‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 92 sur 217 · Nimphes orëades^ nymphes des montagnes; oreades · texte numérisé non relu

Nimphes orëades^ nymphes des montagnes; oreades

3. Cest par une faute de copiste qu'on lit dans le manuscrit Paliat au lieu de Paies.

4. Nimphes napées ^ nymphes des vallëes et des prairies; napmx.

le dernier service du fruict. El celte déesse estoit la fille de dona Béatrix Paeeeho^ comtesse d'Antremont\ dame d'honneur de la reine Eléonor^ laquelle pouvoit avoir alors que neuf ans. C'est elle qui est aujourd'huy madame l'admiralle de Chastillon^ que M. l'admirai espousa en secondes nopces; laquelle fille et déesse apporta avec ses compagnes^ toutes sortes de fruicts qui se pouvoyent alors trouver, car c'estoit en esté, des plus beaux et plus exquis, et les présenta à l'empereur avec une harangue si éloquente, si belle et prononcée de si bonne grâce, qu'elle s'en fit fort aymer et admirer de Fempereur et de toute l'assemblée, veu son jeune aage, que dès lors on présagea qu'elle seroit ce qu'elle est aujourd'huy, une belle, sage, honneste, vertueuse, habille et spirituelle dame.

Elle estoit pareillement habUlée à la nimphal^ comme les autres, vesteues de toille d'argent et blaiio , chaussées de mesmes, et garnies à la teste de forc^ pierreries; mais e'estoyent toutes esmeraudes, potm^ représenter en partie la couleur du fruit qu'elles app^ portoyent: et outre le présent du fruict, elle enfî^ un à l'empereur et au roy d'Espagne d'un ramea*^ de victoire tout esmaillé de vert, les branches tout^^ chargées de grosses perles et pierreries, ce qui estoît fort riche à voir et inestimable ; à la reine Eléonor un esventail, avec un mirouer dedans, tout garni de pierreries de grande valeur.

i . Jacqueline de Montbel, comtesse d'Entreroonts. — Voyez Tinléressante brochure de M. Henri Bordier, La veu\*e de l'amiral Coligny, Paris, 1875, 48 p. in-8\

Certes, cette princesse et reine d'Hongrie mons- >it bien qu'elle estoit une honneste dame en tout,

qu'elle sçavoit son entregent aussi bien que le ^tier de' la guerre; et, à ce que j'ay ouy dire, mpereur son frère avoit un grand contentement et iilagement d'avoir une si honneste sœur et digne

luy-

Or, l'on me pourroit objecter, pourquoy j'ay fait tte digression en forme de discours. C*est pour dire e toutes ces filles qui avoyent joué ces personnes avoyent esté choisies et prises pour les plus lies d'entre toutes celles des reines de France et Hongrie et madame de Lorraine, qui estoyent franises, italienes, flamendes, allemandes et lorraines; rmy lesquelles n'y avoit faute de beauté ; et Dieu lit si la reine de Hongrie avoit esté curieuse d*en oisir des plus belles et de meilleure grâce. Madame de Fontaine-Chalandry, qui est encor en I, en sçauroit bien que dire, qui estoit lors fille de reine Eléonor, et des plus belles : on l'appelioit 5si la belle Torcy, qui m'en a bien conté. Tant y pie je tiens d'elle et d*ailleurs, que les seigneurs, atilshommes et cavalliers de cette cour s*amusèrent regarder et contempler les belles jambes, grèves et aux petits pieds de ces dames; car, vesteues ainsi à nimphale , elles estoyent eourtement habillées , et

pouvoyent faire une très-belle monstre, plus que 1rs beaux visages, qu'ils pouvoyent voir tous les vs, mais non leurs belles jambes. Dont aucuns en idrent plus amoureux par la monstre et veue d'iies belles jambes, que non pas de leurs belles es; d*autant qu'au dessus des belles colonnes

318 on DAMES.

oousUimièrement il y a de belles cornices de frîzes, des beaux architraves, riches chapiteaux, bien poliis et entaillez.

