‹ Œuvre complètesChapitre 203 sur 267 · En 1581. Voyez tome I, p. 44, note · texte numérisé non relu

En 1581. Voyez tome I, p. 44, note

« je ne vous avois jamais cogneu qu'à st' heure, dont « j*en suis bien aise, car j'ay fort ouy parler de vous, cr et comme vous faictes rire le peuple en vos serc< mons. » Il lui respondit froidement, comme l'autre luy avoit parlé de coUère : a Monsieur, c'est raison « que le face rire, puisque le faictes tant plorer pour « les subcides et despences grandes de vos belles nop- « ces que le peuple soufTre pour vous. » Ce fut à M. de Joyeuse se retirer, bien qu'il eust eu grand' envie de le frapper ; mais s'il l'eust touché le moins du monde, le peuple (qui est un mutin pour tels subjectz de leurs prescheurs libres, car ils les ayment naturellement tels) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scaudale sur lui et sa suitte ; car il estoit fort aimé dans Paris*.

Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louis XP, son père, et par luy mesmes tant bien observée curieusement, il faut un peu parler de luy, non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippes de Commines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus briefs que je pourray, de ses dictes dissimulations, fainctes, finesses et galanteries.

Le roy Entre plusieurs bons tours des dissimulations,

Loays XI*

i . L'Estoile à la date du 2 mars 1583 raconte une histoire ana* logue de Poncet et de d'Épernon.

2. Louis XI, fils de Charles VU et de Marie d'Anjou, né à Bourges en i 423, succéda à son père le 22 juillet 1461 , et mourut Hu château de Plessis-lès-Tours le 30 août 1483.

Louis XI n'a pas de notice particulière dans la première rédac^

LE ROY LOinrS XI. 329

faintes, finesses et galanteries que fit ce bon roy en son temps, ce fut celuy, lorsque par gentille industrie* il fit mourir son frère le duc de 6uyenne% quand il y pensoit le moins ', et luy faisoit le plus beau sem-

tion, et le peu qui y est dit de lui est joint â la vie de Charles VIII. Nous avons dit pins haut (p. 283, note i) qu'il n'existe plus, k notre connaissance du moins, que des copies de la dernière révision de la première partie des Grands capitaines français ; mais ces copies ne contiennent pas les expressions, les phrases, les passages que le réviseur a modifiés ou supprimés sur le manuscrit original. Heureusement que parfois le texte primitif se retrouve dans plusieurs des anciennes éditions. Ainsi c'est de l'édition publiée à la Haye en i7(iO (15 vol. in-18), que nous tirons T anecdote du fou, abrégée dans le ms. 6694.

i . La dernière rédaction supprime ici cinquante lignes, comme nous l'avons dit dans la note précédente, et porte : « Lorsque par gentille industrie, il fit venir par devers eux le connétable Saint- Paul luy aiant mandé qu'il avoit grand besoing de sa teste.... » Voyez la suite, p. 332, ligne 8.

2. Charles de France, duc de Berry, puis (1469) de Guyenne, né en 1446, mort à Bordeaux le 24 mai 1 472. Sa mort arrivait si 4 propos pour Louis XI que ses contemporains crurent qu*il avait été empoisonné et par lui.

3. f^ar. (Voyez le commencement plus haut, p. 326, note 1.) Tesmoing son frère le duc de Guienne qu'il fist mourir en luy faisant toutes les bonnes chères du monde, et amprès sa mort en faisoit des regretz qu'on eust dict qu'il ne l'eust jamais faict fayre. Sinon qu'une fois, estant en dévotion à Nostre Dame, sa patronne, de Cléry, devant le grand autel, et n'aiant auprez de luy sinon son fol qui le descouvrist en luy oiant dire plusieurs fois : « Ah 1 ma bonne dame, ma petite maistresse, ma prude amie, je te prie prier Dieu pour moy et estre mon intercesseresse qu'il me pardonne de la mort de mon frère. Je m'en confesse à toy, comme à ma bonne patronne. Mais aussi qu'eussé-je sceu moings fayre ? il ne me faisoit que brouiller mon royaume. Fais-moy donq pardonner, ma bonne dame. » Ainsiu prioit ce bon roy aveq force autres petis propos pareilz, si bien que le fol les entendist et retint

« je ne vous avois jamais cogneu qu a st' heure, dont « j en suis bien aise, car j'ay fort ouy parler de vous, (( et comme vous faictes rire le peuple en vos sera mons. » Il lui respondit froidement, comme lautre luy avoit parle de coUère : « Monsieur, c'est raison (c que le face rire, puisque le faictes tant plorer pour c< les subcides et despeoces grandes de vos belles nopa ces que le peuple souffre pour vous. » Ce fut à M. de Joyeuse se retirer, bien qu'il eust eu grand' envie de le frapper ; mais s'il l'eust touché le moins du monde, le peuple (qui est un mutin pour tels subjectz de leurs prescheurs libres, car ils les ayment naturellement tels) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scandale sur lui et sa suitte ; car il estoit fort aimé dans Paris*.

Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louis XP, son père, et par luy mesmes tant bien observée curieusement, il faut un peu parler de luy, non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippes de Commines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus briefs que je pourray, de ses dictes dissimulations, fainctes, finesses et galanteries.

Le rov Entre plusieurs bons tours des dissimulations,

Louys Xr

i . L'Estoile à la date du 2 mars 1583 raconte une histoire analogue de Poncet et de d'Épernon.

2. Louis XL fils de Charles VU et de Marie d'Anjou, né à Bourges en 1423, succéda à son père le 22 juillet 1461, et mourat Huch&teau de Plessis-lès-Tours le 30 août 1483.

Louis XI n'a pas de notice particulière dans la première rédac-

LE ROY LOinrS XI. 329

faintes, finesses et galanteries que fit ce bon roy en son temps, cefutceluy, lorsque par gentille industrie* il fit mourir son frère le duc de Guyenne', quand il y pensoit le moins ', et luy faisoit le plus beau sem-

tion, et le peu qui y est dit de lui est joint à la vie de Charles VIII. Nous avons dit plus haut (p. 283, note i) qu'il n'existe plus, à notre connaissance du moins, que des copies de la dernière révision de la première partie des Gremds capitaines français ; mais ces copies ne contiennent pas les expressions, les phrases, les passages que le réviseur a modifiés ou supprimés sur le manuscrit original. Heureusement que parfois le texte primitif se retrouve dans plusieurs des anciennes éditions. Ainsi c'est de l'édition publiée à la Haye en 1740 (15 vol. in-18), que nous tirons l'anecdote du fou, abrégée dans le ms. 6694.

1 . La dernière rédaction supprime ici cinquante lignes, comme nous l'avons dit dans la note précédente, et porte : « Lorsque par gentille industrie, il fit venir par devers eux le connétable Saint- Paul luy aiant mandé qu'il avoit grand besoing de sa teste.... » Voyez la suite, p. 332, ligne 8.

t. Charles de France, duc de Berry, puis (1469) de Guyenne, né en 1446, mort à Bordeaux le 24 mai 1472. Sa mort arrivait si 4 propos pour Louis XI que ses contemporains crurent qu*il avait été empoisonné et par lui.

3. Far. (Voyez le commencement plus haut, p. 326, note 1 . ) Tesmoing son frère le duc de Guienne qu'il fist mourir en luy faisant toutes les bonnes chères du monde, et amprès sa mort en faisoit des regretz qu'on eust dict qu'il ne l'eust jamais faîct fayre. Sinon qu'une fois, estant en dévotion à Nostre Dame, sa patronne, de Cléry, devant le grand autel, et n'aiant auprez de luy sinon son fol qui le descouvrist en luy oiant dire plusieurs fois : c Ah ! ma bonne dame, ma petite maistresse, ma prude amie, je te prie prier Dieu pour moy et estre mon intercesseresse qu'il me pardonne de la mort de mon frère. Je m'en confesse à toy, comme à ma bonne patronne. Mais aussi qu'eussé-je sceu moings fayre ? il ne me faisoit que brouiller mon royaume. Fais-moy donq pardonner, ma bonne dame. > Ainsni prioit ce bon roy aveq force autres petb propos pareilz, si bien que le fol les entendist et retint

« je ne vous avois jamais cogneu qu'à st* heure, dont « j'en suis bien aise, car j'ay fort ouy parler de vous, u et comme vous faictes rire le peuple en vos serc< mons. » Il lui respondit froidement, comme l'autre luy avoit parlé de coUère : « Monsieur, c'est raison « que le face rire, puisque le faictes tant plorer pour a les subcides et despences grandes de vos belles nopa ces que le peuple soufTre pour vous. » Ce fut à M. de Joyeuse se retirer, bien qu'il eust eu grand' envie de le frapper ; mais s'il l'eust touché le moins du monde, le peuple (qui est un mutin pour tels subjectz de leurs prescbeurs libres, car ils les ayment naturellement tels) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scandale sur lui et sa suitte ; car il estoit fort aimé dans Paris*.

Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louis XP, son père, et par luy mesmes tant bien observée curieusement, il faut un peu parler de luy, non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippes de Ck>mmines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus briefs que je pourray, de ses dictes dissimulations, fainctes, finesses et galanteries.

Le roy Entre plusieurs bons tours des dissimulations,

Louys XI« *.

i . L'Estoile à la date da 2 mars 1583 raconte une histoire analogue de Poncet et de d'Épernon.

2. Louis XI. fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, né à Bourges en i 423, succéda à son père le 22 juillet 4461 » et mourut Htt château de Plessis-lès-Tours le 30 août 1483.

Louis XI n'a pas de notice particulière dans la première rédac^

faintes, finesses et galanteries que fit ce bon roy en son temps, ce fut celuy, lorsque par gentille industrie* il fit mourir son frère le duc de Guyenne*, quand il y pensoit le moins ', et luy faisoit le plus beau sem-

tion, et le pen qui y est dit de lui est joint â la vie de Charles VIII. Nous avons dit plus haut (p. 283, note i) qu'il n'existe plus, k notre connaissance du moins, que des copies de la dernière révision de la prenotière partie des Grands capitaines français ; mais ces copies ne contiennent pas les expressions, les phrases, les passages que le réviseur a modifiés ou supprimés sur le manuscrit original. Heureusement que parfois le texte primitif se retrouve dans plusieurs des anciennes éditions. Ainsi c'est de l'édition publiée à la Haye en i7(iO (i^ vol. in-18), que nous tirons l'anecdote du fou, abrégée dans le ms. 6694.

i . La dernière rédaction supprime ici cinquante lignes, comme nous l'avons dit dans la note précédente, et porte : « Lorsque par gentille industrie, il fit venir par devers eux le connétable Saint- Paul luy aiant mandé qu'il avoit grand besoing de sa teste.... » Voyez la suite, p. 332, ligne 8.

t, Charles de France, duc de Berry, puis (1469) de Guyenne, né en 1446, mort à Bordeaux le 24 mai 1 472. Sa mort arrivait si 4 propos pour Louis XI que ses contemporains crurent qu^il avait été empoisonné et par lui.

3. Far. (Voyez le commencement plus haut, p. 326, note i . ) Tesmoing son frère le duc de Guienne qu'il fist mourir en luy faisant toutes les bonnes chères du monde, et amprès sa mort en faisoit des regretz qu'on eust dict qu'il ne l'eust jamais faict fayre. Sinon qu'une fois, estant en dévotion à Nostre Dame, sa patronne, de Cléry, devant le grand autel, et n'aiant auprez de luy sinon son fol qui le descouvrist en luy oiant dire plusieurs fois : c Ah ! ma bonne dame, ma petite maistresse, ma prude amie, je te prie prier Dieu pour moy et estre mon intercesseresse qu'il me pardonne de la mort de mon frère. Je m'en confesse à toy, comme à ma bonne patronne. Mais aussi qu'eussé-je sceu moings fayre ? il ne ose faisoit que brouiller mon royaume. Fais -moy donq pardonner, ma bonne dame. > Ainsin prioit ce bon roy aveq force autres petis propos pareilz, si bien que le fol les entendist et retint

ce je ne vous avois jamais cogneu qu'à st' heure, dont « j'en suis bien aise, car j'ay fort ouy parler de vous, a et comme vous faictes rire le peuple en vos serc( mons. » Il lui respondit froidement, comme l'autre luy avoit parlé de coUère : « Monsieur, c'est raison « que le face rire, puisque le faictes tant plorer pour €< les subcides et despeoces grandes de vos belles nop- « ces que le peuple souffre pour vous. » Ce fut à M. de Joyeuse se retirer, bien qu'il eust eu grand' envie de le frapper ; mais s'il l'eust touché le moins du monde, le peuple (qui est un mutin pour tels subjectz de leurs prescheurs libres, car ils les ayment naturellement tels) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scandale sur lui et sa suitte ; car il estoit fort aimé dans Paris*.

Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louis XI*, son père, et par luy mesmes tant bien observée curieusement, il faut un peu {>arler de luy, non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippes de Ck>mmines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus briefs que je pourray, de ses dictes dissimulations, fainctes, finesses et galanteries.

Le roy Entre plusieurs bons tours des dissimulations,

Louys XI» *.

i . L'Estoile à la date du 2 mars 4583 raconte une histoire analogue de Poncet et de d'Epemon.

S. Louis XI, fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, né à Bourges en 1423, succéda à son père le 22 juillet i461 , et mourut au château de Plessis-lès-Tours le 30 août 1483.

Louis XI n'a pas de notice particulière dans la première rédar-

LE ROY LOinrs XI. 329

(aintes, finesses et galanteries que fit ce bon roy en son temps, ce fut celuy, lorsque par gentille industrie* il fit mourir son frère le duc de Guyenne^ quand il y pensoit le moins % et luy faisoit le plus beau sem-

tion, et le peu qui y est dit de lui est joint à la irie de Charles VIII. Nous avons dit plus haut (p. 283, note i) qu'il n'existe plus, à notre connaissance du moins, que des copies de la dernière révision de la première partie des Grands capitaines français ; mais ces copies ne contiennent pas les expressions, les phrases, les passages que le réviseur a modifiés ou supprimés sur le manuscrit original. Heureusement que parfois le texte primitif se retrouve dans plusieurs des anciennes éditions. Ainsi c'est de l'édition publiée à la Haye en 1740 (15 vol. in-18), que nous tirons l'anecdote du fou, abrégée dans le ms. 6694.

i . La dernière rédaction supprime ici cinquante lignes, comme nous l'avons dit dans la note précédente, et porte : « Lorsque par gentille industrie, il fit venir par devers eux le connétable Saint- Paul luy aiant mandé qu'il avoit grand besoing de sa teste.... > Voyez la suite, p. 332, ligne 8.

2. Charles de France, duc de Berry, puis (1469) de Guyenne, né en 1446, mort à Bordeaux le 24 mai 1 472. Sa mort arrivait si à propos pour Louis XI que ses contemporains crurent qu*il avait été empoisonné et par lui.

3. F'ar, (Voyez le commencement plus haut, p. 326, note 1 . ) Tesmoing son frère le duc de Guîenne qu'il fist mourir en luy faisant toutes les bonnes chères du monde, et amprès sa mort en faisoit des regretz qu'on eust dict qu'il ne l'eust jamais faict fayre. Sinon qu'une fois, estant en dévotion à Nostre Dame, sa patronne, de Cléry, devant le grand autel, et n'aiant auprez de luy sinon son fol qui le descouvrist en luy oiant dire plusieurs fois : c Ah ! ma bonne dame, ma petite maistresse, ma prude amie, je te prie prier Dieu pour moy et estre mon intercesseresse qu'il me pardonne de la mort de mon frère. Je m'en confesse à toy, comme à ma bonne patronne. Mais aussi qu'eussé-je sceu moings fayre ? il ne me faisoit que brouiller mon royaume. Fais- moy donq pardonner, ma bonne dame. » Ainsin prioit ce bon roy aveq force autres petis propos pareilz, si bien que le fol les entendist et retint

blant de l'aimer, luy vivant et le regretter amprès sa mort ; si bien que personne ne s'en apperceut qu'il eust fait faire le coup, sinon par le moyen de son fol, qui avoit este audict duc son frère, et il l'a voit retiré avec luy après sa mort, car il estoit plaisant. Estant donc un jour en ses bonnes prières et oraisons à Cléry, devant Nostre-Dame, qu'il appelloit sa bonne patronne, au grand autel, et n'ayant personne près de luy, sinon ce fol qui en estoit un peu esloigné, et duquel il ne se doubtoit qu'il fust si fol, fat, sot qu'il ne pust rien rapporter, il l'entendit conmi' il disoit : a Ah! ma «bonne dame, ma petite maistresse, ma grande w amie, en qui j'ay eu tousjours mon reconfort, je te a prie de supplier Dieu pour moy , et estre mon advo- « cate envers luy, qu'il me pardonne la mort de mon

très bien; et puis après les redist à lay et aux autres. Mais amprez, il le paia bien, car aveq' sa foliie, il ne luy fut pardonné non plos qu'aux auti*es; car il en a faict tant mourir qu'il en fust faict une hystoyre qu'on appelle VHistoyre san^ante^ qui n'est point encore imprimée, dont c'est grand dommage, car on y verroit léans force choses et d'unes et d'autres.

