C!harles d'Avalos, prince de Montesarchio , mariée en troisièmes noces à Charles Gesualdo , prince de Venouse.

vant la porte de la maison^ toutes mortes et froides^ à la veuede tous les passants^ qui les larmoyoient et plaignoient de leur misérable estât.

Il y eut des parens dé ladicte dame morte qui en ^ furent très-dolents et très-estomacquez^ jusques à s'en

vouloir ressentir par la mort et le meurtre, ainsi que i la loi du païs le porte; mais d'autant qu'elle avoit

esté tuée par des marauts de vallets et esclaves qui ne méritoyent avoir leurs mains teintes d'un si beau et si noble sang, sur ce seul suject s'en vouloyent ressentir et rechercher le mary^ fust par justice ou autrement^ et non s'il eust faict le coup luy mesme de sa propre main; car n'en fut esté autre chose^ ny recherché.

Voilà une sotte et bizarre opinion et formalisation ; dont je m'en rapporte à nos grands discoureurs et bons jurisconsultes, pour sçavoir : quel acte est plus énorme, de tuer sa femme de sa propre main qui l'a tant aimée ou de celle d'un maraut esclave? Il y a force raisons à déduire là dessus; dont je me passeray les alléguer, craignant qu'elles soient trop foibles au prix de celles de ces grands.

J'ay ouy conter que le viceroy, en sçachant la conjuration, en advertit Tamant, voire l'amante; mais telle estoit leur destinée, qui se devoit ainsi finer par si belles amours.

Cette dame estoit fille de dom Carlo d'Avalos, second frère du marquis de Pescayre, auquel, si on eust faict un pareil tour en aucunes de ses amours que je sçay, il y a longtemps qu'il fust esté mort.

J'ai cogneu un mary lequel, venant de dehors, et ayant esté longtemps qu'il n'avoit couché avec sa

DES DAMES. il

femme^ vint résolu et bien joyeux pour le Êiire avec elle et s'en donner bon plaisir; mais arrivant de nuiet^ il entendit^ par [le petit espion^ qu'elle estoit accompagnée de son amy dans le lict; luy aussitost mit la main à^l'espée; et frappant à la porte^ et estant ouverte, vint résolu pour la tuer; mais premièrement cherchant le gallant qui avoit sauté par la fenestre^ vint à elle pour la tuer; mais^ par cas^ elle s'estoit cette fois si bien atiifee^ si bien parée pour sa coiflFure de nuict^ et de sa belle chemise blanche^ et si bien ornée (pensez qu'elle s'estoit ainsi dorlottée pour mieux plaire à son amy), qu'il ne l'avoit jamais trouvée ainsi bien accommodée pour luy ny à son gré, qu'elle, se jettant en chemise à terre et à ses genoux, luy demandant pardon par si belles et douces paroles qu'elle ditj, comme de vray elle sçavoit trèsbien dire, que, la faisant relever, et la trouvant si belle et de bonne grâce, le cœur luy fléchit, et laissant tomber son espée, luy, qui n'avoit fait rien il y avoit si longtemps, et qui en estoit affamé (dont possible bien en prit à la dame, et que la nature l'émouvoit), il luy pardonna et la prit et l'embrassa, et la remit au lict, et se déshabillant soudain, se coucha avec elle, referma la porte ; et la femme le contenta si bien par ses doux attraicts et mignardises (pensez qu'elle n'y oublia rien), qu'enfin le lendemain on les trouva meilleurs amis qu'auparavant, et jamais ne se firent tant de caresses : comme fit Ménélaus, le pauvre cocu , lequel l'espace de dix ou douze ans menassant sa femme Héleine qu'il la tueroit s'il la tenoit jamais, et mesmes luy disoit du bas de la muraille en haut; mais^ Troye prise, et elle tombée entre

id m» dàmis.

ses mains ^ il fut si ravy de sa beautë qu il luy pap* donna tout, et l'ayma et caressa mieux que jamais.

Tels marys furieux enoor sont bons, qui de lions tournent ainsi en papillons; mais il est mal aise à faire une telle rencontre que celle^y.

Une grande, belle et jeune dame du règne du roy François r*", mariée avec un grand seigneur de Fran« œ, et d'aussi grande maison qui y soit point, se sauva bien autrement, et mieux que la précédente; car, fust ou qu'elle eust donné quelque sujet d'à* mour à son mary, ou qu'il fust surpris d'un ombrage ou d'une rage soudaine, et fust venu à elle l'espée nue à la main pour la tuer, désespérant de tout se* cours humain pour s*en sauver, s*advisa soudain de se vouer à la glorieuse Vierge Marie, et en aller accomplir son vœu à sa chappelle de Lorette, si elle la sauvoit, à Sainct>Jean des Mauverets', au païs d^An* jou. Et sitost qu'elle eut fait ce vœu mentallement, lediot seigneur tumba par terre, et luy faillit son espée du poing; puis tantosl se releva, et, comme venant d*un songe, demanda à sa femme à quel saint elle s'estoit recommandée pour éviter ce péril. Elle luy dit que c'estoit à la Vierge Marie, en sa chappelle susdite, et avoit promis d'en visiter le saint lieu. Lors il luy dit : a Allez-y donc, et accomplissez vostre vœu; » ce qu'elle lit, et y appendit un tableau contenant l'histoire, ensemble plusieurs beaux et grands vœux de cire, à ce jadis accoustumez, qui s'y sont veus long-temps après. Voilà un bon vœu,

1. Saint-Jean des Mauvrets, arrondissement d'Angers (Maineet-Loire).

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«t belle eseapade * inopinée ! Voyez la Croniqtw d^ Anjou ".

J'ay ouy parler que le roy François une fois voulut aller coucher avec une dame de sa cour qu'il aimoit. Il trouva son mary Pespée au poing pour l'aller tuer*; mais le roy luy porta la sienne à la gorçe , et luy commanda, sur sa vie^ de ne luy faire nul mal, et que s'il luy faisoit la moindre chose du monde^ qu'il le tueroit, ou qu'il luy feroit trencher la teste; et pour cette nuict l'envoya dehors, et prit sa place.

Cette dame estoit bien heureuse d'avoir trouvé un si bon champion et protecteur de son c, car onques puis le mary ne luy osa sonner mot^ ains luy laissa tout faire à sa guise.

J'ay ouy dire que, non seulement cette dame, mais plusieurs autres, obtindrent pareille sauve-garde du roy. Comme plusieurs font en guerre pour sauver leurs terires et y mettent les armoiries du roy sur leurs portes , ainsy font ces femmes celles de ces grands roys, au bord et au dedans de leur c, si bien que leurs marys ne leur osoyent dire mot, qui iuins cela, les eussent passez au fil de l'espée.

Teh ay cogneu d'autres dames, favorisées ainsy

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