Habler^ parler; de l'espagnol hablar
paignol et Fentendoit très-bien, ce petit reflfrain eserit de sa propre maia^ car je la cognoissois trèsbien : Hembra o dama sin compagnerOy esperanza sin trabajo y nano sin timon, nunca pueden hazer casa que sea buena; oc Jamais femme sans compai- « gnon, ny espérance sans travail, ny navire sans a gouvernail, ne pourront faire chose qui vaille. » Ce reflfrain peut estre bon et pour la femme, pour la vefve, et pour la fille; car l'une et l'autre ne peuvent rien faire de bon sans la compaignie de l'homme; ny Fespérance que Ton a de les avoir n'est point tant agréable à les attraper aisément, comme avec un peu de peine et travail, rudesse et rigueur. Toutesfois la femme et la vefve n'en donnent pas tant que la fille, d'autant que l'on dit qu'il est plus aisé et facille de vaincre et abatre une personne qui a esté vaincue, abatue et renversée, que celle qui ne le fut jamais ; et qu'on ne prend point tant de travail et peine à marcher par un chemin desjà bien frayé et battu, que par celluy qui n'a jamais esté fait ny trassé ; et de ces deux comparaisons je m'en raporte aux voyageurs et guerriers. Ainsi est-il des filles; car mesmes il y en a aucunes si capricieuses, qui jamais n'ont voulu se marier, ains vivre tousjours en condiction fiUialle; et si on leur demandoit pourquoy : a c'est ainsi, et telle est mon humeur^ » disent-elles. Aussi que Cibelle, Junon, Vénus, Thétis, Gérez et autres déesses du ciel, ont toutes mesprisé ce nom de vierge, fors Pallas, qui prist du cerveau de Jupiter sa naissance, faisant voir par là que la vii^inité n'est qu'une opinion conceue en la cervelle. Aussi demandez à nos filles qui ne se marient jamais,
ou^ si elles se marient^ c'est le plus tard qu'elles peuvent, et fort suzannées^ pourquoy elles ne se marient. « Parce, disent-elles, que je ne le veux, et (( telle est mon humeur et mon opinion. »
Nous en avons veu aux courtz de nos roys aucunes du temps du roy François. Madame la régente avoit une fille belle et honneste, qui s'apelloit Poupincourt, qui ne se maria jamais, et mourut vierge en Faage de soixante ans, comme elle nasquit, car elle fut très-sage. La Brelandière est morte fille et pucelle en l'aage de quatre- vingtz ans, laquelle on a veu gouvernante de madame d'Angoulesme estant fille.
J'ay * cogneu une fille de très-grand et haut lieu, de Faage de soixante-dix ans, qui jamays ne se voulut maryer; mays pour cela ne layssa de fayre l'amour; et ceux qui l'ont voulu excuser pourquoy elle ne se marioyt pas, ilz la disoyent n'estre propre pour famé ny mary, d'autant qu'elle n'avoit point de cas, sinon un petit trou par où elle pyssoyt. Dieu sçaiti elle en avoit bien trouvé un pour s'esbobir ailleurs. Quelle bonne excuse !
Madamoiselle de Charansonnet, de Savoye, mourut à Tours dernièrement; fille, et fut enterrée avec son chapeau et son habit blanc vii^inal, très-solempnellement, en grand' pompe, solempnité et compaignie, en l'aage de quarante-cinq ans ou plus : et ne faut point mettre en doubte si c'estoit affaute de party, car, estant l'june des belles et honnestes filles et sages
1 . Dans ce paragraphe rajouté en marge , Brantôme a voulu sans aucun doute désigner Elisabeth d'Angleterre morte en 1603, à soixante-dix ans.
de la court, je luy en ay veu refiuser de très-bons et très-grands.
Ma sœur de Bourdeille, qui est à la court fille de k reyne *, a reffusé de mesmes de fort bons partis, et jamais n'a voulu se marier ny ne sera; tant ell'est résollue et opiniastre de vivre et mourir fiUe et bien aagée; et s'est jusques icy laissée vaincre à ceste opinion, et a un bon aage.
Mademoyseile de Certean *, fille aussi de la reyne, et mademoyseile de Surgières, la docte de la court; aussy l'apelloyt-on la Mj^nen^e; tant d'autres '....
J'ay veu l'infante de Portugal *, fille de la feu reyne iEléonor, en mesme résolution; et est morte fille et vierge en l'aage de soixante ans ou plus. Ce n'est pas faute de grandeur, car ell'estoit grande en tout; ny par faute de biens, car elle en avoit force, et mesme en France, où M. le général Gourgues* a bien fait ses affaires; ny pour faute de dons de nature, car je l'ay veue à Lysbonne, en Taage de quarante-cinq ans, une très-belle et agréable fille, de bonne grâce et belle aparance, douce, agréable, et qui méritoit bien un mary pareil à elle en tout, courtoise, et mesmes à nous autres François. Je le peux dire, pour avoir eu cest honneur d'avoir parlé à elle souvant et privément. Feu M. le grand prieur