c Non, Monsieur; mais je suis son courrier de pied
me monstrant ce chasteau fort eslevé, il me disi : « Bien que ce chasteau n'aye pas la marque comme ces a beaux chasteaux de France, toutesfois les braves a hommes et capitaines qui sont sortis de là marquent « plus par leurs beaux faictz et valeurs que tous les « plus beaux marbres et belles pierres que Ton y eust « sceu mettre. » Il m'en conta prou. Et en fus quicte en luy donnant un escu d'or qu'il me demanda fort privément, pour l'amour de la patrie. Pour fin, ce grand nom et race de ToUède a esté si bien illustrée par les hauts faictz qu'ont mené ceux qui en sont sortis, qu'à jamais il en sera mémoire.
Ce dom Pedro laissa après luy dom Gfurzie de Toledo, grand homme certes, dont j'en parle ailleurs en son lieu*. Il laissa aussi trois belles et très honnestes dames de filles " : l'une, donne Léonor de Tolledo, très habile femme et pleine de bonnes vertuz. Il se list et se dist' f{ue ce grand Cosme, voulant prétendre d'espouser madame Marguerite*, vefve d'Alexandre
i . Voyez plus loin, p. 44.
2. Il en laissa quatre : Éléonore , mariée à Cosme, morte en 1562 ; Anne, mariée d'abord à Alvarès de Mendoza, seigneur délia Bella, puis à Loup de Moscoso-Osorio, comte d'Altamira ; Jeanne, mariée à Ferdinand Ximenès de Urrea ; et enfin Isabelle, mariée à Jean-Baptiste Spinelli, duc de Gastrovillari.
3. Brantôme a tiré cela de P. Jove dontil a dénaturé la pensée. Ainsi, suivant l'bistorien italien, ce fut l'empereur qui empêcha le inaris^de Victoria ef de Gôme « pour ce qu'il ne prévoyoit point estre bien son profit que la puissance romaine se meslast avec les ncbesses de la seigneurie d^ Toscane en une alliance de paix et de guer/c. » (Voyez livre XXXVIII, traduction, p. 416). C'est, on le voit, le contraire de ce que dit Brantôme.
4. Marguerite, fille naturelle de Charles-Quint, épousa en secondes noces Octave Famèse, duc de Parme.
de Médicis, la demanda à l'empereur, qui la luy reffusa pour gratiffîer le pape Paulo III et la donner à son petit- fîlz Octavio; puis il demanda audict pape sa petite arrière fille, la segnora Victoria*, qui la luy reflTusa, disant que les aflaires de Rome et de Toscane ne se pourroient jamais bien accorder. Enfin, par une brave et gentille ruse florentine, il pria ledict empereur de luy donner une femme de sa main pour avoir lignée ; lequel luy donna fort libérallement, et comme luy scachant bon gré de ceste belle requeste, ceste honneste dame, donne Eléonore de ToUedo, sortie d'une des grandes maisons d'Espaigne, et bien à luy convenante pour ses vertuz et mérites.
L'autre fille,' je ne sçay où elle fut maryée ; mais Marie de Tolledo fut la princesse de Sâleme* tant renommée par sa beauté que, qui eust esté à Naples, en ayant veu toutes les belles singularitez qui sont là, et n'eust veu la dicte princesse, il n'avoit rien veu, disoit-on pour lors; de sorte que c'estoit un beau couble d'elle et de sonmary, lequel j'ay veu très Beau prince. Et falloit bien dire qu'il eust eu du mescon- ' tentement et mauvais traictement, fust de son beaupère ou de l'empereur, qui le poussarent et despitarent à lai^er ceste belle femme, pour se bannyr d'elle
i . Victoire Farnèse, petite-fille de Paul III par son père Pierre- Louis Famèse, premier duc de Panne, épousa en 1 547 Gui UbaUlo de la Rovère, duc d*Urbin.
2. Brantôme commet ici une double erreur. D^abord don Pedr» de Tolède n'eut point de fille s^appe^gnt Marie (son fils, donOarcie de Tolède, en laissa une 4^ ce nom qui épousa Pierre de Mé* dicis) ; puis la princesse de Saleme n*apparrenait pas à la maison de Tolède, comme nous Favons dit plus haut, p. 20, note 1 .
et du beau séjour de sa patrie. Hz en firent l'un et l'autre de très grandz deuilx de leurs séparations, sans pourtant se pouvoir jamais rejoindre. Le prince fit une chanson de complaincte qui commencoit r
Ohi me ! qu io no pensava di partime '.
Laquelle j'ay veu chanter long temps en Italie et en France; et un' autre en espagnol qui disoit :
Ya passe el tempo qu*ero eDamorado; Ya passo mi gloria ; ya passe mi ventura ; Ya liegade Thera de mi sepultura'.
