‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 38 sur 217 · Voyez Pantagruef, liv. III, ch. vi et suiv · texte numérisé non relu

Voyez Pantagruef, liv. III, ch. vi et suiv

pour le meilleur, pratiquer un refrain d'une vieille chanson qui Ait faite du temps du roy François P%

qui dit:

Qui Youdroit garder qu^une femme N'aille du tout à Tabandon, n faudroit la fermer dans une pipe, Et en jouir par le boDdon.

Du temps du roy Henry, il y eut un certain quinquailleurqui apporta une douzaine de certains engins à la foire de Sainct-Germain pour brider le cas des femmes^ qui estoyent faits de fer et ceinturoyent comme une ceinture, et venoyent à prendre par le bas et se fermer en clef ^; si subtilement faits^ qu'il n*estoit pas possible que la femme^ en estant bridée unefois, s'en pust jamais prévaloir pour ce doux plaisir, n'ayant que quelques petits trous menus pour servir à pisser.

On dit qu'il y eut quelque cinq ou six maris jaloux Êischeux^ qui en acheptèrent et en bridèrent leurs femmes de telle façon qu'elles purent bien dire : « Adieu^ bon temps. » Si en y eut-il une qui s'advisa de s'accoster d'un serrurier fort subtil en son art, à qui ayant monstre ledit engin, et le sien et tout^ son mary estant allé dehors aux champs, il y applicqua si bien son esprit qu'il y forgea une fausse clef, que la dame l'ouvroit et le fermoit à toute heure et quand elle vouloit. Le mary n'y trouva jamais rien à dire. £t se donna son saoul de ce bon plaisir, en dépit du fiit jaloux cocu de mary, pensant vivre tousjours

1. On voit tm de ces cadenas au musée de Quny; il est en Woire.

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en franchise de cocuag[e. Mais ce meschant serrurier qui fit la fausse clef^ gasta tout ; et si fit mieux^ à ce qu'on dit^ car ce fut le premier qui en tasta et le fit cornard : aussi n'y avoit-il danger^ car Vénus, qui fut la plus belle femme et putain du monde, avoit Vulcan, forgeron et serrurier, pour mary^ lequel estoit un fort vilain, salle, boiteux et trèslaid.

On dit bien plus : qu'il y eut beaucoup de gallants honnestes gentilshommes de la cour qui menacèrent de telle façon le quinquaillier que, s'il se mesloit jamais de porter telles ravauderies, qu'on le tueroit^ et qu'il n*y retournast plus et jettast tous les autres qui estoyent restez dans le retrait; ce qu'il fit; et depuis onc n'en fut parlé. Dont il fut bien sage, car c'estoit assez pour faire perdre la moitié du monde, à faute de ne le peupler, par tels brindements ^, ser« rares et fermoirs de nature, abominables et détestables ennemis de la multiplication humaine.

11 y en a qui baillent leurs femmes à garder à des eunuques, que l'empereur Alexandre Severus rejetta fort ', avec rude commandement de ne pratiquer jamais les dames romaines; m^is ilz y sont esté at* trapés ; non qu'ils engendrassent et les femmes conceussent d'eux, mais en recevoyent quelques sentimens et superficies de plaisirs légers, quasi approchans

i . Brindementj action de brider.

2. Ce n'est pas tout à fait ce que dît Lampride. Alexandre Sëvère chassa d'auprès de lui les eunuques qu'il traitoit avec un profond mépris et auxquels il ne voulut confier d'autres services dans le palais que celui des bains des femmes. {Jleaandre Sévère^ chap. xxa.)

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dû grand par&it : dont aucuns ne s'en soucient point disans qae leur principal marrisson de l'adultère de leurs femmes ne procédoit pas de ce qu'elles s'en faisoyent donner^ mais qu'il leur faschoit grandement de nourrir et élever et tenir pour enfans ceux qu'ils n'avoyent pas &its. Car sans cela ce fust esté le moindre de leurs soucis^ ainsi que j'en ay cogneu aucuns et plusieurs, lesquels^ quand ilz trouvoyent bons et faciles ceux qui les avoyent faits à leurs femmes ^ à donner un bon revenu, à les entretenir, ne s'en donnôyent aucunement soucy, ainsi qu'ils conseillent à leurs femmes de leur demander, et les prier de quelque pension pour nourrir et entretenir le petit qu'elles ont eu d'eux. Comme j'ay ouy conter d'une grand' dame ^ laquelle eut Villeconnin ', enfant du roy François I*'. Elle le pria de luy donner ou assigner quelque peu de bien, avant qu'il mourust, pour l'enfant qu'il luy avoit fait ; ce qu'il fit. Et luy assigna deux cens mille escus en banque, qui luy profitèrent et coururent tousjours d'intérests, et de change en change; de telle sorte qu'estant venu grand, il despensoit si magnifiquement et paroissoit en si belle despense et en jeux à la cour, qu'un chascun s'en estonnoit ; et présumoit-on qu'il jouissoit de quelque dame qu'on n'eusse point pensé; et ne croyoit-on sa mère nullement; mais d'autant qu'il ne bougeoit d'avec elle, un chacun jugeoit que la grande despense qu'il faisoit procédoit delà jouissance d'elle; etpour-

1. Ce personnage n'est connu que par ce que Brantôme en raconte ici et tome lY, p. 308. On l'avait toujours jusqu'à présent d'après la leçon fautive des éditions précédentes appelé à tort ViUecouvin.

