‹ Œuvre complètesChapitre 204 sur 267 · Ici recommence le texte du manuscrit Dupuy · texte numérisé non relu

Ici recommence le texte du manuscrit Dupuy

5. Si Brantômç, comme cela est probable, veut parler du Journaly connu à tort sous le titre de Chronique scandaleuse^ il était mal informé ; car ^^ document avait été imprimé six fois, de la (in du quinzième siècle à 1558.

sent pris exemple^ ainsy que je tiens d'un grand personnage d'Estat; car il n'y a rien qui pousse la personne tant à la vertu que l'honneur et l'abhorrement du vice, ny qui le mène aussi tani à la vertu que l'émulation de la mesme vertu.

Pour ce coup, je me suis advisé de mettre icy quelque double des lettres qu'il escrivoit à M. de Bressuire * , que j'ay trouvé dans le trésor de nostre maison, lequel il fit grand de son temps par belles charges; car il estoit conseiller et son chambellan , son lieutenantgénéral en Poictou, Xaintonge, A^unix, et autres lieux qu'il luy pleut, son seneschal de Poictou, et, qui plus est, son second Tristan Hermite; car il estoit faict à S£i main pour cela. Et d'autant que messire André de Vivonne ', mon grand-père, et seneschal de Poictou après luy, espousa en premières nopces sa fille, belle, honneste et riche damoiselle héritière, il luy tumba dans ses cofires force lettres que ledict roy Louys XP lui escrivoit. Je suis esté curieux d'en recouvrer quelqu' imes et en mettre le double icy, non pas de toutes, car j'en ay veu une centaine qui lèvent la paille, et subellines, que j'eusse icy toutes mises; mais l'on m'eust tenu pour un copiste ; et aussi qu'il y en a aucunes fort scandaleuses, et pour le roy, et pour force honnestes gentilshommes d'aujourd'huy, dont leurs prédécesseurs y sont compris.

Une chose que j'ay notté en ses lettres, c'est qu'en iHie centaine que j'en ay veu, au diable le seing

1. Jacques de Beauniont, seigneur de Bressuire, sénéchal de Poitou.

2. André de Vivonne, baron de la Ghastaigneraie , mari de Louise de Beauniont de Bressuire.

d'un seul signet % ny le sien particulier, que j'y aie veu ; mais ce sont tous divers secrétaires qui ont signé ; qui me faict croire qu'il n'avoit point guières de secrétaires, comm' ont eu despuis et aujourd'huy nozroys, ou qu'il ne se fioit guières en eux, ou qu'il se servoitdes premiers clercs, (qu'on nommoit tels pour secrétaires) qu'il trouvoit, ouseservoit des premiers notaires qu'il rencontroit aux lieux et villages d'où il escrivoit, ou bien de quelques autres petits secrétaires de princes et autres gentilshommes de sa court premier rencontrez, ainsy qu'il fit un jour d'un petit scribe, fin, finet et bon compaignon, qui, se présentantà luv lorsqu'il voulut faire escrire à la haste, estant à l'assemblée, lui voiant son escritoire pendu à sa ceinture, et lui commanda aussitost de luy escrire soubs luy ; et ainsy qu'il eut ouvert son gallemard *, que l'on appeloit ainsi jadis, et encor aujourd'huy aucuns l'appellent tel à la vieille françoïse, et voulant faire tumber sa plume, avec' elle tumbèrent deux dez; auquel le roy demanda tout aussitost à quoy servoît ceste dragée. L'autre, sans s'estonner, luy respondit : « Sire, ce c'est un remedium contra pestent, — Va, dict le roy « tu es un gentil paillard (il usoit souvent de ce mot), c tu es à moy; » et le prit à son service; car le bon prince aimoit fort les bons mots et les esprits subtils'.

\ . C'est-à-dire le sceau qui devait accompagner la signature ou signet,

2. Ou calemart^ du latin caîamarium^ étui qui contenait ce qu'il fallait pour écrire.

3. Brantôme a tiré presque textuellement cette anecdote de la LI* nouvelle des Nouvelles Récréations et Joyeux Devis de Bonaventure des Périers. Voyez édition Lacour,, tome II, p. 196.

Voicy donc le double de la première lettre de celles que je veux, escrire icy,

I. Monsieur de Bressuire, j'ay reçeu vos lettres et Içs deux mille francs que m'avez envoyé par le porteur ; dont je vous remercie. Des noavelles de par deçà, nous avons pris Hesdin, Bouloigne, Fiennes et le chasteau à la Montoire* que le roy d'Angleterre, qui fut plus de six sepmaines devant, ne peut prendre; et fut pris de bel assaut. Et tous ceux qui estoient dedans, qui estoient bien trois cens, tous tuez.

La garnison de Tlsle, de Douay, d'Auchis ^ et de Valenciennes s'estans assemblées pour eux venir mettre dedans Arras, et estant bien' cinq cens hommes à cheval et mil hommes à pied, le gouverneur de Dauphiné *, qui estoit en la cité, en fut adverty et alla au devant, et n'estoient point de nos gens plus haut de six vingts lances, qui donnèrent dedans : en effect, ilz les vous festièrent si bien, qu'il en demeura plus de six cens sur le champ, et de prisonniers ilz en amenèrent bien six cens à la cité ; ont esté tous les uns pendus et les testes coupées ; et le demeurant le gagnèrent à fuir.

Ceux dudict Arras s'estoient assemblez bien vingt deux ou vingt trois, pour aller en ambassade devers madamoiselle de Bourgoigne; ils ont esté pris, et les instructions qu'ils portoient, et ont eu les testes trenchées, car ilz m'avoient faict une fois le serment. Il y eu avoit un entre les autres, maistre Oudart de Bussy, à qui j'avois donné une seigneurie en parlement *. Et afin qu'on cogneust bien sa teste, je Fay

1. La Monloire, dans le Pas-de-Calais, commone de Zutkerqae, près d'Ardres.

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