Par les Turcs en 1570. Voyez de Thou, liv. XLDC
dant vierge^ comme Ton est friand de taster en ces pais^ voire en tous autres^ un morceau intacte.
Or, pour retourner encor à la garde noble de ces pauvres femmes^ comme j'ay dit^ les eunuques ne laissent à commettre adultère avec elles, et faire leur marys cocus, réservé la procréation à part.
J'ay cogneu deux femmes en France qui se mirent à aymer deux chastrez gentilshommes afin de n'engroisser point; et pourtant en avoyent plaisir^ et si ne s'escandalisoyent. Mais il y a eu des marys si jaloux en Turquie et en Barbarie^ lesquels s'estans apperceus de cette fraude^ ilz se sont advisez de faire clmstrer tout à trac leurs pauvres esclaves, et le leur couper tout net. Dont^ à ce que disent et escrivent ceux qui ont pratiqué la Turquie, il n*en reschappe deux de douze auxquels ils exercent cette cruauté, qu'ils ne meurent; et ceux qui en eschappent^ ils les ayment et adorent comme vrays, seurs et chastes gardiens de la chasteté de leurs femmes^ etgarantisseurs de leur honneur.
Nous autres chrestiens n'usons point de ces villaines rigueurs et par trop horribles; mais au lieu de ces diastrez^ nous leur donnons des vieillards sexagénaires, comme l'on Êiit en Espagne, et mesmes à la cour des reines de là, lesquels j'ay veu gardiens des filles de leur cour et de leur suitte. Et Dieu sçait ! il y a des vieillards cent fois plus dangereux à perdre
filles et femmes que les jeunes, et cent fois plus cha-
leareux^ plus inventife et industrieux à les gaigner et
corrompre. , Je croy que telles gardes, pour estre chenus et à la
teste et au menton, ne sont pas plus seures que les
jeunes^ ny les vieilles femmes non plus; ainsi comme une vieille gouvemante espagnole conduisant ses filles^ et passant par une grande salle et voyant des membres naturels peints à Tadvantage et fort gros et démesurez^ contre la muraille^ se prit à dire : Mira que tan bravos no los pintan estos hombres, como quien no los conociese^. Et ses filles se tournèrent vers elle, et y prîndrent advis, fors une que j'ay cogneu qui contre&isant de la simple, demanda à une de ses compaygnes quelz oiseaux estoyent ceux-là; car il n'y en avoit aucuns peints avec des aisles. Elle luy respondit que c'estoyent oiseaux de Barbarie^ plus beaux en leur naturel qu'en peinture. Et Dieu sçait si elle n*en avoit point veu jamais; mais il falloit qu'elle en fîst la mine.
Beaucoup de marys se trompent bien souvent en ces gardes; car il leur semble que , pourvu que leurs femmes soyent entre les mains des vieilles, que les unes et les autres appellent leurs mères pour tiltre d^honneur, qu'elles sont très-bien gardées sur le devant : et de celles il n'y en a point de plus aisées à suborner et gaigner qu'elles; car de leur nature, estant avaricieuses comme elles sont, en prennent de toutes mains pour vendre leurs prisonnières.
D'autres ne peuvent veiller tousjours ces jeunes femmes, qui sont tousjours en bonne cervelle, et mesmes quand elles sont en amours, que la pluspart du temps elles dorment en un coin de cheminée,
1. Vois : ces hommes nous ont étë là peints si beaux qu'ils semblent l'avoir é\é par quelqu'un qui ne les connaissait pas.
DES DAMES. i4i
qa'en leur présence les cocus se forgent, sans qu'elles y prennent garde ny n'en sçachent rien.
J'ay cogneu une dame qui le fit une fois devant sa gouvernante^ si subtilement qu'elle ne s'en apperceut jamais. Une autre en fit de mesme devant son mary^ quasi visiblement, ainsi qu'il jouoit à la prime.
D'autres vieilles ont mauvaises jambes^ qui ne peuvent pas suivre au grand trot leurs dames, qu'avant qu'elles arrivent au bout d'une allée ou d'un bois ou d'un cabinet^ leurs dames ont dérobbé leur coup en robbe, sans qu*elles s'en soyent apperceues, n'y ayant rien veu, débiles de jambes et basses de la veue. D'autres vieilles et gouvernantes y a-il qui, ayant pratiqué le mestier, ont pitié de voir jusner les jeunes et leur sont si débonnaires, que d'elles-mesmes elles leur en ouvrent le chemin, et les en persuadent de l'ensuivre, et leur assistent de leur pouvoir. Aussi l'Aretin disoit que le plus grand plaisir d'une dame qui a passé par là, et tout son plus grand contentement, est d'y faire passer une autre de mesmes.
Voylà pourquoy, quand on se veut bien ayder d'un
bon ministre pour l'amour, on prend et s'adresse-on
plostost à une vieille maquerelle qu'à une jeune
iexnme. Aussi tiens-je d'un fort gallant homme, qu'il
^e prenoit nul plaisir, et le défendoit à sa femme
^pressément, de ne hanter jamais compagnies de
Veilles, pour estre trop dangereuses, mais avec des
Jaunes tant qu'elle voudroit ; et en alléguoit beau-
^^np de bonnes raisons que je laisse a^ mieux dis-
^^c^nrans discourir.
£t c'est pourquoy un seigneur de par le monde, <meje sçay, confia sa femme, de laquelle il étoit
jaloux^ à une sienne cousine, fille pourtant^ pour luy servir de surveillante ; ce qu'elle fit très-bien^ encor que de son costé elle retint moitié du naturel du chien de FortollanS d'autant qu'il ne mange jamais des choux du jardin de son maistre, et si n'en veut . laisser manger anx autres; mais celle-cy en mangeoit^ et n'en vouloit point faire manger à sa cousine : si est-ce que l'autre pcurtant luy déroboit tousjours quelque coup en cotte ^ dont elle ne s*en appercevoit^ quelque fine qu'elle fust^ ou feignoit ne s'en appercevoir.
J'alléguerois une infinité de remèdes dont usent les pauvres jaloux cocus pour brider, sarrer, gesner, et tenir de court leurs fammes qu'elles ne facent le saut; mais ils ont beau pratiquer tous ces vieux moyens qu'ilz ont ouy dire, et d'en excogiter de nouveaux, car ilz y perdent leur escrime : car quand une fois les femmes ont mis ce ver coquin amoureux dans leurs testes^ les envoyent à toute heure chez Guillot le Songeur'^ ainsi que j'espère d'en discourir en un chapitre^ que j'ay à demy faict^ des ruses et astuces des femmes sur ce point, que je confère avec les stratagesmes et astuces militaires des hommes de guerre'. Et le plus beau remède^ seure et douce garde^ que le mary jaloux peut donner à sa femme,
i. Orfo/i<a;i, jardinier; hortutanus.
2. Don Guilan el cuidador^ dont on a fait chez noas Guillot le Songeur j est un personnage de XAmadis de Gauie. Voyez ^modis de Gaule ^ liv. II, chap. y, dans la Biblioteca de autores espaijples^ de don Pascual de Gayangos, Biadrid, J857, in-8*, tome XL, p. i20eti2i.