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A la bataille dUeigerloo, le 24 mai

3, Marie de La Mark, fille de Robert, comte d'Aremberg. Il en sera encore question dans la vie de son mari,

LE COME D'AIGUEMONT. i63

aiDsi qu'ell' estoit en sa chambre et sur ces propos, on luy vint annoncer qu'on alloit trancher la teste à son mary. Je vous laisse à penser si ell' eut besoing de la consolation le moins du monde, de celle^ qu'elle donnoit à foison à Vautre contesse; de sorte que toutes deux avoient bien besoing de Dieu, et plus encor la contesse d'Aiguemont, puisque son mary n'âvoit receu mort si honnorable que le conte d' Arambergue.

Voylà donc la fin de ce pauvre conte, duquel, avant que je l'achève, je diray de luy que c'estoit le seigneur de la plus belle façon et de la meilleure grâce que j'aye veu jamais, fustKîe parmy les grandz^ parmy ses pairs, parmy les gens de guerre et parmy les dames, l'ayant veu en France et en Espaigne, et parle à luy.

Mais pourtant, voyez et considérez un peu une chose que je* vous veux dire, que j'ay appris de madame de Fontaines', l'une des sages, belles, vertueuses et honnestes dames qu'il est possible de voir ; laquelle, du temps qu'elle estoit fille et qu'on l'apelloit Torcy, soeur à feu M. de Torcy, gentil cavalKer et capitaine, elle fut nourrie fille de la reyne Éléonor en France et en Flandres, où alla ladicte reyne se tenir avec l'empereur son frère, et la reyne d'Hongrie, sa sœur, après qu'elle fiit vefve du roy François ; et là, madicte dame de Fontaines, estant fille Torcy, belle des plus d'allors, et qui ne se fit point efïacer ny à Espaignolle, Flamande, Allemande ny Itallienne, ny à tout autre, fit un long séjour avec la reyne sa mais^ tresse ; et là ce fut où elle vist le conte d'Aiguemont

i • Voyez tome I , p, 3i , note 7.

164 GRAJVDS GAPITAnŒS ESTRANGERS.

fort jeune, et son commancement, et comment il vint; mais elle ma dict qu'en toute la court il n'y avoit point jeun' homme plus neuf que luy, et d'assez mauvaise petite grâce, et à qui on en faisoit fort la guerre, et les hommes et les dames ; mais après plusieurs petites «algarades receues , il se rendit ainsi gallant et honneste, brave et vaillant homme comme nous l'avons veu. Possible que la nourriture et la guerre continuelle qu'on luy faisoit luy apporta cela.

Uprmce A ce festin des contes d'Aiguemont et d'Orne d'Orange . j^^qJ^u^ ^^^^ pareillement conviez le prince d'Orange et le conte Ludovic de Nanzau son frère; mais ilz sentirent la fricassée de loing, et pour ce se retirarent en AUemaigne ; ce qui fascha fort au duc d'Albe, car il avoit faict dessaing (ce disoit-il), de pescar y tomar los salmones y decoar las sardinas y iruxicaSj « de pescher et prendre les grandz saumons, et laisser les petites truites et sardines », comme despuis il se vanta qu'il en avoit attrapé deux grandz ; mais les autres ne ' s'estoient voulu jetter dans les retz et filetz; ce qui fut cause que son festin fut imparfaict, pour les conviez faillis qu'il avoit dessaignez'.

Cependant le prince d'Orange ne chauma pas, et amassa une grosse armée en AUemaigne, et force François s'y jettarent aussi, jusques à mille ou douze cens chevaux, et force harquebuziers des contrées de France en là, qui n'avoient peu passer les rivières et

1 . Guillaume I de Nassau, dit le Taciturne, prince d'Orange, fils de Guillaume de Nassau, dit le Vieil, et de Julienne, fille d'Othon, comte de Stolberg, né en 1533, assassiné àDelft le i juillet 1 S84.

2. QuUl avoit dessaignez, c'est-à-dire qu'il avait eu le dessein de faire venir.

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