I. liiia î Tboxnyrii
forcée, dans une ville prise d'assaut^ par une infinité de soldats, et en estant eschappée, elle demanda à un beau Père si elle a voit péché grandement, après luy avoir conté son histoire; il luy dit que non, puisqu'elle a voit ainsi esfté prise par force, et violée sans sa volonté, mais y répugnant du tout. Elle respondit : « Dieu donc soit loué, que je m'en suis une « fois en ma vie saoulée , sans pécher ni offenser Dieu! »
Une dame de bonne part, au massacre de la Sainct- Barthélemy, ayant esté ainsy forcée, et son mary mort, elle demanda à un homme de sçavoir et de conscience , si elle avoit offensé Dieu, et si elle n'en seroit point punie de sa rigueur, et si elle n'avôit point faict tort aux mânes de son mary qui ne venoit que d'estre frais tué. Il luy respondit que, quand elle esloit en ceste besogne , que si elle y avoit pris plaisir, certainement elle avoit péché; mais si elle y avoit eu du desgoust, c'estoil tout un. Voilà une bonne sentence !
J'ay bien cogneu une dame qui estoit différente de cette opinion, qui disoit : qu'il n'y avoit si grand plaisir en cesie affaire que quand elle estoit à demy forcée et abattue, et mesmes d'un grand; d'autant que, tant plus on fait de la rebelle et de la refusante, d'autant plus on y prend d'ardeur et s'efforce-on : car, ayant une fois faussé sa brèche, il jouit de sa victoire plus furieusement et. rudement, et d'autant plus on donne d'appétit à sa dame, qui contrefait pour tel plaisir la demi-morte et pasmée, comme il semble, mais c'est de Textréme plaisir qu'elle y prend. Mesmes ce disoit ceste dame^ que bien sou-
vent elle donnoit de ces venues et altères à son mary^ et faisoit de la farouche^ de la bizarre et desdaigneuse, le mettant plus en rut : et^ quand il venoit là , luy et elle s'en trouvoyt cent fois mieux : car, comme plusieurs ont escrit^ une dame plaist plus qui fait un peu de la difficille et résiste, que quand die se laisse sitost porter par terre. Aussi en guerre une victoire obtenue de force est plus signalée, plus ardente et plaisante, que par la gratuité, et en triomphe-il mieux. Mais aussi ne faut que la dame fesse tant en cela de la revesche ny terrible, car on la tiendroit plustost pour une putain rusée qui voudroit faire de la prude; dont bien souvent elle seroit escandalisée; ainsi que j'ay ouy dire à des plus savantes et habiles en ce fait^ auxquelles je m'en rapporte , ne voulant estre si présumptueux de leur en donner des préceptes qu'elles sçavent mieux que moy.
Or j'ay veu plusieurs blasmer grandement aucuns de ces marys jaloux et meurtriers^ d'une chose, que^ si leurs femmes sont putains, eux-mesmes en sont cause. Car, comme dit sainct Augustin*, c'est une .grande folie à un mary de requérir chasteté à sa femme, luy estant plongé au bourbier de paillardise; et en tel estât doit estre le mary qu'il veut trouver sa femme. Mesmes nous trouvons en nostre sainte Escriture qu'il n'est pas besoin que le mary et la femme s'entr'ayment si fort; cela se veut entendre par des amours lascifs et paillards : d'autant que, mettant et occupant du tout leur cœur en ces piai-
i. Voyez le traité cité plus haut, p. 23, note i.
4t DKSDàBUS»
sirs lubriques 9 y songent si fort et s'y adonnent si très-tant^ qu'ils en laissent Tamour qu'ils doiv^ent à Dieu; ainsi que moy*mesme j'ay veu beaucoup de femmes qui aymoient si très*tant leurs marys^ et eux elles^ et en brusloyent de telle ardeur, qu'elles et eux en oublioient du tout le service de Dieu^ si que, le temps qu'il y falloit mettre^ le mettoyent et oonsom* moyent après leurs paillardises.
De plus, ces marys, qui pis est> apprennent à leurs femmes, dans leur lict propre, mille lubricités, mille paillardises, mille tours, contours, façons nouvelles, et leiu* practicquent ces figures énormes ^ de l'Aretin; de telle sorte que, pour un tison de feu qu'elles ont dans le corps, elles y en engendrent cent, et les rendent ainsi paillardes; si bien qu'estans de telle façon dressées, elles ne se peuvent engarder qu'elles ne quittent leurs marys, et aillent trouver autres ohe^ valliers. Et^ sur ce, leurs marys en désespèrent, et punissent leurs pauvres femmes; en quoy ilz ont grand tort ; car puisqu'elles sentent leur omvv pour estre si bien dressées, elles veulent monstrer à d'au^ très ce qu'elles sçavent faire; et leurs marys voudroyent qu'elles cachassent leur sçavoir; en quoy il n y a apparence ny raison, non plus que si un bon escuyer avoit un cheval bien dressé « allant de tous ayrs, et qu'il ne voulust permettre qu'on le vist aller, ny qu'on montait dessus, mais qu'on le oreust à la simple parole, et qu'on l'acheptast ainsi.
