‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 93 sur 217 · Mornéy entouré · texte numérisé non relu

Mornéy entouré

parentes et belles femmes mariées, veufves et filles Lion, où il n'y en a point de faute, qui jouèrent ir mystère si bien et de si bonne sorte, que la ispart des princes, seigneurs, gentilshommes et urtisans, en demeurèrent fort ravis. Je vous laisse penser s'ils en avoyent raison.

Madame de Valentinois, dite Diane de Poictiers, le le roy servoit , au nom de laquelle cette chasse Faisoit , n'en fut pas moins contente, et en ayma ute sa vie fort la ville de Lion; aussi estoit-elle leur ^isine , à cause de la duché de Valentinois qui en t fort proche.

Or, puisque nous sommes sur le plaisir qu'il y a î" voir une belle jambe, il faut croire, comme j'ay I y dire, que non le roy seulement^ mais tous ces liants de la cour, prindrent un merveilleux plaisir contempler et mirer celles de ces belles nimphes, fbllastrement accoustrées et retroussées qu'elles en ^nnoient autant ou plus de tentation pour monter ^ second étage, que d'admiration et de sujet à louer ^e si gentille invention,

Pour laisser donc nostre digression et retourner ^ je i'avois prise , je dis que nous avons veu foire ^ nos cours et représenter par nos reynes, et prinipalement par la reine-mère, de fort gentils ballets; ^ d'ordinaire^ entre nous autres courtisans, nous suions nos yeux sur les pieds et jambes des dames [ui les représentoyent, et prenions par dessus tous ès-grand plaisir leur voir porter leurs jambes si fotiment, et démener et frétiller leurs pieds si affetment que rien plus; car leurs cottes et robes esjrcnt bien plus courtes que de l'ordinaire, mais non

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pourtant si bien à la nimphale^ ny si hautes comme il le falloit et qu'on eust désiré. Néantmoins nos yeux s'y baissoyent un peu^ et mesmes quand on dansoit la volte^ qui, en feisant voUeterla robbe, monstroit tousjours quelque chose agréable à la veue^ dont j'en ay veu plusieurs s'y perdre et s'en ravir entre euxmesmes.

Ces belles dames de Sienne ^, au commencement de la révolte de leur ville et république^ firent trois bandes des plus belles et des plus grandes daaies qui fussent. Chacune bande montoit à mille ^ qui estoit en tout trois mille; l'une vestue de taffetas violet, l'autre de blanc^ et l'autre incarnat , toutes habillées à la nimphale d'un fort court accoustrement, si bien qu'à plein elles monstroyent la belle jambe et belle grève; et firent ainsi leurs monstres par la ville devant tout le monde^ et mesmes devant M. le cardinal de Ferrare et M. de Termes, lieutenants généraux de nostre roy Henry; toutes résolues et promettans de mourir pour la République et pour la Rrauice^ et toutes prestes de mettre la main à l'oefavre pour la fortification de la ville^ comme desjà elles avoyeat la fascine sur l'espaule; ce qui rendit en admiration tout le monde. Je mets ce conte ailleurs^ où je parie des femmes généreuses; car il touche l'un des plus beaux traits qui fîist jamais fait parmy galantes dames.

' Pour ce coup, je me contenteray de dire que j'ay

i. Ëii 15^. Ce que Brantôme raconte ici et plds loin des femmes de Sienne est tire en partie des Mémoires de Monhic. Voy. redit, de Ruble, tome II, p. 55-56. ~a« de Hkmi, Ut. XU.

ouy raconter à plusieurs gentilshommes et soldats , tant fîrançois qu'estrangers^ mesmes à aucuns de la ville ^ qiiie jamais chose du monde plus belle ne fut ▼eue, à cause qu'elles estoyent toutes grandes dames^ et principales citadines de ladicte ville, les unes plus belles que les autres^ comme l'on sçait qu en cette ville la beauté n'y manque point parmy les dames, car elle y est très-commune. Mais s'il faisoit beau voir leurs beaux visages, il faisoit bien autant beau voir et contempler leurs belles jambes et grèves, par leurs gentiles chaussures tant bien tirées et accominodédSj comme elles sçavent très-bien faire, et aussi qu'eUes s'estoyent fiiit faire leurs robes fort courtes, à la nimphale, afin de |Jus l^èrement marcher; ce qui tentoit et eschauffoit les plus refroidis et mortifiez ; et ce qui iaisoit bien autant de plaisir aux regardans estoit que les visages estoyent bien veus tousjours et se pouvoyent voir, mais non pas ces belles jambes et grèves ; et ne fut sans raison qui inventa cette forme d'habiller à la nimphale; car elle produit beaucoup de bons aspects et belles œillades * ; car si l'accoustrement en est court, il est fendu par les eostez, ainsi que nous voyons encore par ces belles antiquités de Rome, qui en augmente davantage la veue lascive.

Mats aujourd^huy les belles dames et filles de Tisle de Cio*, quoy et qui les rend aimables? certes ce sont bien leurs beautez et leurs gentillesses , mais aussi leurs gorgiases façons de s'habiller, et surtout Jeurs robes fort courtes, qui monstrent à plein leurs

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