‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 139 sur 217 · Secrétaire d'État · texte numérisé non relu

Secrétaire d'État

le seigneur dissimula pour ce coup ; mais depuis^ en temporisant son martel ^^ la luy cuyda rendre chaud et couvert, sans une considération que je ne diray point : mais pourtant il luy porta tousjours quelque haine sourde. Et si le secrétaire fiist esté bien advisé, il n'eust vanté ainsi sa chasse, mais l'eust tenue trèssecrète , et mesme en une si heureuse advanture, dont il en cuida arriver de la brouillerie et de lescandale.

Que diroit-on d'un gentilhomme de par le monde, qui y pour quelque desplaisir que luy avoit fait sa maistresse, fut' si impudent qu'il alla monstrer à son mary sa peinture qu'elle luy avoit donnée, qu'il po^ toit au col^ dont le mary fut fort estonné^ et moins aimant sa femme qui en sceut colorer le fait ainsi qu'elle put.

Celui eut bien plus grand tort^ que je sçay, grand seigneur^ qui^ dépité de quelque tour que luy avoit fait sa maistresse^ alla jouer et perdre son pourtrait aux dez contre un de ses soldats^ car il avoit grande charge en Tinfanterie; ce qu^elle sceut ^ et en coida crever de dépit ^ et qui s'en fascha fort. La reine mère le sceut, qui luy en fit la réprimende^ sur ce que le desdain en estoit par trop grand, que d'aler ainsi abandonner au sort de dez le pourtrait d'une belle et honneste dame. Mais ce seigneur en rabilla le fait, disant que, de sa couche % il avoit réservé le

i . En temporisant son martel^ en couvant son iDJure.

2. Les huit lignes suivantes sont omises dans le manuscrit Dopuy; nous avons suivi la version bien prëfërable du manuscrit Béthune (voyez p. 468, note) et des anciennes éditions.

Page 1