‹ Œuvre complètesChapitre 144 sur 267 · Sa penue, son tour · texte numérisé non relu

Sa penue, son tour

JEHAN-JACQUES TRIVTJLSE. 223

roy ne fist cas dudict Jehan-Jacques, et le desdaigna tant de ne vouI<Mr parler à luy, demesmes le roy en usa envers M. de Lautreq; à qui voulant faire ses excuses de sa perte de Milan, ne le voulut voir ny ouyr que par seconde personne (dict-on) pour le commancement, et après tellement quellement il parla à luy.

Ainsi ces deux personnes furent traictées de mesme façon, selon la voulonté de Dieu; mais à Tun le despit luy transperça le cœur, et mourut ; et l'autre traisna quelque temps après, non sans en porter longuement le desdain et le despit sur Tâme ; car oes deux subjectz sont deux maux certes incurables à un homme généreux.

Ce brave donc capitaine, le seigneur Jacques, mourut ainsi. Et dict-on de luy que lors qu'il voulut mourir, il avoit ouy dire à quelques philosophes que les diables hayssoient fort les espées et en avoient grand frayeur, et s'enfuyoient quand ilz les voyoient blanches en Tair et flamboyer. Tel fut l'avis de la Sibille quand elle mena iflneas aux enfers, et qu'elle le vist à l'entrée de la porte avoir peur de messieurs les diables : « Non, non, dist-elle, n'aye point de peur; tire seulement ton espée : Vaginaqueeripeferrum. * » Aussi ledict seigneur Jehan-Jacques, fondé sur telle opinion, lors qu'il voulut mourir, il se (ist mettre son espée sur le lict toute nue près de luy , et tant qu'il peut il la tint en lieu de croix comme les autres ; et de vray , Tespée portoit la croix sur elle et luy servoit d'autant; et aussi que, cependant qu'elle renvoyeroit les diables, luy voyant ainsi en la main, eussent peur et ne s'ap-

Page 1