partie de là; et de bonheui^, cette belle dame, tant
plus elle se remuoit à reprendre la couverture, tant
plus elle se iaisoit paroistre; ce qui n'endommageoit
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nullement la veue et le plaisir du gentilhomme, qui autrement ne s'empeschoit à la recouvrir; bien sot fust esté : pourtant, teUement quellement, eUe recouvra sa couverture, se remit , en se courouçant assez doucement contre la fille, et luy disant qu^elle le payeroit. La damoiselle luy dit, qui estoit un petit à l'escart : << Madame , vous m'en aviez fait une ; parte donnez-moy si je la vous ay rendue; » et, passant la porte, s'en alla. Mais l'accord fut fait aussitost.
Cependant le gentilhomme se trouva si bien de telle veue, et en tel extase de plaisir et content^nent, que je luy ay ouy dire cent fois qu'il n'en vouloit d'autre en sa vie, que de vivre au songer de cette ordinaire contemplation ; et certes il avoit raison : car, selon la monstre de son beau visage le mmpareil, et sa belle gorge dont elle a tant repeu le monde, pouvoit assez monstrer que dessous il y avoit de caché de plus exquis; et me disoit qu'entre telles beautea, c'estoit la dame la mieux flanquée et le plus haut qu'il eust jamais veue : aussi le pouvoit-elle cstre, car elle estoit de très-riche taille; mesmes entre les beautez il &ut qu'elle le soit , ny plus ny moins qu'une forteresse de frontière.
Amprès que ce gentilhomme m'eut tout conté, je ne luy peus que dire : « Vivez doncques, vivez, mon « grand amy, avec cette contemplation divine et a cette béatitude que jamais ne puissiez- vous mourir; « et moy au moins, avant mourir, puissé-je avoir « une telle veue ! »
Ledict gentilhomme en eut pour jamais cette obligation à la damoiselle, et tousjours depuis l'honora et l'ayma de tout son coeur. Aussi luy estoit-il sarvi-
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leur fort; mais il ne Tespousa, car un autre, plus riche' cpie luy, la luy embla, ainsi qu'est la coustume à toutes de courir aux biens.
Telles veues sont belles et agréables; mais il se faut donner garde qu'elles ne nuisent, comme celle de la belle Diane nue au pauvre Actéon, ou bien une que je vois dire.
Un roy^ de par le monde ayma fort en son temps une bien belle , honneste et grand' dame veufve ', si bien qu'on Ten tenoit charmé; car peu il se soucioit des autres, voire de sa femme, sinon que par intervalles^ car cette dame emportoit tousjours les plus .bettes fleurs de son jardin; ce qui faschoit fort à la reine, car elle se sentoit aussi belle et agréable que serviable', et digne d'avoir de si friands morceaux ; dont elle s'en esî>ahissoit fort. De quoy en ayant fait sa complainte à une sienne grand' dame Êivorite, elle camfioiiSL avec ^elle d'adviser s'il y avoit tant de quoy, mesmes espier par un trou le jeu que joueroient son mary et la dame. Par quoy elle advisa de faire plusieurs trous au-dessus de la chambre de ladite dame, pour voir le tout et la vie qu'ils démeneroyent tous deux ensemble : dont se mirent à tel spectacle; mais elles n'y virent rien que très-beau , car elles y apperceurent une femme très-belle, blanche, délicate et très-fraische, moitié en chemise et moitié nue, Êdre des caresses à son amant, des mignardises, des follastreries bien grandes , et son amant luy rendre la pareille, de sorte qu'ils sortoient du lict, et tout en