Mixte pour miste, joli. — 3. Coint, agrëable, mignon
S3S BBS DAMES.
Voilà pourquoy ce gentilhomme avoit raison de 1 vouloir voir et connoistre; et, à ce qu'il disoit luy— mesme, l'abstinence de la parole luy faisoit plus d'ap— ^ préhension que la veue, et le mettoit en resverie d^^ta« monsieur le diable; dont en cela il monstra qu'i^^/ craignoit Dieu.
Mais, après avoir le tout descouvert, il ne devom^/ rien dire. Mais quoy ! ce dira quelqu'un, l'amitié ^ t l'amour n'est point bien parfaitte, si on ne la déclar^<^ et du coeur et de la bouche; et pour ce, ce gentilhomme la luy vouloit faire Wen entendre ; mais il n^ y gaigna rien, car il y perdit tout. Aussi qui eust cogneu l'humeur de ce gentilhomme; il sera poimr excusé, car il n'estoit si froid ny discret pour joue^" ce jeu, et se masquer d'une telle discrétion; et, à C5« que j'ay ouy dire à ma mère, qui estoit à la reinc de Navaire, et qui en sçavoit quelques secrets de s^s Nouvelles, et qu'elle en estoit l'une des devisantes > c'estoit feu mon oncle de La Chastaigneraye , q^ estoit brusq , prompt et un peu voilage.
Le conte est déguisé pourtant pour le cacher mieux; car mondict oncle ne fut jamais au service de la grand' princesse, maistresse de cette dame, ouy bien du roy son frère : et si n'en fut autre chose, car il estoit fort aymé et du roy et de la princesse.
La dame , je ne la nommeray point, mais elle estoit veufve et dame d'honneur d'une très-grand' princesse, et qui sçavoit faire la mine de prude plus que dame de la cour.
J'ay ouy conter d'une dame de la cour de nos derniers rois, que je cognois, laquelle, estant amou- 'reuse d'un fort honneste gentilhomme de la cour, m^
rise et recogneue. Aussi ne fut-elle jamais mar- Il
qak la neuviesme assignation , que la marque
issitost descouverte et recogneue de ses femmes.
>ur ce, de peur d'estre escandalisée et tomber *
^probre, elle brisa là, et oncques puis ne tourna
iignation.
sùst mieux valu, ce dit quelqu'un ^ qu'elle luy
Laissé faire ces marques tant qu'elle eust voulu,
tant de Élites les deffaire et effacer; et pour ce
eu double plaisir : l'un , de ce contentement
ireux, et l'autre, de se mocquer de son homme, ^
ravailloit tant à ceste pierre philosophale pour
îscouvrir et cognoistre, et n'y pouvoit jamais
mir.
Q ay ouy conter d'une autre du temps du roy
îois , de ce beau escuyer Grufiy *, qui estoit un
er de Tescurie dudict roy, et mourut à Naples
yage de M. de Lautrec, et d'une très-grand' dame
cour, dont en devint très-amoureuse : aussi -il très-beau et ne l'appelloit-on ordinairement le beau Grufiy, dont j'en ay veu le pourtrait ? monstre tel.
e attira un jour un sien vallet de chambre en
IIp sp finit. . nonrtant. inpncrnpii nt nnn vpii . pri
sa chambre^ qui luy vint dire un jour, luy bien habillé qu'il sentoit son gentilhomme, qu'une trèshonneste et belle dame se recommandoit à luy, el qu'elle en estoit si amoureuse qu'elle en désiroit fort l'acointance plus que d'homme de la cour, mais par tel si qu'elle ne vouloit, pour tout le bien du monde, qu'il la vist ni la cogneust; mais qu'à l'heure du coucher, et qu'un chacun de la cour seroit retiré, il le viendroit quérir et prendre en un certain lieu qu'il luy diroit, et de là il le mèneroit coucher avec cetle dame; mais par tel pache aussi, qu'il luy vouloit bouscher les yeux avec un beau mouchoir blanc, comme un trompette qu'on meine en ville ennemie, afin qu'il ne pust voir ny recognoistre le lieu ny la chambre là où il le mèneroit, et le tiendroit tousjours par les mains afin de ne défaire ledict mouchoir; car ainsi luy avoit commandé sa maistresse luy proposer ces conditions, pour ne vouloir estre cogneue de luy jusques à quelque temps certain et préfix qu'il luy dit et luy promit; et pour ce, qu'il y pensât et advisât bien s'il y vouloit venir à cette condition , afin qu'il luy sceust dire Tendemain sa response; car il le viendroit quérir et prendre en un lieu qu'il luy dit, et surtout qu'il fust seul; et il le mèneroit en une part si bonne, qu'il ne s'en repentiroit point d'y estre allé.
