‹ Œuvre complètesChapitre 143 sur 267 · Sixte-Quint · texte numérisé non relu

Sixte-Quint

no GRANDS CAPITAINES ESTRAN6ERS.

l'Italie qui fut jamais; duquel et de sa sœur^ ayant esté faict un pasquin, sur ce que ledict Pasquin, vestu d'une chemise fort salle, se plaigooit qu'elle n'estoit point blanche, et que sa lavandière l'avoit quicté pour se faire duchesse (il disoit cela parce que la sœur du pape n'avoit pas longtemps qu'on l'avoit yeue lavandière et laver le linge ; et le pape l'osta de ce mestier et la fit duchesse, comme de vray il avoit raison de Tanoblir), il fut si en coUère qu'il fit faire un baodon que quiconque scauroit rautheur de ce pasquin ou lauroit faict luy-mesmes, en luy révellant, qu'il luy donnoit la vie sauve et dix mille escus. L'auteur fust si impudent et si cupide du lucre, que luy-mesme se vint accuser à Sa Saincteté, et luy dire franchement qu'il l'avoit faict, et demander son sallaire promis par le bandon. Le pape, l'aregardant, luy dist: a C'est raison. V Ce que je t'ay promis je le tiendray ; et pour mA vie (c je ne voudrois te faucer la foy. Parquoy je te donne « la vie ; et viste, qu'on luy domie les dix mill' escus : c( mais aussi ce que je ne t'ay promis je le tiendray, <c qu'est qu'on luy couppe le poing et la main qui a si « mal escript, afin qu'il te ressouvienne de n'escrire «c jamai» plus paroUes si scandalleuses et touchans de u si près, p Force grandz personnages n'eussent pas si effrontément, en un tel faict si scandalleux et injurieux, gardé leur parolfe. Et pour ce, faut louer ce grand pape, monstrant en cela qu'il importe beaucoup souvant à garder et rompre sa foy, et qu'il y va de la conscience, de la grand'conséquance et de l'honneur d'aller à l'encontre, ainsi que j'en faictz un discours

i. Camille Perettî.

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ailleurs assez beau, et remply de beaux et bons exemples de nos temps^

Le seigneur Jeban-Jacques Trivulse* fut un grand Le seigneiir capitaine italien, toutes-fois très bon François, et qui ^®^**** fit de très .grandes monstres d'armes pour le service xrWulse\ de la France , pourtant mal recogneu du roy François premier, qui, ayant conceu quelque léger soubçon contre luy, par la suscitation de M. de Lautreq, qui

i. Voyez tome I, p. ii8 et suivantes.

2. Jean-Jacqaes Trivnlçe, marquis de Vigleyano, maréchal de France, né à Milan vers i 447, mort, non à Chartres, comme Brantôme et d'antres l'ont écrit, mais à Châtres (Arpajon), le 5 décembre 1548.

3. Dans le ms. 6694, la vie de Trivulce vient après celle de Louis XII et est rédigée ainsi : « Pour venir maintenant aux bons cappitaynes qu'a heu ce grand roy à son service, il eust Jehan Jacques Trivulse qu'il ayma fort, et eust cest honneur d'estre son compère et tenir madame Renée de France, la seconde fille, despnis duchesse de Ferrare,sur les fonds, qui fut ung honneur dheu à un plus grand qu'à luy. Il le servist fort bien en la conqueste et conservation de son duché de Milan. Aussi le roy son maistre se fia tant à luy , en sa valleur et preudhdmmie qu'il luy en donna le gouvernement absolu, chose fort peu usitée de commettre l'administration d'une conqueste à ung qui est de la patrie mesmes; et quand on le remonstra au roy, il fit responce qu'il se seatoit bien asseuré de sa fidellité et qu'il ne luy feroit faux bon, et quand il le feroit, il se tenoit assez puissant et courageux pour le reconquérir sur Iny et sur le duc de Milan et leur rompre la teste à tous deux, aînsin qu'il le monstra encor au duc de Milan, mais non au sieur Jehan Jacques, car il ne varia jamais sinon quelque temps apprez on peu envers le roy François, qui ne fut pas contant de luy. En homme remuant qu'il estoit, aussi bien en son aage sec comme ▼erd, il alla faire quelque confédération et fraternité aveq' les cantons des Suisses, jusques à s'en fayre bourgeois, ce que le roy trouva fort mauvais, et luy en fist ung estrange visage ; dont il en nioorut de despit à Chartres, et dit-on de luy que lorsqu'il voulant mourir... » (Ms. 6694, (^ 128.)

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luy porta de Tenvie, le deffavorisa fort de ses bonnes grâces ; de telle façon que ledict roy estant un jour à Chartres^, et par un matin tournant de la messe, s'estant faict porter ledict Jehan- Jacques dans une chaire (estant fort boiteux, goûteux et attainct de quatrevingtz ans, et fort casse des grandes courvées de guerre qu'il avoit faict et souffert en sa vie), ainsi que le roy vint à passer sans faire semblant de Tavoir veu, ledict Jehan-Jacques s'escriant, luy dist : a Sire, ah ! Sire, au moins un mot d'audiance I » Le roy, tournant la teste de l'autre costë, ne le voulut ouyr. Dont ce bon homme conceut un si grand despit, que de là il s'alla jetter dans le lict et n'en releva jamais jusques à ce qu'il fut mort. Et comme durant sa malladie on en dist la cause au roy, touche en sa consciance, l'envoya visiter ; mais pour toute responce il dist : <c Hélas 1 il (c n'est plus temps : son desdain qu'il m'a usé* et mon a despit ont desjà faict leur opération en moy ; je suis « mort. » Le roy puis après en fut fort marry, et s'excusa fort de ne l'avoir bien recogneu en ses services notables qu'il avoit faict , aux roys Charles VHP, Louis XIP et à luy mesme.

M. de Lautreq fust cause de sa deffaveur, comme j'ay dicty par le moyen de madame de Chasteau- Briand ', sa sœur, que le roy aymoit. Aussi, quelque temps après. Dieu permit qu'il eust sa venue* après qu'il eut perdu Testât de Milan. Et tout ainsi que le

i • Voyez la note 2 de la page précédente.

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