Jean d^Albret. Voyez tome I, p
4. Hortolan^ jardinier, de T italien ortolanoy ou de Tespag^nol liortelano.
Toutesfois ses ennemys n'éjambarent rien sur lui , ni sur un seul poulce de terre de son royaume ; car il mourut très pacifique et très absolu roy, et en tiltre le plus beau et le plus honnorable que jamais porta roy de France, qui estoit celui de Père du peuple et Bien aymé du peuple ; ce qui donna à croire à plusieurs qu'il esloit bénit et bien aimé de Dieu : si bien qu'il a laissé après lui par tout le peuple de France, que quand il est si surchargé et accablé de grandes tailles, taillons, subcides et imposts, il crie tousjours: « Qu'on ff nous règle et remette seulement soubs le règne de u ce bon roy Louis Xll"^ ! »
S'il fustesté aussi jeune, quand il vint à la couronne, que son prédécesseur, il eust faict de grandes choses; car il estoit très brave et très vaillant. A ceste bataille qu'il donna aux Vénitiens, on lui vint rapporter qu'ils avoient desjà prit le logis qu'il vouloit pour lui : « Et « quoy, dict-il, sont ils desjà logez pour le seur? — « Ouy, sire, luy fut-il respondu. — Or bien , répli- <c qua-il, il faut aller loger sur leur ventre, y* comm' il fit ; car il les en deslogea, leur donna la bataille et les deffit. Et ainsi que l'artillerie donnoit, on luy dict qu'il s'ostast de devant : « Rien, rien, ce dict-il. Je « n'en ay point de peur; et quiconque en aura peur, « qu'il se mette derrière moy, il n'aura point de ce mal. »
H estoit très beau et très agréable, ainsy que tous ses portraicts l'ont représenté, comme celui qui est au grand portail de Bloys, et comme d'autres que l'on voit aux cabinets de nos roys, reynes et princesses, dont j'en ay veu un en celuy de la reyne de Navarre d'aujourd'huy, qui le représente vestu tout de blanc,
de très belle et haute taille, de fort bonne grâce, et sur tout un visage doux et bon, et qui monstroit toute candeur. [IP fut un blasmé de s'estre layssé trop gouverner au cardinal d'Amboyse ; car les affayres pour cela n'en allarent pas mieux ; car, si Ton veut croyre Guicbardin* et autres, il estoyt fort ambitieux et se vouloyt mesler de tout ; il voulut estre pape après la mort de Alexandre et en fit de grands brigues ; et, ne le pouvant estre, il ayda à faire le pape JuUes, qu'il voulut aprez deffayre par un concile et se faire eslyre pape. Voyez qu'il y eust homme qui fust accusé de vouloyr empoysonner ledit pape ; voyez Guichardin. Enfin son ambition gasta tout et ne fit trop de bien. En quoy ce n'est pas le milleur, si ay-je ouy dire à un grand, que ces grands cardinaux se meslent tant des affaires du monde. Le roy Louis XI se layssa gouverner au cardinal Balue', duquel il descouvrit aprez la meschanceté. Le roy Charles Vlli ne se trouva pas bien de croire tant le cardinal de Saint-Malo * pour ses affayres d'Italie et de Naples. Tout cela est aysé à notter, exemple par exemple. Nostre roy François, pour la faute que fit M. le cardinal de Lorayne', bien qu'il fust très bon et y allast de bonne foy, ne s'en trouva mieux en la conqueste du Piedmont. 11 eust
1 . Le passage qui suit jusqu'à la fin de Falinéa ne se retrouve pas dans le ms 3262. Il a été rajouté par Brantôme en marge du folio 127 v<* du manuscrit 669(i, puis biffé. Nous avons cru devoir, comme les derniers éditeurs, Tintercalcr dans le texte.