Voilà une plaisante assignation et composée d'une estrange condition. J'ajinerois autant celle-là d'une dame espagnole, qui manda un à une assignation, mais qu'il portast avec luy trois S. S. S., qui estoient à dire, sabio^ soio, segreto; sage, seul, secret. L'autre luy manda qu'il iroit, mais qu^elle se gamist et four-
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dist. de trois F. F. F., qui sont qu'elle ne fust fea^ flcM.c€L ny fria; qui ne fust ny laide, flacque* ny Groîde.
Attant' le messager se départit d'avec Gruffy. Qui
fiii en peine et en songe? ce fut luy^ ayant grand
sujet de penser que ce fust quelque partie jouée de
quelque ennemy de cour, pour luy donner quelque
venue, ou de mort ou de charité* envers le roy.
Songeoit aussi quelle dame pouvoit-çlle estre, ou
grande, ou moyenne, ou petite, ou belle, ou laide,
qui plus luy iaschoit; encores que tous chats sont
gris la nuict, ce dit-on, et tous c... sont c.^. sans
clarté. Par quoy, après en avoir conféré à un de ses
compagnons des plus privez, il se résolut de tenter
*^ risque, et que pour Tamour d'une grande, qu'il
présumoit bien estre, il ne falloit rien craindre ny
appréhender. Par quoy, le lendemain que le roy, les
^^bes, les dames et tous et toutes de la cour se fu-
^^m retirez pour se coucher, ne faillit de se trouver
*U lieu que le messager luy avoit assigné, qui ne faillh
^Uasilost l'y venir trouver avec un second, pour luy
^der à faire le guet si lautre n'estoit point suivy de
P^, ny de laquais, ny vallet, ny gentilhomme.
^Ussitost qu'il le vit, luy dit seulement: «Allons,
* monsieur, madame vous attend. » Soudain il le
^nda, et le mena par lieux obscurs, estroits, et tra-
yerses incogneues , de telle façon que l'autre luy dit
franchement qu'il ne sçavoit là où il le menoit; puis
l'entra dans la chambre de la dame, qui estoit si
I. Flaque^ flasque. — 2. Attanlt ou A tant^ ensuite. 3. Charité^ méchanceté.
sombre et si obscure qu'il ne pouvoit rien voir njr^^ cognoistre, non plus que dans un four.
Bien la trouva-il sentant à bon, et très-bien parfu
mée, qui luy fit espérer quelque chose de bon; pai- ' quoy le fît déshabiller aussitost, et luy-méme le dé habilla; et après le mena par la main, luy ayant osl le mouchoir^ au lict de la dame^ qui Fattendoit ei^m bonne dévotion; et se mit auprès d'elle à la taster^ l'embrasser, Ja caresser, où il n'y trouva rien qu^^ très-bon et exquis , tant à sa peau qu'à son linge e^Èz lict très-superbe, qu'il tastonnoit avec les mains; e^t ainsi passa joyeusement sa nuict avec cette bell^^ dame, que j'ay bien ouy nommer. Pour fin, tout lu^^ contenta en toutes façons; et cognent bien qu'il estoî.^ très-bien hébergé pour cette nuict; mais rien ne la -y faschoit, disoit-il, sinon que jamais il n'en sceut tirer aucune parole. Elle n'avoit garde, car il parloit as$e2 souvent à elle le jour, comme aux autres dames, e&, pour ce, l'eust cogneue aussitost. De follâtreries, de mignardises, de caresses, d'attouchemens, et de toute autre sorte de démonstrations d'amour et paillardises , elle n'y espargnoit aucune : tant y a qu'il se trouva bien.