En toutes ces chansons douloureuses, il faisoit bien paroistre ses mescontentements, tristesses et repentances d'avoir laisse^ si belle femme, de laquelle ne devoit jamais se séparer, puisque le proverbe ancien dist : plus retient c. . que corde : et aussi d'avoir quicté ses biens et terres pour venir pauvre en France, n'ayant pas de quoy à se faire enterrer. Sa seconde femme, qu'il espousa en Avignon pour son plaisir (qu'on appelloit la belle Philopine), fallut qu'elle mandiast a la courte lors estant à Paris et en la chambre de la reyne, comme je vis, pour son enterrement ; et un chascun y contribuoit. M. Maisonfleur', gallant' gentilhomme et très parfaict, en faisoit la queste, car
I • Malhevr à mdi, qi^ ne pensois pgs à partir !
2# ^éjà a passé le temps où fétois amoureux; déjà a passé ipa gloire'; déjà a passé mon bonheur; déjà est arrivée fheare de nm sépnitare*
^ Je ne sais s'il était de la ftmille de eet Heroet de )a MaisoB«« ûenty évéqoe de Digne , mort en 1 MS , qoi a laissl quelques poésies. En tont eau, il était poëte ail^sî, cQpfime le dit Brantôme dana la yie de Marie Stuart.
il estoit huguenot et elle aussi *, et pour charité de frère à sœur. On fit aussi rafler' yn poignard qui estoit au pauvre trespassé, fort riche et décoré de force pierreries et belles turquoises, qui valoient plus de cinq cens escus, et ne fut raflé que pour cent. Grande pitié certes, et bel exemple pour ceux qui se bannissent et se perdent ainsi mal à propos !
Et certes cedict prince avoit tout plein de belles vertuz et valeurs. Il se comporta bravement à la battaille de CerizoUes, car le marquis del Gouast l'ayant placé en sa place de battaille avec sa trouppe de huict cens chevaux qu'il avoit amenez de Naples, et commandé qu'il ne bougëast de là sans son exprez commandement qu'il luy diroit ou manderoit de marcher et d'attaquer, mais ledict marquis s'estant oublié de luy mander, ou qu'il fust transporté en son esprit de son mal qu'il voyoit, ou que de bonne heure il partist, laissa son homme là, qui pourtant ne bougea, et fit toujours alte et bonne contenance jusqu'à ce qu'il vist le désordre et quasy l'achèvement de la battaille, et se retira sain et en bon ordre. Dieu mercy qu'il ne fut attaqué, comme dict le discours de la battaille •.
C'est une belle question que j'ay veu débattre, sçavoir si l'on ne doit point partir ny s'esbranler sans congé, bien qu'on en voye le besoing? Les uns tieiment le pro^ les autres le contra. Un uepveu de
*" 1 . Le prince de Salerne , réfiigîé en France , s'était fait protestant.
* 2. Etleyer , escroquer. Voyez le Dictionnaire comique de Leroux. «
3. Voyez les Mémdres de Martin du Bellay, p. 533-335; et P. Jove, livre XLIV.
Charles de L'Aunoy en fit de mesme à la battaille de Pavie \ dont d'aucuns fut loué, d autres mesprisé; car c'est comm' un secours de réserve. J'en parle ailleurs, s'il me semble. Geste fermette et halte servit bien après audict marquis, car bientost après ceste troupe luy ayda, avec d'autre cavallerie ramassée, à faire un gros qui servit fort à rompre et deffaire les forces du sieur d'Estrozze et du duc de Somme * et les erapescher par deux fois dé se joindre avec celles de M. d'Ânguien, où ledict prince ' fit un acte fort généreux; car ledict duc de Somme y ayant esté pris prisonnier, le fit aussi tost esvader soubz main, se doubtant bien que l'empereur luy eust faict mauvais party, et aussi qu'il estoit son parent.
De ce duc de Somme j'en parle ailleurs *, pour avoir esté un brave et vaillant capitaine, et très loyal François; car, pour avoir esté tel, il vesquit et mourut pauvre en France, comme les autres.
Il n'y eut que le seigneur Jules Brancasso*, qui s'advisa de bonne heure. Après avoir traisné l'aiguil-
i . Brantôme a emprunté le fait à Vallès : « Avia mandado don Carlos Lanoy al Vererio, que era Flamenco, mancebo paiiente sayOy y capitan de aquella vanda, que se quedasse fuera de! muro del Parce , y que en ninguna manera se moviesse de alH , hasta que por dertos mensageros recibiesse del senal de «Içarse y pelear. (Vallès, fM 67, r«.)
j. Jean-Bernard de San-Sevenno, duc de Somma, mort à Langeais-sur-Loire, le 25 mai 1570. Voyez de Thou, liv. XLVn.