C£SAR BORGIA
sienne^ et ledict Consalvo Tayaot embrassé de bon cœur par un beau semblant, fut aussi tost en sortant de la chambre constitué et retenu prisonnier dans le chasteau; et envoya à l'heure mesmes en son logis oster et prendre le saufconduict qu'il luy a voit donné auparavant (il n'estoit point besoing de faire ceste cérimonie). Et pour excuse, ledict Consalvo dist que le roy Ferdinand son maistre luy avoit mandé et conimandé le retenir prisonnier, et que son commandement pouvoit plus que son sauf-conduict, parce que la seurté qui se bailloit de lauthorité du serviteur ne valloit rien si la voulonté du maistre ne la rattiffîoit. Mesmes luy reprocha que , ne se contentant de ses mescbancettez passées, il alloit allumer (selon les dessains qu'il avoit entendu de luy) un feu qui alloit embraser et ruyner toute l'Italie*. Quelle conscience dudict Consalvo, et sur quoy fondée ! Car, s'il eust peu usurper et surprendre pour luy et pour son maistre, il l'eust faict sans doubte ' ny aucun scrupuUe.
En ces saufz-conduitz plusieurs y doivent bien arregarder comment ilz les donnent et les reçoivent. J'en faictz un discours sur ce subject en celuy de M. de Nemours, Jacques de Savoyç'. Enfin il n'y a que de les avoir des roys, supérieurs et grandz souverains ; car ilz sont subjectz à révocquer ceux que leurs ser-
1. Toat ceci est tiré presque textuellement de Guichardin, liv. VI. — Cf. Collenuccio, liv. IX, p. 414.