‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 13 sur 217 · Pour Voiler tuer, pour aller tuer sa femme · texte numérisé non relu

Pour Voiler tuer, pour aller tuer sa femme

sa DES DA&IES.

des rois et des grands qui portoyent ainsi leurs passeports partout : toutesfois^ si en avoit-il aucunes qui passoyent le pas^ auxquelles leurs marys, n'osans y apporter le couteau, s'aydoiont des poisons et morts cachées et secrètes, faisant à croire que c'estoyent catherres, apoplexie et mort subite. Et tels marys sont détestables, de voir à leurs costés coucher leurs belles femmes j languir et tirer à la mort de jour en jour, et méritent mieux la mort que leurs femmes; ou bien les font mourir entre deux murailles, en chartre perpétuelle, comme nous en avons aucunes croniques anciennes de France, et comme j^en ay sceu un grand de France, qui fit ainsi mourir sa femme, qui estoit une fort belle et honneste dame^ et ce par arrest de la cour, prenant son petit plaisir par cette voye à se faire déclarer cocu.

De ces forcenez et furieux maris de cocus sont volontiers les vieillards^ lesquels se desfians de leurs forces et chaleurs, et s'asseurans de celles de leurs femmes, mesmes quand ilz ont esté si sots de les espouser jeunes et belles, ilz en sont si jaloux et ombrageux , tant par leur naturel que par leurs vieilles pratiques qu'ils ont traittées eux-mesmes autresfois ou veu traitter à d'autres, qu'ils meinent si misé* rablement ces pauvres créatures, que leur purgatoire leur seroit plus doux que non pas leur autorité. L'Espagnol dit : El diablo sabe muclio j porque es i^iejoj que <c le diable sçait beaucoup parce qu'il est vieux : » de mesme ces vieillards, par leur aage et anciennes routines, sçavent force choses. Si sont-ils grandement à blasmer de ce poinct, que, puisqu'ils ne peuvent contenter les femmes, poui*-

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quoy les vont-ils espouser? et les femmes aussi belles et jeunes ont grand tort de les aller espouser, sous l'ombre des biens y en pensant jouir après leur mort, qu'elles attendent d'heure à autre; et cependant se donnent du bon temps avec des amis jeunes qu'elles font, dont aucunes d'elles en pâtissent giîefvement.

J'ay ouy parler d'une, laquelle estant surprise sur le fait, son mary, vieillard, luy donna une poison de laquelle elle languit plus d'un an j et vint seiche comme bois; et le mary l'alloit voir souvent, et se plaisoit en cette langueur, et en rioit, et disoit qu'elle n'avoit que ce qu'il luy falloit.

Une autre, son mary l'enferma dans une chambre et la mit au pain et à leau, et bien souvent la faisoit despouiller toute nue et la fouettoit son saoul y n'ayant aucune compassion de ceste belle charnure nue, ni non plus d'émotion. Voilà le pis d'eux, car, estans desgarnis de chaleurs et despourveus de tentation comme une statue de marbre, n'ont pitié de nulle beauté, et passent leurs rages par de cruels martyres, au lieu qu'estans jeunes la passeroyent, possible, sur leur beau corps nud , comme j'ay dict cy devant*.

Voylà pourquoy il ne fait pas bon d'espouser de tels vieillards bizarres; car, encor que la veue leur baisse et vienne à manquer par l'aage, si en ont-ils tousjours prou pour espier et voir les frasques que leurs jeunes femmes leur peuvent faire.

Aussy j'ay ouy parler d'une grande dame qui di-

\, Voyez plus haut, p. 17.

soit que nul samedy fut sanà soleil*, nulle belle femme sans amours , et nul vieillard sans estre jaloux ; et tout procède pour la débolezze " de ses forces.

C'est pourquoy un grand prince que je sçay disoit : qu'il voudroit ressembler le lion , qui , pour vieillir, ne blanchit jamais; le singe^ qui tant plus il le fait, tant plus il le veut faire; le chien, tant plus il vieillit, son cas se grossit; et le cerf, que tant plus il est vieux, tant mieux il le fait, et les biches vont plustost à luy qu'aux jeunes.

Or, pour en parler franchemenf, ainsi que j'ay ouy dire à un grand personnage, quelle raison y a-il, ny quelle puissance a-il le mary si grand, qu'il doive et puisse tuer sa femme , veu qu'il ne l'a point de Dieu, ny de sa loy ny de son saint Evangile, sinon de la répudier seulement? Il ne s'y parle point de meurtre, de sang, de mort, de tourmeUs, de prison, de poisons ny de cruautez. Ah ! que Nostre Seigneur Jésus-^Christ nous a bien remonstré qu'il y avoit de grands abus en ces façons de faire et en ces meurtres, et qu'il ne les approuvoit guières , lorsqu'on luy amena cette pauvre femme accusée d'adultère pour jetter sa sentence de punition; il leur dit, en escrivant en terre de son doigt : a Celuy de vous autres « qui sera le plus net et le plus simple, qu'il prenne (( la première pierre et commence à la lapider; » ce que nul n'osa faire, se senlans atteints par telle sage et douce repréhension.

1. Dicton qui se rapporte à la croyance populaire qu'il ne se passe pas de s jmedi sans que le soleil ne se montre, en l'honneur de la Vierge à qui ce jour est consacré.

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