LE PIONCE D'ORANGE
qu'il n'avoit eu encores (ce qui fut un grand cas^ et que plusieurs observarent en luy), il dist au bourreau : « Hà 1 laisse • moy ; me veux-tu encor martiriser ? c Laisse-moy mourir ainsi. » Et ayant esté estranglé, il finist ainsi sa vie. Voylà de terribles tormens ! Ce gentil homme qui vist tout cela me l'a ainsi conté , et que telles nouvelles arrivarent à la court et à Paris : je m'en rapporte à la vérité.
Tant y a que, si le prince d'Orange avoit entrepris ce que dist ce Briet, c'estoit un grand cas (je m'en rapporte aussi de mesmes à la vérité) que nul homme de bon jugement croira, car ce prince avoit un' âme et un Dieu, et une générosité.
Il a laissé après lui une brave lignée % le prince d'Orange d'aujourd'hui, qui, après une longue prison,
1 . Gaillaume s'était marié quatre fois : 1^ à Anne d'Egmont, dont il eut : Philippe-Guillaume, prince d'Orange , qui resta dans la religion catholique et le parti espagnol , et mourut le 20 février 1618 sans postérité , et Marie, femme de Philippe, comte de Hoheâlohe; f^ à Anne, fille de Maurice, électeur de Saxe, dont il eut Maurice de Nassau , prince d'Orange après la mort de son frère (16i8), mort le 23 avril 1625, et Emilie, femme d'Emmanuel I*', roi de Portugal, morte à Genève en 1624; 3^ à Charlotte de Bourbon, fille de Louis, duc de Montpensier, qui fut d'abord abbesse de Jouarre, puis embrassa la réforme et mourut le 6 mai 1582. Il en eut six filles : Louise-Julienne de Nassau, femme de Frédéric III , comte palatin du Rhin , morte le 1 5 mars 1 644 ; Elisabeth, femme de Henri de la Tour, duc de Bouillon, morte le 2 septembre 1642 ; Catherine-Belgique, mariée à Philippe-Louis, comte de Hanau; Charlotte-Brabantine , femme de Claude de la Trémoille, duc de Thouars; Charlotfe-Flandrine , abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, morte le 10 avril 1640; Emilie, femme de Frédéric-Casimir, comte palatin du Rhin; 4** à Louise de Coligny, fille de l'amiral et veuve de Charles de Téligny. Il en eut Henri-Frédéric, prince d'Orange, et Renée, morte sans alliance.
fut livre ^ par son roy et remis en tous ses biens, dont il n'a esté ingrat, et Ta très bien servy, tenant son party et celuy de Tinfante. L'autre est ce brave conte Maurice, dont je parle ailleurs à part. Du troisiesme mariage, il n'a eu que des filles, comme mesdames la contesse Palatin, de Bouillon, de la Trimouille, .et madame la princesse d'Orange, et un' autre; toutes filles de madame de Zouare, qui quicta l'habit et espousa M. le prince. Du quatiiesme, est sorty M. Henry, conte de Nanzau, qui, pour son beau commancement de son jeune aage, monstre desjà bien qu'il ne dégénère rien de ses prédécesseurs, tant du costé du père que de la mère, Louyze de Colligny, très belle, sage et honneste dame, fille de ce grand* M. l'Admirai, et vefve de cet lionneste homme M. de Théligny, tué à la Sainct-fiarthélemy.
Le roy d'Espaigne gaigna beaucoup à la mort de ce grand prince d'Orange, comm' il a paru despuis ; car il a esté plus paisible seigneur de la Flandres que du* rant son vivant. Dont par là il' s'est monstre très grand et très habille capitaine : mesmes les Espaignolz le disoient bien, car il leur donnoit bien de l'affaire. 1^ conte Si le conte Ludovic son frère eust vescu plus qu'il ne fit, il le fust esté bien aussi ; car il se faisoit très ^vaillant, et se faisoit tous les jours un très habiF homme, comme j'ay dict. Le prince son frère* vint en
i . lÀvréy délivré, liheratus.