Nostre roy Charles n'estoit pas tel, car il estoit très homme de bien; aussi fust-il fort regretté des siens. Pour fin, ce fut un des grands roy s du monde, encor' qu'il fust de fort petite stature, mais grand de courage et d'àme. Aussi disoit-on de luy en ce temps et luy attribuoit-on {Bourdignéy f*180) ce vers de Virgile partout :

Major in exiguo regnabat corpore virtus,

C'estoit un grand ccenr et nne grand' vertu qui régnoit en nng petit «corps. Il portoit pour devise Loz en croissant ^ aussi ne faot |M>int doubter qu' encor qu'elle luy convint bien tant qu'il a vesca, si son aage eust cren de plus, son loz eust encores creu davantage. (Suit l'article du maréchal de Gié.) (Ms. 6694, fol. 124.) Le vers cité par Bourdigné , puis par Brantôme , n'est pas de Virgile.

(( frère, que j'ay fait empoisonner par ce meschant <c abbé de Saint-Jean*. (Notez, encor qu'il eust bien servy en cela, il Tappelloit meschant ; ainsin faut-il appeler tousjours telles gens de ce nom.) Je m'en ff confesse à toy, comm' à ma bonne patronne et mais- M tresse. Mais aussi qu'eusse-je sceu faire? il ne me a faisoit que troubler mon royaume. Fay-moy donc- « ques pardonner, ma bonne dame, et je sçay ce que a je te donneray. » Je pense qu'il vouloit entendre quelques beaux présens, ainsi qu'il estoit coustumier d'en faire tous les ans force grands et beaux à l'église.

Le fol n'estoit point si reculé, ny despourveu de sens, ny de mauvaises oreilles, qu'il n'entendist et retinst fort bien le tout; en sorte qu'il le redit à luy, en présence de tout le monde à son disner, et à autres, luy reprochant ladite affaire, et luy répétant souvant qu'il avoit fait mourir son frère. Qui fut estonné ? ce fut le roy. (Il ne faict pas bon se fier k ces fols, qui quelquefois font des traits de sages, et disent tout ce qu'ilzsçavent,ou bien le de\înent par quelque instinct divin.) Mais il ne le garda guères; car il passa le pas comme les autres, de peur qu'en réitérant il fust scandalisé davantage.

Il y a plus de cinquante ans que moy, estant fort petit, m'en allant au collège à Paris, j*ouys faire ce conte

i. Jean ou Joardain Fanre (ou Favre), grand aumônier du duc de Guyenne, abbé de Saint-Jean-d'Angély. Emmené prisonnier en Bretagne, il fut enfermé dans la grosse tour de Nantes, et un matin c fot trouvé , dit Jean de Serres, roide mort dans sa chambre, d'un coup de foudre, ayant la face enflée, le corps et le visage aussi noirs qu'un charbon, et la Uitigue hors la bouche pltis de den^'pied. » {Inventaire^ <620, tome II, p. 179.)

à un vieux chanoine de là, qui avoit près de quatrevingts ans; et depuis, ce conte est allé de l'un à Tautre, par succession de chanoine en chanoine, comme depuis me Font confirmé de ceste mort. Qu'on lise les annales de Bouchet^ on y verra la meschanceté, la misérable fin et le désespoir de ce meschaDt abbé*.

Ce roy la donna bonne aussy au connestable de Sainct Paul ', luy aiant mandé de venir par devers luy qu'il avoit grand besoing de sa teste % non pas pour la consulter, mais pour la lui faire coupper, comm' il fit. Il ne Talla pas trouver pour cela, ny de son gré, mais livré par le duc de Bourgoigne.

Je ne veux m'amusera fère des contes de sa justice qu'il a faict exécuter sur les uns et sur les autres; car de cela je m'en rapporte à ceux, et aux grands personnages des courts de parlement, qui le sçavent mieux que moy, et aussi à l'histoire sanglante qui a esté escrite de luy, où elle touche plus sur les cordes aigres de sa yiequesur les douces. On m'a dict qu'elle est en la bibliotecque du roy, que le roy François ne voulut jamais qu'elle fut imprimée'; dont c'est dommage, car là dedans on y eust veu choses et autres; et plusieurs grands roys, princes et autres y eus-

i. Voyez les Annales^ Aquitaine^ part. IV, pp. Î78 et 279.

Page 1