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BARTHÉLÉMY D'ALVIANO. 199

les Vénitiens voulurent demander sauf-conduict à Marc-Ânthoine Coulomno, commandant en Bresse et Véronne, Théodore Trivulse *, très bon et brave capitaine, ne le voulut jamais permettre, disant qu'il n'estoit pas raison ny bienséant que celuy qui en sa vie n'a voit jamais eu peur de ses ennemis, qu'en sa mort il fist signe de les craindre '. Et ainsi fut porté seuremeut, ,et enterré à Yenize avec grande magnifficence en l'églize de Sainct-Estienne, où j'ay veu encor de mon temps jeune sa sépulture, la première fois que j'y fus,

Voylà la mort de ce grand capitaine, qui nous fit en sa vie et du bien et du mal, ores pour nous, ores contre, n'ayant pris la mort en guerre, qu'il avoittant recherchée, comme plusieurs grandz capitaines que j'ai nommé et nommeray en mon livre. Il faut louer le susdict Théodore Trivulse en sa résolution de n'avoir voulu demander le saufconduict. Il hazardoit bien pourtant ce pauvre corps ; s'il fust esté pris et enlevé de ses ennemis ', possible luy eussent-ilz faict pareil tour et pareilles funérailles que fit le pape Urbain ^ le-

1. Théodore Trivulce» maréchal de France, mort à Lyon en i53l . n était neveu de Jean-Jacques Trivulce, à qui Brantôme a consacré un article que l'on trouvera plus loin.

2. Brantôme a tiré ceci deGnichardin, liv. XIL — Cf. P.Jove, liv. XV.

3. Les quinze lignes qui suivent ont été biffées sur le ms 3262 par le correcteur, qui, après le mot ennemi^ a écrit : La pompe fonèbre faite à messire Bertrand....

4. Urbain YI. Plusieurs cardinaux ayant conspiré contre lui, il les fit arrêter et mettre plusieurs fols à la question. Un seul d*entre eux, l'Anglais Adam Eston, évèqtie de Londres, finit par recouvrer la liberté. Les autres, Jean, archevêque de

quel, ayant pris prisonniers sept cardinaux sismatiques^ et bandez contre luy, en fit jetter à Gênes quatre, un sac dans l'eau ; et les autres trois, convaincuz par justice devant le clergé et le peuple, les fît exécuter et defTaire avec une doloire, et puis seicher leurs corps dans un four, et les os les mettre et enserrer dans certaines quaisses faictes à propos, lesquelles il faisoit tousjours charger sur des muUetz quand il aUoit par pays, et marcher devant luy avec leurs chappeaux rouges par dessus lesdictes quaisses, pour advertissement, souvenance et terreur à tous ceux qui eussent voulu attenter sur sa personne et pontificat. Voyez THistoire de Naples*. Quel convoy et quelle pompe funèbre! Celle de messire Bertrand du Glesquin fut bien plus belle et plus honnorable, lequel estant mort

Gorfou, Louis Donato, Barthélémy de Cotharno^ Martin del Giadice, Gentil de Sangre, furent mis à mort à Gènes, en 1386.

i . Sismatique^ c'est le mot espagnol cismatico,

2. Cette Histoire de Naples que Brantôme a déjà dtée deux fois (tome I, p. 482 et 270), sans en désigner l'auteur et que le vague de ses indications ne m'avait pas encore permis de découvrir, est le Compendio delV istoria del regno di Napoli^ de Pandolfo di Pesaro. Elle parut en 1 539 et a été réimprimée plusieurs fois. Le passage auquel renvoie Brantôme s'y lit an livre Y ; le voici : c De' seUe cardinali i quali menava seco prigioni, cinque ne fece mettere in sacchi et buttarli in mare. Gli altri convinti giudicialmente in Genova, in presentia del clero et del popolo, li fece ammazare cou una accetta; poî fece seccare corpi in un fomo e servargli in certi valigioni, i quali posti sopra muli, quando cavalcava si faceva portare innanzi con li cappelli rôssi sopra i valigioni, per ammonitione, memoria et terrore di quelli che contra di lui volessero machinare alcuna cosa. » (Édition de Venise, 16i3, in-4'', part. I, p. 203.) Collenuccio a été traduit en français par D. Sauvage, i595, in-8, et c'est de cette tradnirtion, plutôt que du texte italien ^ que s'est servi Brantôme.

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devant le Cbasteau-RandonS et ceux de dedans s'estans renduz, fut ordonné et advisé par ceux de l'armée qui commandarent après luy qu'on porterait sur son tahu, où estoit le corps, les clefz, en signe d'obédience et humilité. Beau traict, certes! L'on est en diverses ojMnions où il mourut. Les uns, comme M. du Haillan, le tiennent en ce chasteau ' ; et moy j'ay veu en un vieux roman de sa vie, escrit en lettre gottique, que ce fut devant le chasteau de Bemardieres ou de Condac *, deux petischasteaux et bicoques en Périgord qui ne vallent pas le parler, qui sont près de moy, mesmes que les bonnes gens et bonnes femmes vieilles de là le disent encor. Je m'en raporte à ce qui en est ; c'est le moindre de mes soucys.

Telz convois et pompes funèbres, certes, contentent aucunes personnes, soit ou qu'elles se leur attribuent en leur vivant, ou tendant à la mort, ou que leurs parens et amis, les pensant plus honnorer, les font faire telles : bien contraires à ce grand Saladin, soldan de Babilonne, de Damas, et roy d'^Egypte, l'un des grandz capitaines à mon gré qui ayt esté en Orient, tant pour ses beaux faictz que pour ses gentiles façons belles honnestetez et courtoisies, si nous voulons croyre Bocace en un des contes qu'il faict de luy*, qui est

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