‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 10 sur 217 · Qtt/, qu'il · texte numérisé non relu

Qtt/, qu'il

5. René de VUlequier. Au commencement de septembre 1577, au château de Poitiers où était alors Henri III , il poignarda sa femme , Françoise de la Mark , qui était enceinte. Ce meurtre

les libertez du monde, et qu'il estoit assez informé de sa vie, jusques à luy remonstrer et l'admonester. Toutesfois une verue luy prit (on dit que ce fut par la persuasion d'un grand son maîstre)^ et par un matin la vint trouver dans son lict ainsi qu'elle vouloit se lever, et ayant couché avec elle, gaussé et ryt bien ensemble, luy donna quatre ou cinq coups de dague, puis la fit achever à un sien serviteur, et après la fit mettre en litière, et devant tout le monde fut emportée en sa maison pour la faire enterrer. Après s'en retourna, et se présenta à la cour, comme s'il eust fait la plus belle chose du monde, et en triumpha. Il eust bien fait de mesme à ses amoureux; mais il eust eu trop d'afiaires, car elle en avoit tant eu et fait, qu'elle en eust fait une petite armée.

J'en ay ouy parler d'un brave et vaillant capitaine pourtant*, qui, ayant eu quelque soupçon de sa femme, qu'il avoit prise en très-bon lieu, la vint trouver sans autre suitte, et l'estrangla luy-mesme, de sa main, de son escharpe blanche, puis la fit entarer le plus honnorablement qu'il peut, et assista aux obsèques habillé en deuil, fort triste, et le porta fort longtemps ainsi habillé : et voilà la pauvre femme bien satisfaitte, et pour la bien resusciter par bqlle

causa une vive ëmotîon à la cour; mais, dit l'Estoile, «l'issue et la facilité de la grâce qu'en obtint ledit Villequier, sans aucune difficulté, firent croire qu'il y avoit en ce fait un secret commandement du roy qui liaîssoit cette dame, pour un refus en cas pareil. »

i , Sampietro, père du mare'chal d'Ornano. L'amour ni la jalousie n'entrèrent pour rien dans ce meurtre. Voyez tome VI , p. 214, note 3.

cérémonie. Il en fit de mesmes à une damoiselle de sadite femme qui luy tenoit la main à ses amours. Il ne mourut sans lignée de ceste femme, car il en eut un brave fils, des vaillants et des premiers de sa patrie, et qui, par ses valeurs et mérites, vint à de grands grades, pour avoir bien servy ses rois et maistres.

J'en ay ouy parler aussi d'un grand en Italie ^ qui tua aussi sa femme, n'ayant peu atrapper son galant pour s'estre sauvé en France : mais on disoit qu*il ne la tua point tant pour le péché, car il y a voit a^sez de temps qu'il sçavoit qu'elle faisoit l'amour, et n'en faisoit point autre mine, que pour espouser une autre dame dont il estoit amoureux.

Voilà pourquoy il fait fort dangereux d'assaillir et atlacquer un c. armé, encor qu'il y en ait d'assaillis aussi bien et autant que des désarmez, voire vaincus, comme j'en sçay un qui estoit aussi bien armé qu'en tout le monde. Il y eut un gentilhomme, brave et vaillant certes, qui le voulut muguetter; encor ne s'en contentoit-il pas, il s'en voulut prévaloir et publier : il ne dura guières qu'il ne fust aussi tost tué par gens appostez', sans autrement faire scandale, ny

i • Ce grand d'Italie est sans doute le gendre de Gosme I*', Paolo Giordano Orsini, dont nous venons de parler (voyez plus haut, p. 42, note 2). Il fit assassiner François Père tti, dont il aimait la femme Virginie Accorambona d'Engubio, qu'il épousa. En 1585, craignant la vengeance du pape Sixte V, dont Peretti était le neveu, il se retira sur le lac de Garda où il mourut de fièvre. Sa veuve fut égorgée peu de temps après avec son frère Flaminio, à Padoue, par des serviteurs de L. Orsini, parent de son mari. Cf. de Thou, liv. LXXXII.

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