‹ Œuvre complètesChapitre 168 sur 267 · Philippe Stronzi · texte numérisé non relu

Philippe Stronzi

père, avoir pitié de iuy et luy faire pardonner, affm qu'il peust parachever le reste de ses vieux jours en paix et repos. Mais il ne la fit pas guière longue après, car il y mourut.

C'est assez parlé de luy, encor trop, ce diront aucuns qui pourront me blasmer que j'estois bien à loysir quand j'escrivois cecy ; mais ilz seront bien plus à loysir de le lire pour me reprendre. Tant y a que ce que j'en ay faict, c'est autant pour me donner plaisir et contentement.

Retournons ast' heure à M. le marescbal d'Estrozze et à ses valleurs qu'il a bien faict parestre en ses jeunes guerres et dernières pour le service de nos roys, ausquelles il a esté heureux et malheureux aussi, mais pourtant plus malheureux qu'autrement. Aussi la fortune et la vertu ne s'assemblent guières souvant ensemble, despuis ces braves Romains de jadis, qui en firent et achevarent rassemblement. Pourtant, si la fortune luy a esté contraire à la guerre, ce n'a esté jamais à faute de courage; car il a bien autant battu qu'il a esté battu.

11 servit bien le roy François en Italie, tantost avec bonne, tantost avec malle fortune. Et d'autant qu'aucuns magiciens tiennent que le changement de lieu change la fortune, il quicta l'Italie et s'en vint en France trouver le roy au camp de MaroUes *, avec la plus belle compagnie qui fut jamais veue, de deux cens harquebuziers à cheval les mieux montez, les

i . MaroUes (Nord) à une lieue de Landrecy. BrantAme Teat sans aucun doute parler du camp qu'y dressa François I*' en 4543 lorsqu'il alla secourir Landrecy, assiégé par Charles-Quint.

LE MARESGHAL D'ESTROZZE. 269

mieux dorez et les mieux en poinct qu'on eust sçeu voir; car il n'y en avoit nul qui n'eust deux bons chevaux, qu'on nommoit alors cavallins, qui sont de légère taille, le morion doré, les manches de maille (qu'on portoit fort de ce temps là) la pluspart toutes dorées, ou bien la moytié, les harquebuz et fournimens de mesmes. Lesquelz alloient souvant avec les chevaux légers et courreurs, si qu'ilz faisoient rage. Quelquefois s'aidoient de la picque, de la bourguignotte et corcellet doré , quand il est oit besoing ; et, qui plus est, c'estoient tous vieux capitaines et soldatz tant bien aguerrys soubz lesbandières et ordonnances de ce grand capitaine Jannin de Médicis, qui avoient quasi tous estez à luy ; si que, quand il falloit mettre pied à terre et combattre, n'avoient grand besoing de commandement pour les ordonner en battaille ; car d'eux-mesmes se rengeoient si bien, pour estre si bien aguerrys, qu'on n'y trouvoit rien à dire, tant bien sçavoient-ilz prendre leur place.

De ce non]d)re estoient ces braves gens, San Petro G)rso*, Joande Thurin, le capitaine Moret, callabrois, le seiior Petro Paulo Tousin, le capitaine Bernardo, le capitaine Miquel da Condio, le capitaine Mazin, le capitaine Jacques, ferrarois, et tant d'autres gens de bien et d'honneur qui se sont si bien faictz cognoistre en nos guerres passées.

Le roy François, quand il vist ceste belle trouppe, la loua fort, et en fit grand cas à madame la Dauphine',

I • Oa Sampietro, auquel Brantôme a consacré une notice.

2. Catherine de Médicis. La mère du maréchal Strozzî, Clarice, était soeur de Laurent II de Médicis , et lui-même avait épousé Madeleine de Médicis.

270 GRANDS CAPItAÏEWlS feST&ANÔfeRS,

qui e^toit cousine dudict sietir Eâtro2ze^ qu'elle aymoit, et s'en cuyda perdre de joie pour voirabisl Mît cousm parestre et faire un si beau service au roy, et le tout à ses propres despans. Car, comme j'ay ouy dire audict capitaine Miquel da Candio, qui estoit un sien vieux serviteur, ceste compagnie luy cousta plus de cinquante milKescus; car il avoit de fort grands moyens, et en avoit beaucoup sauvé à Venise , où il se tint quelque temps et y eust son fils M* d'Estrozze. Si* bien que quand le roy François reffusa le combat à feu mon oncle ", contre Jamac, le trouvant inégal à mon oncle pour la vaillance , le tout à la suscitation de madame d'Estampes % de laquelle la sœur^ avoit espousé Jamac, M. d'Ëstrozze conseilla mondict oncle de faire un coup de sa main et de tuer Jamac tn omni modo^ et puis vuider la France jusques à ce que le roy s'en fust appaisé, ou qu'il fust mort, estant fort sur Taage et cassé, et qu'il se retirast à Venise, là où il luy présentoit tous ses moyens qu'il avoit là en banque, pour en disposer à son bon plaisir, jusques à cent miir escus qu'il pouvoit les y prendre. C'est une offre, cela, d'amy ; mais la chose alla autrement, conmie j'ay dict ailleurs.

Hélas ! ce brave seigneur a bien brouillé et despendu

1 . Ce qui suit jusqu'à la fin de Talinéa est bifie sur le nis* 3â62.

â. François de la Châtaigneraie. Son combat avec Gui de Chabot, sieur de Jarnac, fut autorise par Henri II et eut lieu le iO juillet i547, La Châtaigneraie y périt. Brantôme en a parié longuement dans son Discours sur les duels,

3. Anne de Pisseleu de Heilly, duchesse d'Étampes, maîtresse de François P', qui la maria â Jean de Bretagne. £ll£ tnoQrot vers 1576.

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