J'ay ouy conter à un honneste gentilhomme de par le monde, lequel estant devenu fort amoureux
i Énormes, dérégloe».
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d'iiA# b^U? diame, il luy fut dit par un sien ami qu'il y perdroit son temps^ car elle aimoit trop son mary; il se va ad viser une fois de faire un trou qui arre<gardoît droit dans leur lict; si bien qu'eslans oouobes ensemble^ il ne foilUt de le» espier par oe trou» d'où il vit les plus grandes lubrioitez^ paillardises, postures sales, monstrueuses et énormes, autant de la femme> voire plus que du mary, et avec des ardeurs très^ extresmes; si. bien que le lendemain il vint à trouver son compagnon et luy raconter la belle vision qu'il avoit eue^ et luy dit : «c Cette femme est à moy, aussi- « tost que son mary sera party pour tel voyage ; oar « elle ne se pourra tenir longuement en sa chaleur c que la nature et l'art luy ont donnée et faut qu'elle « la passe ; et par ainsi par ma persévérance je w l'guray» ■
Je cognois un autre honneste gentilhomme qui^ estant bien amoureux d*une belle et honneste dame, sçachant qu'elle ayoit un Aretin en figure^ dans aoa oabinet, que son mary sçavoit et l'avoit vcu et penmis, augura aussitost par-là qu'il l'atrapperoit; et, sans perdre espérance, il la servit si bien et continua, qu'enfin il ;remporja; et cognut en elle qu'elle y avoit appris de bonnes leçons et pratiques , ou fust de son mary ou d'autres, niant pourtant que ny les ans ny les autres n'en avoyent point esté les premiers loai^tres^ mais la dame nature, qui en estoit meilleure maistresse que tous les arts. Si est*ce que le livre et la pratique luy avoyent beaucoup servy en cela, comme elle lui confessa puis après*
i . Cest-à-dire les sonnets de T Arëtin avec |6t flgurMK
Il se lit d'une grande courtisanne et maquerelle insigne du temps de l'ancienne Rome, qui s'appelloit Elefantina*, qui fit et composa de telles figures de l'Arétin, encore pires, auxquelles les dames grandes et princesses faisans estât de putanisme estudioyent comme un très-beau livre. Et cette bonne dame putain cyréniène ', laquelle estoit surnommée ir aux « douze inventions, » parce qu'elle avoit trouvé douze manières pour rendre le plaisir plus voluptueux et lubrique !
Héliogabale gaigeoit et entretenoit, par grand argent et dons^ ceux et celles qui luy inventoyent et produisoyent nouvelles et telles inventions pour mieux esveiller sa paillardise'. J'en ay ouy parler d'autres pareils de par le monde.
Un de ces ans le pape Sixte ^ fît pendre à Rome un
1. Elephantis et non Elephantina. Je ne sais où Brantôme a pris qu Elephantis était une a courtisane, etc., du temps de Tancienne Rome. » C'était, à ce que l'on croit, une femme (et encore n'en est-on pas bien sûr) poète, et probablement de race grecque. Ses ouvrages obscènes ne nous sont connus que par un vers de Martial (Molles Elephantidos libelli^ liv. XII, ep. 43) et le passage suivant de Suétone que Brantôme a arrangé à sa façon : Cu^ biculaplurifariam disposita tabeUis ac sigillis lascivissimarum pioturarum et figurarum adornavit Tiberius ^ librisque ElepJumtidis instruxity ne oui in opéra édenda exemplar imperatx schenm deessei, (Tiberius, chap. xliii.)
2. Cyrène, dit le^ Scholiaste d'Aristophane sur le vers 1328 des Grenouilles^ était une courtisane célèbre, surnommée 8(»&xafiLi{yavoç, Sià TO TocraÛToi o^ç^i^fxoiTa Iv tri ouvouaia Tioieîv, (Edit. Didot, p. 310, col. 1.) Le Scholiaste du Plutus la met au nombre des courtisanes de Corinthe [ibid.^ p. 331, col. 2).