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tant c'estoit le contraire^ car elle estoit sa mère; et peu de gens le sçavoyent, encor qu'on ne sceust bien sa lignée ni procréation, si ce n'est qu'il vint à mourir enConstantinopIe*, et son aubène, comme bastard, fut donnée au maréchal de Retz, qui estoit fin et sublin à descouvrir tel pot aux roses, mesmes pour son profiit, qu'il eust pris sur la glace, et vérifia la bastardise qui avoit esté si longtemps cachée ; et emporta le don d'aubène pardessus M. de Teligny, qui avoit esté constitué héritier dudict Villeconnin.

D'autres disoyent pourtant que cette dame avoit eu cest enfant d'autres que du roy, et qu'elle l'avoit ainsi enrichy du sien propre; tnais M. de Retz esplucha el chercha tant parmy les banques, qu'il y trouva l'argent et les obligations du roy François; les uns disoyent pourtant d'un autre prince non si grand que le roy, ou d'un autre moindre ; mais, pour couvrir et cacher tout et nourrir l'enfant, il n'estoit pas mauvais de supposer tout à la Majesté, comme cela se void en d'autres.

Je croy qu'il y a plusieurs femmes parmy le monde, et mesmes en France, que si elles pensoyent produire des enfants à tel prix, que les roys et les grands aisément monteroyent sur leurs ventres; mais bien souvent ilz y montent et n'en ont ' de grandes lippées ; dont en ce elles sont bien trompées, car à tels grands volontiers ne s'addonnent-elles, sinon pour avoir le galardon*, comme dit l'Ëspaignol.

Il y a une fort belle question sur ces enfants puta-

1. En 1567. — 2. ^/ n'enoni^ c'est-à-dire elles n'en ont. 3. Guerdon, récompense.

tife et incertains; à scavoir s'ilz doivent succéder aux biens paternels et maternels^ et que c'est un grand péché aux femmes de les y faire succéder ; dont aucuns docteurs ont dit que la femme le doit révéler au mary^ et en dire la vérité. Ainsi le réfère le Docteur Subtil ^ Mais cette opinion n'est pas bonne^ disent autres^ parce que la femme se difiameroit soymesmes en le révélant, et pour autant elle n'y est tenue ; car la bonne renommée est plus grand bien que les biens temporels, dit Salomon.

Il vaut donc mieux que les biens soyent occupez par l'enfant, que la bonne renommée se perde; car, comme dit un proverbe : mieux çaut bonne renommée que ceinture dorée. De là les théologiens tirent une maxime qui dit : que quand deux préceptes et commandemens nous obligent, le moindre doit céder au plus grand. Or est-il que le conmiandement de garder sa bonne renommée est plus grand que celuy qui concède de rendre le bien d'autruy; il &ut donc qu*il soit préféré à celuy-là.

De plus, si la femme révèle cela à son mary, elle se met en danger d'estre tuée du mary mesme, ce qui est fort défendu de se pourchasser la mort; non pas mesmes est permis à une femme de se tuer de peur d'estre violée ou après l'avoir esté; autrement elle pécheroit mortellement. Si bien qu'il vaut mieux permettre d'estre viollée, si on n'y peut, en fuyant ou criant, remédier que se tuer soy-mesme;

i. Sarnom du théologien J. Duns ou Scott « l'adversaire des ^^^^^^rioes de saint Thomas ; mais Brantôme nous semble l'appliquer ^ ^ l'auteur de la «^«ntma citée p. 52.

car le violement du corps n'est point péché ^ sinon du consentement de Fesprit. C'est la response que fit sainte Luce au tyran qui la menaçoit de la faire mener au bourdeau« <c Si vous me faittes, (( dit-elle, forcer, ma chasteté recevra double coûa ronne. »

Pour ceste raison, Lucresse est taxée ^ d'aucuns. Il est vray que sainte Sabine et sainte Sopboniene', ayec d'autres pucelles chrestiennes, lesquelles se sont privées de vie afin de ne tomber entre les mains des barbares, sont excusées de nos pères et docteurs, disant qu*elles ont fait cela pour cerlain mouvement du Saine t-Esprit ; par lequel Sainct-Esprît, après la prise de Cypre *, une damoiselle cypriotte nouvellement chrestienne, se voyant emmener esclave avec plusieurs autres pareilles dames, pour estre la proye des Turcs, mit le feu secrètement dans les poudres de la gallère ; si bien qu'en un moment tout fut embrazé et consumé avec elle, disant : « Jà à Dieu ne plaise <c que nos corps soyent poilus et cogneus par ces vice lains Turcs et Sarrasins ! » Et Dieu sçait , possible qu'il avoit esté déjà poilu, et en voulut ainsi faire la pénitence; si ce n'est que son maistre ne Tavoit voulue toucher, afin d'en tirer plus d'argent la ven-

i . Taxée, blâmée.

2, Eusèbe {Hist, eccl., liv. VIII, cbap. xiv, et Fie de Constantin, liv. I, chap. xxxnr) raconte qu'une dame romaine se tua plutôt que de consentir à avoir un commerce criminel avec l'empereur Maxence. Mais il ne la nomme pas, et Ton ne sait d'où lui vient le nom de Sophronie (altërë par Brantôme] sous lequel elle figure ' dans les martyrologes.

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