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Bien habillez^ bien équipés

Sans aller plus advant, et. sans parler davantage de ce roy, il faut dire et ad vouer que ce fut un grand roy, tant pour grandz affaires d'estat, ainsy que Philippes de Commines le figure très bien, que pour la vaillance et la guerre, ainsy qu'il le fit bien parestre à la bataille de Montlhéry, qu'il donna bravement, sans s'estonner de ceux des plus grands quasy de son royaume, qui s'estoient contre luy eslevez et bandez pour le bien public.

J'ay ouy dire à une dame notable que le roy François le louoit extrêmement, fors qu'il estoit un peu trop cruel et sanguinaire; et que c'estoit celui qui avoit jette les roy s de France liors de page : « car avant « luy, disoit-il, les roys n'estoient que my roys, etn'aa voient gaigné encor l'authorité et prééminence sur a leur royaume comme depuis ; mesmes que les estats « et courts de parlements se mesloient fort de contrea roUer et censurer leurs actions, volontez et ordouf« nances : au lieu que cestuy-cy, assemblant ses esa tats et courts, ne disoient et ne faisoient rien si non w ce qu'il vouloit; jugeoit, ordonnoit, condemnoit, (c pardonnoit, absolvoit, le tout à son bon plaisir. »

Et disoit le roy François qu'ainsy il faUoit régner; qu'il sembloit * un juge de Moutravel en Périgord, qui estoit de son temps, et avoit porté longuement les armes de là les montz, et bon compagnon, qui faisoit et jettoit ses sentences comm' il luy plaisoit. Et si par cas on appelloit, il avoit tousjours près sa chaire une grand* espée à deux mains qu'il portoit souvant, il la desgaisnoit souvent soudain, et avec son cap de

i. Sembloit^ resseuibloit.

DioUj Tapprochoit du col du pauvre appellant, et luy faisoit si belle peur, lemenassant de le luy couper tout à net s'il ne désistoit de Tappel ; si qu'il estoit contrainct de subir à la sentence, telle qu'elle, qu'il eust prononcée. Le conte en est plaisant, et le proverbe en court encor aujourd'huy au pays : a II ressemble le juge de Montravel, qui veut estre bien creu et crainct en son dire et sentence, comm' il luy plaist. »

Or d'autant que ces lettres de ce grand roy que j'ay produictes et d'autres point aussi, j'ay aperceu et considéré son* signet très beau certes, et faict de bonne main, mais un peu bizarre, j'ay advisé aie contrefaire icy et le monstrer, bien que je sçache qu'il s'en trouvera assez, voire quasy à revendre,, dans les chambres de parlement et des comptes, possible pareils et semblables aux miens, sans rien changer aux précédentes. Le signet est doncques teP. J'en laisse à juger aux gens d'esprit la forme de la lettre; si que possible un bon escrivain n'y sçauroit que mordre ny censurer en son art d'ortographie, et mesmes en sa dernière lettre de S pour achever Louys.

Pour couronner la fin de nos petits contes de ce nostre grand roy, il faut que je face cestuy-cy, et puis plus, car il le vaut, que j'ay leu dans la Chronique de Savoy e *•

i. Comnie noas n'avons pas le manuscrit où Brantôme avait reproduit de sa main la signature de Louis XI, il nous a paru inutile de donner un fac-similé de cette signature, qui n'offre rien de particulier et qu'on rencontre sur de nombreuses pièces conservées à la Bibliothèque impériale et dans nos archives.

a. Voyez la Chronù/ue de Suvoje^ par G. Paradin, 4561, in-f%

348 GRANDS CAPITAEVES FRANÇOIS.

Le pape Eugène ' ayant envoyé une fois vers luy ud grand, suffisant et docte personnage du pays de Grèce et archevesque de Nicée, nommé Bessarion *, pour son légat, à moyenner la paix entre luy et le duc de Bourgoigne, Charles, ce bon docteur, n'estant si bon courtizan comme philosophe, et ne sçachant discerner la grandeur de Tun et à l'autre, et du seigneur au vassal, il s'en va luy premièrement vers le duc, duquel aiant eu sa despesche, s'en alla après fort nesciemment ' trouver le roy, qui trouva fort estrange la façon de ce pauvre philosophe, d'avoir abordé premier le vassal que le seigneur, cuidant que ce fût par quelque mépris. Nonobstant, il l'ouyst en son harangue philosophale tellement quellement. En après, d'un visage moitié courroucé^ moitié ridicule et de mespris, et lui ayant mis doucement la main sur la barbe révérenciale, à mode que fit le bon homme Hommenas quand il filloit les moustaches de la sienne, parlant des miracles des décretalles dans le bon rompu de Rabellais^ il luy dict : Monsieur le révérend,

Barbara graeca genus retinent quod habere solebant.

liv. III y ch. XXVI, p. 293. Brantôme a copié à peu près textuellement son récit.

1. Paradin et Brantôme se trompent de nom, le dernier pape du nom d'Eugène, Eugène IV, étant mort en 1447. Voyez la note suivante.

2« Bessarion, célèbre théologien et philologue, cardinal, né à Trébisonde en 1395, mort à Ravenne en 1472. Il vint en France en 1471, c'est-à-dire sous Paul II, mort le 29 juillet de la même année, ou sous Sixte IV, élu le 9 août suivant.

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