‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 174 sur 217 · Dennuy^ d'annuit, d'aujourd'hui · texte numérisé non relu

Dennuy^ d'annuit, d'aujourd'hui

2. Louise de Lorraine, fille de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont, et de Marguerite d'Egmont; mari^ le 15 février 1575 à Henri III, morte le 29 janvier 1601.

roy son mary ^ymast et alkst bien quelquefois au lange^ à la mode des grandz^ qui ont leur franche >erté à part; et aussi que^ dès le beau premier cornancement de leur mariage^ voyre dix jours après^ il i luy donna grand' occasion de contentement , car luy osta ses filles de chambre et damoyselles qui oient toujours esté avec elle et nourries d'elle, esnt fille ^ qu'elle regreta fort : et la picure luy en t grande au cœur, surtout pour madamoyselle de biangy^ une très-belle et fort honneste damoyselle^ qui ue valloit' pas d'estre bannye delà compaignie i sa maistresse ny de la court. C'est un grand dest de perdre une bonne compaigne et confidante. Je ay qu'une fois une dame de ses plus privées fût un ur si présumptueuse de luy remonstrer^ en riant et Ludissant^ que, puisqu'elle ne pouvoit avoir enfans 1 roy, ny n'en auroit jamais, pour beaucoiq> de lisons que Ton disoit de ce tempfr^là^ qu'elle fairoit ien d'emprumpler quelqu' ayde tierce et secrette our s en faire avoir, affin qu'elle ne demeurast sans ithorité, si le cas advenoit que le roy vint à mourir, ins qu'elle peut estre un jour reyne mère du roy, et înir mesme rang et grandeur que la reyne sa bdUelère. Mais elle regetta bien loing ce conseil bouffonesque, et le prist en très- mauvaise part, et oncques lus n'ayma ceste bonne dame conseillière, aymant lieux apuyer sa grandeur sur sa chasteté et vertu, ue sur une lignée sortie de vice. Ce conseil, pour le londe et selon la doctrine de Machavel, n'estoit oint pourtant à regetter.

i . Ne valloie pas, ne mentait pas.

On dit que lareyne Marie d'Angleterre, tierce femme duroy Louys XB, n'en fit pas de mesme; car, se meseontantant et deffiant de la foiblesse du roy son maiy, voulut sonder ce guet^ prenant pour guide M. le conte d'Angoulesme^ qui despuis fîit le roy François, lequel estoit alors un jeune prince beau et très-agréable^ à qui elle faisoit très bonne chaire^ Tapellant toujours : c Monsieur mon beau filz ; » aussi l'estoit-il, car il avoit espousé desjà madame Claude, fille du roy Loys. Et de fait en estoit esprise ; et luy la voyant en fit de mesme; si bien qu'il s'en falut peu que les deux fêuz ne s'àssanblassent, sans feu M. de Grignaux, gentilhomme et seigneur d'honneur de Périgort^ très-sage et advisé, lequel avoit esté chevallier d'honneur de la reyne Anne, comme nous avons dît^ et Testoit encor de h reyne Marye, Luy, voyant que le mistère s'en alloil jouer, remonstra à mondit sieur d'Angoulesme b faute qu'il alloit faire, et luy dist en se courrouçant: (c Comment, Pasque-Dieu 1 (car tel estoit son jure- « ment) que voulez-vous foire? Ne voyez pas que cesie (( femme, qui est fine et caute, vous veut attirer à <c elle affin que vous l'engrossiez? Et, si elle vient à « avoir un filz, vous voylà encores conte simple d'An- <( goulesme et jamais roy de France, comme vous esr « pérez. Le roy son mary est vieux, et meshuy ne luy tf peut faire enfans* Vous l'yrez toucher, et vous vous « aprocherez si bien d'elle, que vous qui estes jeune ce et chaud , elle de mesme, Pasque-Dieu ! elle pren- « dra comme à glu; elle faira un enfant, et vous « voylà bien ! Après vous pourrez bien dire : A Dieu ^ ma part du royaume de France. Par quoy son- *f gez-y. » Ceste reyne vouloit bien pratiquer et esr

prouver le proverbe et refirain espaignol^ qui dit que nunca muger aguda murio sin herederos ; c^jamais « femme habille ne mourut sans héritiers; » c'est-àdire que, si son mary ne luy en fait, elle s'ayde d'un second pour luy en faire. M. d'Angoulesme y songea de fait, et protesta d'y estre sage et s'en déporter : mais tenté encor et retenté des caresses et mignardises de ceste beUe Angloise, s'y précipita plus que jamais. Que c'est que de l'ardeur de l'amour ! et d'un tel petit morceau de chair, pour lequel on en quicte et les royaumes et les empires, et les perd-on, comme les histoires en sont plaines. Enfin M. de Grignaux^ voyant que ce jeune homme s'alloit perdre et continuoit ses amours, le dist à madame d'Angoullesme, sa mère, qui l'en réprima et tança si bien qu'il n'y retourna plus. Se dit-on pourtant que lareyne fit bien ce qu'elle peut pour vivre et régner reyne mère peu avan t et après la mort du roy son mary. Mais il luy mourut trop tost, car elle n*eut grand temps à faire ceste besoigne; et, nonobstant, faisoit courir le bruict, après la mort du roy, tous les jours qu'ell' estoit grosse; si bien que, ne l'estant point dans le corps, on dit qu'elle s'enfloit par le dehors avecques des linges peu à peu, et que, venant le terme, ell' avoit un en- Êmt suposé que devoit avoir un' autre femme grosse, et le produire dans le temps de l'accouchement. Mais madame la régente, qui estoit une Savoysienne qui sçavoit que c'est de faire des enfans, et qui voyoit qu'il y alloit trop de bon pour elle et pour son filz, la fit si bien esclairer et visiter par médecins et sagesfemmes, et par la veue et descouverte de ses linges et drapeaux, qu'elle fut descouverte et faiUie en son

desseing^ et point reyne mère, et r'envoyée en son paï

Voylà la diflféranee de ceste Marye avec nostrc reyne Loyse, laquelle a esté si sage, chaste et vertueuse, que, ny par la vraye ni Êiuce suposition, n'a point voulu estre reyne mère. Et quand elle eust voulu jouer un tel jeu, il n'en fust esté autre chose, car personne n'y prenoit garde, et en eust rendu plusieurs bien esbays. En quoy ce roy d'aujourd'huy* luy est bien redevable, et Fen doit bien aymer et honnorer; car si elle eust fait le traict, et qu'elle eust produict un petit enfant, le roy, de roy qu'il est, n'eust esté qu'un petit régent en France, possible que non : et ce foible nom ne l'eust sceu garantir qu'il n'eust eu bien plus de maux et guerres qu'il n'a bea.

J'ay ouy dire à aucuns, tant relligieux que mondains, et tenir ceste conclusion : que nostre reyne eust mieux fait d'avoir joué ceste partie, et que la France n'eust point eu tant de misères, paouvrettez et ruines qu'elle en a et aura *, et la chestienté mieux portée. Je m*en raporte aux braves et curieux discoureurs làdessus (mais je n'en crois rien, car nous nous trouvons bien de nostre roy. Dieu le garde !) pour en dyre leur advys; car ilz en ont un brave subjet et fort ample pour l'Estat, mais non pour Dieu, si me semble, auquel nostre reyne a esté toujours tendue et inclinée, l'aymant et l'adorant si fort, que, pour le servir, elle s'oublioit eUe-mesme et sa haute condiction. Car, estant très-belle princesse (aussi le roy la print pour si

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