‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 90 sur 217 · Pianelle^ pantoufle; de XïtàWen pianella · texte numérisé non relu

Pianelle^ pantoufle; de XïtàWen pianella

6. Non pas d'argent, mais d'or. Voyez Pline, liv. XXXIH, chap. XL1X. Brantôme a traduit à tort psLVJumeFifs lejumemia (mmies) de l'auteur latin.

M. sainct Jérosme reprend bien fort une dame de son temps qui estoit trop curieuse de la beauté de sa jambe, par ces propres mots : <c Par la petite bottine « brunette^ et bien tirée et luisante, elle sert d'apff peau aux jeunes gens i et d'amorces par le son des « bouclettes. » Pensez que c'estoit quelque façon de chaussure qui couroit de ce t»aps-là ^ qui estoit par trop affettée^ et peu séante aux prudes femmes. La chaussure de ces botines est encores aujourd'huy en usage parmy les dames de la Turquie j et des plus grandes et plus chastes.

J'ay veu discourir et faire question quelle jambe estoit plus tentative et attrayante^ ou la nue, ou la couverte et chaussée? Plusieurs croyent qu'il n'y a que le naturel mesme^ quand elle est bien faitte au tour de la perfection^ et selon la beauté que dit l'Espagnol que j'ay dit cy-devant, et qu'elle est bien blanche^ belle et bien polie, et monstrée à propos dans un beau lict; car autrement^ si une dame la vouloit monstrer toute nue en marchant ou autrement^ et des souUiers aux pieds ^ quand bien elle seroit la plus pompeusement habillée du monde, elle ne seroit jamais trouvée bien décente ny belle^ comme une qui seroit bien chaussée d'une belle chausseure de soye de couleur ou de fillet blanc, comme on fait a Pleurance pour porter l'esté, dont j'ay veu d'autres fois nos dames en porter, avant le grand usage que nous avons eu despuis des chausses de soye ; et après Ëiudroit qu'elle fust tirée et tendue comme la peau d'un tabourin^ et puis attachée ou avec esguillettes ou autrement, selon la volonté et l'humeur des dames : puis faut accompagner le pied d'un bel es-

carpin blanc^ et d'une mule de velours noir ou d'autre couleur^ ou bien d'un beau petit patin^ tant bien fait que rien plus, comme j'en ay veu porter à une très-grande dame de par le monde , des mieux faits et plus mignonnement.

En quoy faut adviser aussi la beauté du pied; car s'il est par trop grand^ il n'est plus beau; s'il est par trop petit, il donne mauvaise opinion et signifîanee de sa dame, d'autant qu'on dit : petit pied^ grand c.,, ce qui est un peu odieux : mais il faut qu'il soit un peu médiocre, comme j'en ay veu plusieurs qui en ont porté grandes tentations, et mesmes quand leurs dames le faisoyent sortir et paroistre à demy hors du cotillon, et le faisoyent remuer et frétiller par certains petits tours et remuements lascifs, estans couverts d'un beau petit patin peu liégé', et d'un escarpin blanc pointu et point quarré par le devant; et le blanc est le plus beau. Mais ces petits patins et escarpins sont pour les grandes et hautes femmes, non pour les courtaudes et nabottes, qui ont leurs grands chevaux de patins liégez de deux pieds : autant vaudroit voir remuer cela comme la massue d'un géant ou la marotte d'un fou.

D'une autre chose aussi se doit bien garder la dame , de ne déguiser son sexe et ne s'habiller ea garçon, soit pour une mascarade ou autre chose: car, encor qu'elle eusL la plus belle jambe du monde^ elle s'en montre difforme, d'autant qu'il £aiut qiie?^ toutes choses ayent leur propreté et leur séance'^

i . Liégé^ garni de liëge.

2. C'est-à-dire : aient ce qui leur est propre et ce qui leur siedi> .

tellement qu'en démentant leur sexe , défigurent du tout leur beauté et gentillesse naturelle.

Voilà pourquoy il n'est bien séant qu'une femme se garçonne pour se faire monstrer plus belle , si ce n'est pour se gentiment adoniser d'un beau bonnet avec la plume à la guelfe ou gibeline attachée , ou bien au devant du front , pour ne trancher ny de l'un ny de l'autre^ comme depuis peu de temps nos dames d'aujoiu*d'huy Font mis en vogue : mais pourtant à toutes il ne sied pas bien ; il faut en avoir le visage poupin et fait exprès^ ainsi que l'on a veu à Dostre reine de Navarre ^ qui s'en accommodoit si bien^ qu'à voir le visage seulement adonisé, on n'eust seeu juger de quel sexe elle tranchoit^ ou d'un beau jeune enfant y ou d'une Irès-belle dame qu'elle estoit.

Dont il me souvient qu'une de par le monde, que j^ay cogneue^ qui la voulant imiter sur l'aage de vingtcinq ans^ et de par trop haute et grande taille^ homiiiasse, et nouvellement venue à la cour, pensant '^ûne de la gallante, comparut un jour en la sale du ^; et ne fut sans estre fort arregardée et assez bro- ^^^itlée, jusques au roy qui en donna aussitost sa sen- ^i^ce, car il disoit des mieux de son royaume; et ^^t qu'elle ressembloit fort bien une batteleuse, ou , P^ur plus proprement dire, de ces femmes en peinture que l'on porte de Flandres, et que l'on met au devant des cheminées d'hostelleries et cabarets avec des fleustes d'Allemand au bec ; si bien qu'il luy fit dire que si elle comparoissoit plus en cet habit et contenance, qu'il luy feroit signifier de porter sa fleusle pour donner l'aubade et récréation à la noble

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compagnie. Telle guerre luy fît-il, autant pour ce que cette coiQure luy siéoid mal^ que pour haine qu'il portoit à son mary.

Voilà pourquoy tels defiguisements ne sièzent bien à toutes dames; car quand bien cette reine de Navarre^ qui est la plus belle du monde, se fust voulu autrement déguisa de son bonnet^ elle n'eust jamais comparu si belle comme elle est, et n*eust peu : aussi, qu'auroit-elle sceu prendre forme plus belle que la sienne^ car de plus belles n'en pouvoit-elle prendre ny emprunter de tout le monde? Et si elle eust voulu monstrer sa jambe ^ que j'ay ouy dire à aucunes de ses femmes, et la peindre pour la plus belle et mieux faitte du monde , autrement qu'en son naturel ^ ou bien estant chaussée proprement sous ses beaux habits^ on ne l'eust jamais trouvée si belle. Ainsi fout-il que les belles dames comparoissent et facent monstre de leurs beautez.

J'ay leu dans un livre espaignol , intitulé el Fiage del Principe^ qui fut celuy * que fit le roy d'Espagne en ses Païs-Bas^ du temps de Tempereur Charles son père, entr'autres beaux recueils qu'il reoeut pamy ses riches et opulentes villes^ ce fut de la reine d'Hongrie en sa belle ville de Bains^ dont le proverbe Ait : Mas braifa que las fiestas de Bains*.

Entre autres magnificences fîit que^ durfinl le siège d'un chasteau qui fut battu en feinte, et assiégé en

i. Brantôme a dëjà emprunté plusieurs pages à cette reladoo du voyage de Philippe II (yoyez tome III , p* 259), et c'est dn même chapitre qu'il a tiré la description qui suit.

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