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demandant pardon y et les espécifioit et cotloit en marge ^ que Ton y voyoit tout à clair. « Vraymenl,» œ dit quelqu'un^ « elle estoit bien à loisir d'aller sur « cette heure nettoyer sa conscience d'un tel baUay « d'escandale^ par si grande spëciauté ! »
J'ay ouy parler d'une dame qui fort sujette à songer et resver toutes les nuits^ qu'elle disoit la naict tout ce qu'elle Êiisoit le jour, si bien qu'elle-mesme s*escandalisa à l'endroit de son mary, qui se mit à . l'ouïr parler, gazouiller et prendre pied à ses son^ et resveries, dont après mal en prit à elle.
Il n'y a pas longtemps qu'un gentilhomme de par le monde, en une province que je ne nommeray point, en mourant en fit de mesme , et publia ses amours et paillardises , et spécifia les dames et da* moiselles avec lesquelles il avoit eu à faire, et en quels lieux et rendez-vous, et de quelles façons, dont il s'en confessoit tout haut, et en demandoit pardon à Dieu devant tout le monde. Cettuy-là faisoit pis que la femme , car elle ne faisoit que s'escandaliser^ et ledict gentilhomme escandalisoit plusieurs femmes. Voila de bons gallants et gallantes.
On dit que les avaritieux et avaritieuses ont aussi cette humeur de songar fort, à leur mort, en leurs trésors d'escus, les ayant tousjours en la bouche. Il y a environ quarante ans qu'une dame de Mortemar*, l'une des plus riches dames du Poictou, et des plus pecunieuses , et après venant à mourir, ne songeant quà ses escus qui estoyent en son cabinet, et tant
1. C'est peut -être Renëe Taveau de Mortemart, femme de François de Rochechouai% baron de Mortemart.
qu'eUe fîit malade se levoit vingt fois le jour à aller voir son trésor. Enfin ^ s'approchant fort de la mort et que le prestre l'exhortoit à la vie éternelle, elle ne disoit autre chose et ne respondoit que : « Donnezff moy ma cotte; les meschans me desrobbent; » ne songeant qu*à se lever pour aller voir son cabinet , comme eUe faisoit les efforts^ si elle eust pu la bonne dame; et ainsi elle mourut.
Je me suis sur la fin un peu entrelassé de mon premier discours; mais prenez le cas qu'après la moralité et la tragédie vient la farce. Sur ce j je fais fin.
DISCOURS