‹ Œuvre complètesChapitre 106 sur 267 · Le ins. 3262 a corrigé leur en nul · texte numérisé non relu

Le ins. 3262 a corrigé leur en nul

3. Le correcteur a changé cette phrase en celle-ci : « Dieu ne le

LE PRINCE D'ORANGE. i73

llz le prindrent donc, et le menarent à Delphe, où estant, il conffessa soudain qu'il avoit faict le coup, et que nul ne lui avoit faict faire ny poussé sinon son propre instint, et qu'il avoit recogneu le prince si meschant homme qu'il n'estoit pas digpe de vivre. « Et en cas qu'il ne soit vray (disoit-il), allez-vous en « en telz cabinetz, vous y trouverez, en telz et telz « endroictz, instructions amples, escrites tant de la a main du prince que de la mienne, comme il vouloit « faire mourir le roy et ruyner la France; de mesme a autant contre le roy d'Espaigne; autant contre la <K reyne d'Angleterre, qui luy avoit si bien assisté; « tout autant encor contre aucuns Flamandz de ses Cl plus grandz amis; autant encor contre l'AUemaigne. « Bref, dist-il, c'estoit le plus meschant homme qui « nasquit jamais, et pire encor que Néron, lequel a encor, soubz umbre de religion, eust voulu ruyner c tout la chrestienté : si bien, dist-il, qu'en ayant ce pitié, j'ay pensé faire un œuvre agréable à Dieu « de le tuer. » Notez la ruze et la meschancetté de cet homme d'aller invanter telles menteries : ainsi faict tout désespéré.

Tout cela conffessé, il fut condempné à la mort; et premièrement eut la gesne ordinaire et extraordinaire très cruelle, sans qu'il sonuast jamais mot, sinon percister tousjours en son dire. Puis, avant mourir, l'espace de dix-huict jours, il fut martyrisé très cruellement. Le premier, il fut mené en la place, où il

voulut ainsy. > (Ms. 3262, (^219 v<>.) ~ L'histoire de l'assassinat du prince et de Tarrestation du meurtrier est racontée d'une façon tout à fait différente par de Thou, liVre LXXIX.

trouva une chaudière pleine d'huylle toute bouillante, dans laquelle luy fut enfoncé le bras dont il avoit faict le coup. Le lendemain, le bras luy fut couppé, lequel estant tunibé à ses piedz, luy tout constamment le poussa du pied du haut en bas de l'eschaffaut. Le troisiesme jour, il fut tenaiUé par devant aux mammelles et devant du bras; le quatriesme, par le dernier* aux bras et aux fesseâ. Et ainsi consécutivement fut cet homme martirisé l'espace de dix-huict jours, et tousjours retourné en la prison, endurant tous ces martires très constamment. Le plus grand qu'il endura (après la mort), c'est qu'il fut attaché tout nud au mitan de la place, et tout à F entour de luy furent mises forces charrettées de charbon auquel on mit le fœu ; et estant en braize et flamme ardante, ce pauvre patient se rostit là un tout long temps; et alors il s'escria et perdit patience, et puis fut osté par amprez. Pour la fin, en dernier martire, il fut roué et maillotté% dont il ne mourut point, car on ne luy avoit donné que sur les bras et jambes pour le faire plus languir; et vesquît encor plus de six heures, demandant un peu d'eau pour boire, mais on ne luy en osa donner. Enfin, le lieutenant criminel fut ^ prié de le faire parachever et estrangler, afin que son âme ne se désesperast et ne se perdist. Le bourreau vint donc; et ainsi qu'il fut près de luy, il luy demanda comment il se portoit. 11 luy respondit : « Comme tu m'as laissé. » Mais ayant tiré la corde pour luy mettre au col, il se releva; et comm' ayant appréhention de la mort,

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