‹ Œuvre complètesChapitre 109 sur 267 · Près de ChÂlons-snr-Mame · texte numérisé non relu

Près de ChÂlons-snr-Mame

4. La paix 'ut signée à Longjumeau le 23 mars 1568; mais elle est quelquefois appelée /mi/jt de Chartres, parce qu'elle fut publiée SOU& les murs de cette ville assiégée alors par les huguenots.

JEHAN D'ARAMBERGUE. 181

aussi privément comme s'il eust esté de la court mesmes. Aussi Leurs Magestez et Altezze luy faisoient très bonne chaire ; et luy leur rendoit un très grand honneur et humilité autant que nos seigneurs de France. Il paressoit bien qu'il avoit esté très bien nourry, et ayoit bien retenu ce qu'il avoit veu en la court de l'empereur son maistre.

II devint fort amoureux de la beauté de madamoyselle de Chasteauneuf de Rieux ^, qui pour lors emportoit le los des plus belles; et pour ce il se mit à la servir, mais avec un tel respect et telle discrection, qu'il donnoit bien à cognoistre d'avoir servy en bon lieu et en celuy dont il a eu réputation; mesmes que je l'ouïs dire un jour à la reyne-mère « qu'il paresa soit bien (disoit^Ue) que ce seigneur n'avoit aymé « ny servy en bas et commun lieu. » Et d'autant que M. d'Estrozze et moy estions fort serviteurs espris de oeste belle damoyselle Chasteauneuf, il se mit à nous aymer d'advantage et nous accoster, si bien que quasi ordinairement il nous convioit d'aller manger avec luy et nous envoyoit chercher, luy estant tousjours (comme j'ay dict) servy de la cuysine du roy ; et la plus part de nos devis 'estoit sur nostre maistresse. Et d'autant, quand il estoit près d'elle dans la chambre de la reyne et que nous luy deflTerions comme il méritoit, il vouloit que nous fussions quasi tousjours ensemble à l'entretenir. Sesmotzn'estoient nullement communs ny pauvres, mais très rares et très riches.

A . Renée de Rieux, dite la belle Chdieauneuf^ fille d^honnear de CatheriDe de Médicis. Elle fut maltresse de Henri 111 et épousa Philippe Altofitî, baron de Castellane.

i82 GRAimS CAPITAIIŒS ESTRANGERS.

car il parloit fort bien et très bon François^ comme force autres langues. Bref, il estoit très vertueux et très parfaict.

Il avoit, avec sa grand'beauté, une defTectuosité en luy qu'on n'eust cognu, qu'estoit qu'il ne voyoit goutte d'un œil ; et cet œil estoit si beau et si pareil au bon, qu'on n'y eust rien recognu, et estoit aussi beau que l'autre. Il avoit esté ainsi offensé d'un coup. Pensez qu'il eut bien la curiosité de le faire guérir; et n'y espargna ny moyens ny invantions pour le faire bien penser, afin de ne se rendre difforme ny désagréable à la dame qu'il servoit pour lors; de laquelle je luy en jettois aucunçsfois quelques traictz et attaques en l'air et à la voilée, avec toute discrétion, ainsi que je le voyois quelquefois en ses bonnes. Il respondoit de mesmes avec toutes les louanges et vertuz de ceste dame, et non sans en monstrer encor une soiu*de passion et regretz couvertz.

Enfin, ce seigneur, estant mandé du duc d'Albe, délaissa nostre court et nostre France, non sans tristesse. Ce fut au mois d'apvriP, et alla mourir en Flandres à ceste deffaicte. Il laissa après luy une femme qui en fut très désoUée. C'estoit une très belle dame, sage et vertueuse, et estoit digne d'un tel mary. Nous la vismes en France quand ell' accompaigna nostre reyne EUisabet*, que l'impératrix luy avoit donnée pour sa principalle conduicte. Elle n'y demeura guières; car, amprès les nopces accomplies,

2. Élisabe^.h, fille de Maximilien II et de Marie d'Autriche, épousa Charies IX en 1 570. Brantôme lui a consacré une notice.

DOM SANCHE D'AVILLA. 183

elle s'en retourna. Il la faisoit très beau voir; et si ell' y eust demeuré d'adyantage, la court en fust estée embellie d'advantage.

Avec le duc d'Albe en ce voyage fut don Sancbo Dom sanche d'Avilla, lequel estoit castellan du cbasteau de Pavie A^"** • lors que le duc d'Albe le prit là; et en fit estoilner beaucoup, d'autant qu'on ne le tenoit pas pour si grand capitaine qu'il (ut après; et en faisoit grand cas, et quelques fois en prenoit advis. Il falloit qu'il eust quelque bon sens naturel, et valeur naturelle aussi, car de t'acquis ny de la pratique il en avoit peu, parce qu'il avoit faict plus d'estat* de garder son cbasteau et demeurer léans ordinairement comme une vraie morte-paye, que non d'aller aux champs busquer" advanture. Mais estant avec le duc d'Albe, il se façonna de telle façon par l'assidue continuation de la guerre qu'il exerça, qu'en peu de temps il se rendit un très bon capitaine. Et pour ce fut esleu gouverneur de la citadelle d'Anvers, la nompareille forteresse du monde, et le vray rempart de toute la Flandres pour le roy d'Espaigne. Aussi fut-elle mise entre très bonnes et seures mains et très fidelles, car il la garda très bien sans nul reproche; où il fut après assiégé par tous les Estatz, qui tout à coup s'estoient

1. Suiyant de Thou (liv. LXXV), il s*appelait d'Avila, du liea de sa naissance ; car il n'appartenait point à nne famille noble. Il avait été élevé dans la maison du due d'Albe qui le fit capitaine de ses gardes ; il ne lui survécut que peu de temps et mourut des suites d'un coup de pied de cheval. Le duc, comme nous Pavons dit ailleurs, mourut le 1 2 décembre 1 582.

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