Si faut-il que je fiisse encor cette digression et cpie j'en passe ma fantaisie^ puisque nous sommes sur les feintes et représentations. Quasi en meame temps que ces belles festes se faisoyent ez Païs-Bas, et surtout à Bains ^ sur la réception du roy d* Espagne^ se fit rentrée du roy Henry, toiu*nant de visiter soa pays de Piedmont et ses garnisons, à Lion, qui certes fut des belles et plus triomphantes, ainsi que j'a^ ouy dire à d'honnestes dames et gentibhommes die la cour qui y estoyent^

Or, si cette feinté et représentation de Diane et dl^ sa chasse fut trouvée belle en ce royal festin de X^ reine de Hongrie , il s'en fit une à Lion qui fut bi^i^ autre et mieux imitée; car, ainsi que le roy marehoit^ venant à rencontrer un grand obélisque à l'antique^ à costé de la main droite il rencontra de mesiii€9 un préau ceint, sur le grand chemin, d'une muraille de quelque peu plus de six pieds de hauteur, et ledi^ préau aussi haut de terre; lequel avoit esté distinctement remply d'arbres de moyenne fustaye, entreplantez de taillis espais, et à force toufies d'auUes petits arbrisseaux , avec aussi force arbres firuictiers. Et en cette petite forest s'esbattoyent force petits cerfs tous en vie, biches^ chevreuils, toutesfois privez. Et lors Sa Majesté entr'ouyt aucuns cornets et trompes sonner; et tout aussitost apperceut venir i travers de

i . Ce qui suit est tire de la relation imprimée dont Brantôme a déjà donne un extrait. Voyes tome !!« p. 250 et suiv.

'Il

DBS DAMES. 31^ 1 \

sie foresty Diane chassant avec ses oompa§;nes et i;es forestières^ elle tenant à la main un riche arc uois^ avec sa trousse pendante au costé^ accousen atour de nymphe^ à la mode que l'antiquité s le représente encor ; son corps estoit vestu avec demy bas à six grands lambeaux ronds de toille noire^ semée d'estoilles d'ai^nt^ les manches et emeurant de satin cramoisy avec profilure* d'or^ issée jusqu'à demy jambe ^ descouvrant sa belle be et grave, et ses botines à l'antique de satin v f

noisy^ couvertes de perles en broderie : ses chen estoyent enirelassez de gros cordons de riches les, avec quantité de pierreries et joyaux de ad' valeur; et au dessus du front un petit croist d'argent 9 brillant de menus petits diamants; car r ne fust esté si beau ne si bien représentant le issant naturel^ qui est clair et argentin. Ses compagnes estoyent accoustrées de diverses [)ns d'habits et de taffetas rayez d'or, tant plein î vuide, le tout à lantique^ et de plusieurs autres leurs à l'antique, entremeslées tant pour la bizari que pour la gayeté; les chausses et botines de n ; leur teste adornée de mesmes à la nimphale , B force perles et pierreries, acunes conduisoyent des limiers, petits lévriers, ligneuls et autres chiens en laisse^ avec des cors de soye blanche et noire, couleurs du roy pour lour d'une dame du nom de Diane qu'il aimoit' : autres accompagnoient et faisoyent courre les

Profilure^ bordure, garniture.

Diane de Poitiers.

chiens courans qui faisoyent grand bruit. Les autres portoyent de petits dards de Brésil *, le fer doré avec de petites et gentilles houpes pendantes, de soye blanche et noire, les cornets et trompes momées* d'or et d'argent pendantes en escharpes^ à cordoDs de fil d'argent et soye noire.

Et ainsi qu'elles apperceurent le roy, un lion sortit du bois^ qui estoit privé et fait de longue main à cela, qui se vint jetter aux pieds de ladite déesse, luy faisant feste; laquelle, le voyant ainsi doux et privé, le prit avec un gros cordon d'argent et de soye noire, et sur l'heure le présenta au roy; et, s'appro- ' chant avec le lion jusques sur le bord du mur d^^ préau joignant le chemin, et à 'un pas près de S^ Majesté, luy offrit ce lion par un dixain en rime ^ telle qui se faisoit de ce temps , mais non pourtaa * trop mal limée et sonnante; et par icelle rime, qu'cO^^ prononça de fort bonne grâce, sous ce lion douxe^gracieux luy offroit sa ville de Lion, toute douce^ gracieuse et humiliée à ses loix et commandements^ Cela dit et fait de fort bonne grâce, Diane et toutes ses compagnes luy firent une humble révérence, qui, les ayant toutes regardées et saluées de bon œil; monstrant qu'il avoit très-agréables leurs chasses et les en remerciant de bon cœur, se partit d'elles et suivit son chemin de son entrée. Or notez que celte Diane et toutes ses belles compagnes estoyent les plus

\ • Bois rouge et sec , propre à la teinture , et qui était appelé ainsi dès le moyen Âge , c'est-à-dire bien avant la découverte de l'Amérique. C'est de lui que tire son nom le Brésil , où les bois de teinture abondent.

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