‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 62 sur 217 · Marguerite de Valois · texte numérisé non relu

Marguerite de Valois

2. Je crois qu'il s'agit ici d'Anne d'Esté, veuve (1563) du dm É^^duo François de Guise et qui se remaria (1566) avec Jacques de S»' voie, duc de Nemours.

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pratiquoit de nouvelles pour secondes nopees^ qui furent accomplies en Testé après. Ainsi que j'ay considéré depuis toutes ces circonstances, je croy que les autres saisons ne fussent esté si propres que cet byver, et comme je Touy dire à une de ses dario- Jetés.

Or, pour faire fin^ je dis et affirme : que toutes

saisons sont propres pour l'amour, quand elles sont

prises à propos, et selon les caprices des hommes et

des femmes qui les surprennent : car, tout ain^i que

la guerre de Mars se fait en toutes saisons et en tout

temps, et qu'il donne ses victoires comme il luy

plaist et comme aussi il trouve ses gens-d'armes bien

appareillez et encouragez de donner leur bataille,

"Vénus en fait de mesmes, selon qu'elle trouve ses

troupes d'amans et d* amantes bien disposez au com-

ïyat : et les saisons n'y font guières rien; ny leur ac-

oeption ny élection n'y a pas grand lieu; non plus

ne servent guières leurs simples, ny leurs fruits, ny

leurs drogues, ny drogueurs, ny quelque artifice que

lacent ny les unes ny les autres, soit pour augmenter

leur chaleur, soit pour la rafraischir. Car, pour le

dernier exemple, je connois une] grand' dame à qui

SSL n^ère, dez son petit aage, la voyant d'un sang

oliaud et bouillant qui la menoit un jour tout droit

SLMi chemin du bourdeau, luy fit user par Tespace de

Cirente ans, ordinairement en tous ses repas, du jus

cdl« vinette, qu'on appelle en France^ ozeille, fust en

viandes, fust en ses potages et avec bouillons,

^4. En France, c'est-à-dire dan* les pays dcf ce côté- ci de la

fiisl pour en boire de grandes escuelles à oreilles sans autres choses entremeslées ; bref, toutes ses sausses estoient jus de vinette. Elle eut beau faire tous ces mystères réfrigératifs , qu'enfin ç*a esté une illustrissime et grandissime putain , et qui n'avoit point besoin de ces pastez que j ay dit pour luy donner de la chaleur, car elle en a assez; et si pgurlant elle est aussi goulue à les manger que toute autre.

Or je fais fin, bien que j*en eusse dit davantage et eusse rapporté davantage de raisons et exemples; mais il ne faut pas tant s'amuser à ronger un mesme os; et aussi que je donne la plume à un autre meilleur discoureur quemoy, qui sçaura soustenir le party des unes et des autres saisons : me rapportant à un. souhait et désir que faisoit une fois une honneste^ dame espagnole, qui souhaittoit et désiroit de devenir"^ hyver, quand sa saison seroit, et son amy un feu^*— afin, quand elle viendroit s'eschaufièr à luy par 1 grand froid qu'elle auroit, qu'il eust ce plaisir de l chauffer, et elle de prendre sa chaleur quand elle s' chaufferoit, et de plus se présenter et se faire voir luy souvent et à son aise, en se chauffant retroussée^ esquarquillée, et élai^ie de cuisses et de jambes, pou^ participer à la veue de ses beaux membres cachet sous son linge et habillements d'auparavant, au pour la reschauffer encor mieux et luy entretenir so autre feu du dedans et sa chaleur paillarde.

Puis désiroit venir printemps, et son amy un jai din tout en fleurs, desquelles elle s'en ornast sa tesi sa belle gorge, son beau sein, voire s'y veau parmy elles son beau corps tout nud entre les dra;

De mesmes après désiroit devenir esté, et par coi

séquent son amy une claire fontaine ou reluisant ruisseau^ pour la recevoir en ses belles et fraisches eaux quand elle iroil s'y baigner et esgayer, et bien à plein se faire voir à luy, toucher, retoucher et manier tous ses membres beaux et lascifs.

Et puis^ pour la fin^ désiroit pour son automne retourner en sa première forme et devenir femme et son amy homme ^ pour puis après tous deux avoir l'esprit, le sens et la raison à contempler et remémorer tout le contentement passée et vivre en ces belles imaginations et contemplations passées^ et pour sçavoir et discourir entre eux quelle saison leur avoit esté plus propre et délicieuse.

Voilà comment cette honneste dame départoit et compassoit les saisons; en quoy je me remets au jugement des mieux discourans^ quelles des quatre en ces formes pouvoyent estre à l'un et à l'autre plus douces et agréables.

Ast'heure à bon escient me départs-je de ce discours. Qui en voudra sçavoir davantage et des diverses humeurs des cocus , qu'il fasse une recherche <i'ûne vieille chanson qui fut faite à la cour, il y a <]ainze ou seize ans, des çocus, dont le refrain est :

Un cocu meine l'autre, et tousjours sont en peine; Un cocu Tautre meine.

Je prie toutes les honnestes dames qui liront dans œ chapitre aucuns contes^ si par cas elles y passent dessus, me pardonner s'ilz sont un peu gras en sauf>iquets, d'autant que je ne les eusse sceu plus moc]estement déguiser, veu la sauce qu'il leur faut. Et diray bien plus, que j'en eusse allégué d'autres encor

plus saugreneux et meilleurs^ n'estoit que^ ne 1 pouvant ombrager bien d'une belle modestie, j'eus eu crainte d'offenser les honnestes dames qui prei dront cette peine et me feront cet honneur de li mes livres. £t si vous diray de plus^ que ces cont que j'ay fait icy ne sont point contes menus de vill ne villages, mais vienent de bons et hauts lieux, si ne sont de viles et basses personnes , ne m'estai voulu mesler que de coucher les ^auds et hauts si jets, encor que j'aye le dire bas; et, en ne nomma: rien *, je ne pense e^candaliser rien aussi.

Femmes, qui transformez vos marys en oyseaux, Ne vous en lassez point, la forme en est très-belle ; Car, si vous les laissez en leurs premières peaux, Uz voudront vous tenir toujours en curatelle, Et comme hommes voudront user de leur puissance; Au lieu qu^estans oyseaux, ne vous feront d*offense.

▲UTBE.

Ceux qui vouldront blasmer les femmes amiables Qui font secrètement leurs bons marys comards. Les biasment à grand tort, et ne sont que bavards; Car elles font Taumosne et sont fort charitables. En gardant bien la loy à Taumosne donner, Ne &ut en hypocrit la trompette sonner ^.

i . Rien^ c'est-à-dire en ne nommant personne.

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