‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 189 sur 217 · Le manuscrit porte par erreur v moindre · texte numérisé non relu

Le manuscrit porte par erreur v moindre

2. Blanche de Toumon, veuve de Raymond d'AgouIt, seigneur de Sault, épousa en 1505 Jacques II de Chastillon, qui mourut à Ferrare en 1512. Ce mariage mystérieux et fort peu vraisemblable dokit, à ce que je crois, on ne trouverait la mention dans aucun autre historien, naurait pu avoir lieu qu'après 1536, car Jean du Bellay, créé évêque en 1526, ne fut nommé cardinal que dix ans plus tard. Il mourut à Rome en 1560.

3. François Bouliers de Cental de Mane, évêque de Fréjus de 1579 à 1587.

venant à parier dudît eardinal, elle luy demanda s'il ne luy avoit jamais dit et confessé qu^il fiist esté ma^ lié. Qui fut «stonné? Ce fut M. de Mamie de telle demande; Il e^ eneor vivant,' qui pourra dire â je mentz; car j'y estoîs. Il respondit que jamais il n'en avoit ouy parler, ny à luy ny à d- autres. « Or, je vous « Faprendz donc, dif-ëlle ; car il n*y a rien si vray « qu'il a esté maryé ; et e^t mort marié réallement avec <c ladite dame de Chastillon et veuf. » Je vous asseure que j'en ris bien, contemplant la contenance estonnée dudit M. de Mande, qui estoit fort eonscientieux et rellîgîeux , qui pensoit sçavoir tons les secretz de son feu maistre; mais il estoit ck galùx>* pour icelluy«-là : aussi estoit-il scandaleux, pour k rang sainct qu'il tenoit.

Geste madame de Chastillon estoit la Tcfve de feo M. de Chastilon*, qu'on disoit qui gouvemoit le petit roy Charles huictiesme avec Bourdilhon, Galiol et Bonneval, qui gouvemoient le sang réal. Il moiF rut à. Ferrare, ayant esté blessé au siège de Ravanc, et là fut porté pour se faire penser. Geste dame demeura vefv^e fort jeune, belle, sage et vertueuse en aparance, tesmoing ce mariage, et pour cela fat esleue dame d'honneur de la feu reyne de Navarre. Ce fiit cele-là qui bailla ce beau conseil à ceste dame et grand* princesse, qui est escrit dans les Cent Noa- {telles de ladicte reyne*, d'elle et d'un gentilhomme

1. De galicoj ou mieux iie gallico, « C'est, dît le DîctkHUiaîre de Trévoux, un proverbe françois ëcorche' du latia, qui veut (fiie « à rimpoiu*vu , sur le champ. » Le sens de la phrase me panft être : mais il était pris à Timproviste sur cette question-là.

2. Voy, la note 2 de la page précédente, — 3. Voy. la IV* Nous>die.

DBS DAMES. 679

qui avoit ooulë la nuict dans son lict par une trapelle dans la ruelle^ et en vouloit jouir; mais il n'y gaigna que de beUes esgratigneures dans son beau visage et elle s'en roulant plaindre à son frère^ elle luy fit ceste belle remonstranee qu'on verra dans ceste Nouvelle, et kiy donna ce beau conseil^ qui est un des beaux et des plus sages^ et des plus propres pour fiiir scaûdaUe, qu'on eust seeu donner ; et fust esté un [M*emier président de Paris qui l'eusse donné , et qui monstroit bien pourtant que la dame estoit bien autant rusée et fine en telz mistères^ que sage et advisée : et pour ce^ ne faut doubter si elle tint son cas secret avecques son cardinal. Ma grand'mère^ madame la séneschalle de Poictou^ eut sa place après sa mort, par l'élection du roy François^ qui la nomma et l'esleut, et l'envoya quérir jusques en sa maison; et la donna de sa main à la reyne sa sœur, pour la cognoistre très-sage et très-vertueuse dame^ aussi l'apelloyt-il mon chevalier sans reproche : mais non si fine, ny rusée, ny accorte en telle chose que sa précédente, ny convolée un secondes nopces. Et si voulez sçavoir de qui la nouvelle s'entend, c'estoit de la reyne mesme de Navarre, et de l'amiral de Bonivet, ainsi que je tiens de ma feu grand' mère : dont pour^ tant me semble que ladite reyne n'en devoit celer son nom, puisque l'autre ne peut rien gaigner sur sa chasteté, et s'en alla en sa confusion, et qui vouloit divulguer le fait, sans la belle et sage remonstrance que luy fit ceste dite dame d'honneur, madame de ChastiUon; et quiconque Ta leue la trouvera telle. Et croy que M. le cardinal , soadit mary, qui estoit l'un des mieux disantz, sçavans, éloquans, sages et

advisez de son temps^ luy avoit mise oeste science dans le corps, pour dire et remonstrer si bien. Ce conte pourroit estre un peu scandaleux, à cause de la saincte et relligieuse proflTesion de Tautre; mais, cpii le voudra faire, faut qu'il déguise le nom.

Et si ce traict a esté tenu secret touchant ce mariage,, celiuy de M. le cardinal de Chastillon dernier* n*a pas esté de mesmes ; car il le divulga et publia luy-mesme assez, sans emprunter de trompette; et est mort marié , sans laisser sa grand'robbe et boanet rouge. D'un costé, il s'excusoit sur la reil%io& refformée, quUl tenoit fermement ; et de l'autre, sur ce qu'il vouloit tenir son rang tousjours et ne le quicter (ce qu'il n'eust fait autrement), et d'entrer au conseil,' là où entrant il pouvoit beaucoup servir à sa relligion et à son party, ainsi que certes il estoit très-capable, très-suffisant et très-grand personiu^.

Je pense que mondit sieur cardinal du Belay » a peu faire de mesmes ; car, de ce temps là, il penchoit fort à la relligion et doctrine de Luther, ainsi que la court de France en estoit un peu abrevéc*; car toutes choses neufves plaisent, et aussi que ladite doctrine licencioit ' assez gentiment les personnes, et mesmes les eclésiastiques« au mariage.

Or, ne parlons plus de ces gens d'honneur, pour la révérence grande que nous devons à leur ordre et à leurs sainctz grades. Il faut un peu mettre sur les rangs nos vieilles vefves qui n'ont pas six dentz en

Page 1