Le lendemain, à la pointe du jour, le messager ne feillit le. venir esveiller, et le lever et habiller, le bander et le retourner au lieu où il l'avoit pris, et recommander à Dieu jusques au retour, qui seroil bientost. Et ne fut sans luy demander s'il luy avoit menty, et s'il se trouvoit bien de l'avoir creu, et ce qui luy en sembloit de luy avoir servy de fourrier, et s'il luy avoit donné bon logement.
Le beau GrufTy, après l'avoir remercié cent fois ,
luy dit adieu, et qu'il seroit tousjours prest de retourner pour si bon marché^ et revoler quand il voudroit; ce qu'il fît^ et la feste en dura un bon mois^ au bout duquel fallut à Grufiy partir pour son voyage de Naples, qui prit congé de sa dame et luy dist adieu à grand regret, sans en tirer d'elle un seul pairl^ï' aucunement de sa bouche , sinon souspirs et lar- ^es, qu'il luy sentoit couler des yeux. Tant y a qu'il Partit d'avec elle sans la cognoistre nullement ny * ^B appercevoir.
Depuis on dit que cette dame pratiqua cette vie
^^^c deux ou trois autres de cette façon, se donnant
**Qsi du bon temps. Et disoit-on qu'elle s'accommo-
*oit de cette astuce^ d'autant qu'elle estoit fort avare,
^^ par ainsi elle espargnoit le sien et n'estoit sujette
* faire présens à ses serviteurs ; car enfin , toute
5i*5and' dame pour son honneur doit donner, soit peu
^^1 prou, soit argent, soit bagues ou joyaux, ou
w>yent riches faveurs. Par ainsi ^ la gallante se don-
i^oît à son c. joye, et espargnoit sa bourse, en ne se
^EK^anifestant seulement qu elle estoit; et pour ce, ne
^ pouvoit estre reprise de ses deux bourses, ne se
^î^mt jamais cognoistre. Voilà une terrible humeur
i^ grand' dame.
Aucuns en trouveront la façon bonne , autres la Wasmeront, autres la tiendront pour très-excorte; ^ticons Testimeront bonne mesnagère; mais je m'en rapporte à ceux qui en discourront mieux que moy : à est-ce que cette dame ne peut encourir tel blasme qae ceste reine* qui se tenoit à l'hostel de Mesle à
i . Isabeau de Bavière.
Paris y laquelle faisant le guet aux passans, etceu qui luy revenoyent et agréoient le plus, de quelqu« sortes de gens que ce fussent, les faisoit appeller < venir à soy; et, après en avoir tiré ce qu'elle e vouloit, les faisoit précipiter du haut de la toui qui paroist encores, en bas en Teau, et les faiso noyer.
Je ne peux dire que cela soit vray; mais le vu gaire, au moins la pluspart de Paris, FafFerme; et n a si commun^, qu'en luy monstrant la tour seul< ment, et en l'interrogeant, que de luy-mesme ne dye.
Laissons ces amours , qui sont plustost des avo tons que des amours, lesquelles plusieurs de n^ dames d'aujourd'huy abhorent, comme elles en oi raison , voulant communiquer avec leurs serviteur et non comme avec rochers ou marbres : mais, apr les avoir bien choisis , se sçavent bravement et gei timent faire servir et aymer d'eux. Et puis, en ayaj cogneu leurs fidélitez et loyale persévérance, se pn stituent avec eux par une fervente amour, et se doi nent du plaisir avec eux, non en masques, ny en s lence, ny muettes, ny parmy les nuicts et ténèbres mais en beau plain jour se font voir, toucher, taster embrasser, et les entretiennent de beaux et lascif discours, de mots follastres et paroles lubriques Quelquesfois pourtant s'aydent de masques ; car il a plusieurs dames qui quelques fois sont contrainte d'en prendre en le faisant, si c'est au hasle qu'elle le facent, de peur de se gaster le teint, ou ailleun