‹ Œuvre complètesChapitre 111 sur 267 · Alost. Voyez Strada, liv. VIII · texte numérisé non relu

Alost. Voyez Strada, liv. VIII

DOM SANCHE D'AVILLA. 188

un rameau de chaisne qu'il pendit sur son morion et bourguignotte. Sans avoir donc peur de rien, marchent résoluzy sarrez, et vindrent droict à la citadelle, font entendre leur résolution à don Sanche et ses compaignons; entrent par la porte du secours, sont receuz, Dieu sçair comment bien, de don Sanche et de leurs compaignons; lesquelz amprez ft'estre bien embrassez et entre^saluez, ainsi qu'on les convioit de se raflraischir et faire la collation, que don Sanche avoit faict très bien accoustrer, firent responce qu'ilz avoient tous juré de ne manger et boire qu'ilz n'eussent veu l'ennemy, ne l'eussent combattu, et ne l'eussent jette de là où il estoit ; et pour ce, qu'ilz vouloient tenir leur serment; parquoy demandarent qu'on leur oumrist la porte et qu'on les laissast aller, et que don Sanche les menast au combat.

A telle si belle occasion et résolution don Sanche ne voulut faillir et temporiser, parquoy amprès avoir très bien ordonné de l'assaut, faict soudain ouvrir la porte de la citadelle ; et aussi tost ces braves et déterminez soldatz donnarent la teste baissée dans les retranchements , en criant : Santiago! Santiago ï Mes-panai Hespana^! et de prime abordade donnarent à celuy que tenoient quelques six cens François qui pour lors s'estoient mis avec les Estats, qui étoient tous vieux soldatz, qui, par plaisir et par courage, s'estoient desbandez des vieilles garnisons des frontières de Picardie et de Champagne.

Tout ainsi que les Espaignolz les assaillirent vaillamment, les François leur respondirent bravement;

i. Saint Jacques! Espagne!

car ilz alloient per à per; qui fut cause que les Espai gnolz s'escriarent : Esix>s son Francezes; dexamolos , que son diablos : i^amos a combatter los hombres. <v Ceux-cy sont François, laissons-les ; car ce sont diables, et allons combattre les hommes. » Et courans du long de la trenchée , vindrent où estoient les Flamans, Allemans et quelques Anglois, qu'ilz faussarent et emportarent fort aisément, de sorte : sauve qui peut, pour les Ëstats, et pour les Ëspagnolz : tue qui peut, et de suivre la victoire, tousjours crians : Santiago / Santia^ ! Hespana ! Hespaha ! Sierra ! sierra ! Carne ! carne ! A sangrel à sangre ! A fuego ! à fuego ! A saceo ! à sacco^ ! Et par ainsi, donnarent si bien la chasse à Tennemy, qu'il en demeura beaucoup de mortz sur la place. Le jeune conte d'Aiguemont * se sauva avec les François, qui se sauvarent et retirarent bravement. Je tiens ce conte tant d'aucuns soldatz françois qu*espagnolz que j'entretins quelque temps amprès ceste deffaicte, estans venuz à la court, à Bloys, aux premiers Estatz '.

Les victorieux, estans absolus maistres de la ville, commençarent à bien la piller et se faire tous riches ; car trois mill' hommes butinarent une ville qui estoit assez bastante pour saouller et ressasier une armée de cinquante mill' hommes. J'en ay parlé ailleurs*. Mais

i. Joignons-les! au carnage I à sang! à feu! à sac 1— Sur le mot eierra, voyez tome I, p. 269, note 1 .

2. Philippe, comte d'Egmont, fils de celui qui avait été décapité. Il fut pris à ce combat, fut relâché en 4577 et finit (4599) par abandonner le parti des États et se rallier à l'Espagne*

Page 1