LOUIS CONTE D'ARMAGNAC
sœur (j'estois à ses nopces, il y a plus de quarante ,ans), estoit en peine extrême, prîst la poste du fin fonds de l'Escosse, vint en France supplier et requérir le poy pour luy ; ce qui lui servit beaucoup. C'est un beau traict, certes, digne d'estre loué d'un chacun.
Quittons' ce discours; reprenons nostre premier, de nostre grand roy Louys et de plusieurs de ses grands capitaines. Il eut ce grand Jehan- Jacques Trivulse, duquel j'ay parlé ailleurs*, et parle maintenant de ce brave et vaillant conte Louys d*Armaignac, in- Louis conte titulé duc de Nemours, lieutenant du roy au royaume «^'Armagnac*, de Naples. Il fut fils de ce conte d'Ârmaignac que le roy Louys XV fît décapiter aux hasles à Paris ', et lui et son frère y estoient présens et fort jeunes enfans, que j'ay ouy dire à ma grand' mère, et estoient vestus tout de blanc, testes nues et mains jointes^ et le sang de leur père les taignit tous et les enrougist tumbant de l'eschaffault en bas. Âinsy le voulut le roy pour leur donner exemple et crainte. Cedict roy ne luy pardonna pas, comme fit le roy sainct Louys à un conte d'Armagnac un peu rebelle à lui. Voyez Paule i£mile\
i . Voyez plus haut, p. 22i et suivantes.
2. Louis d'ArmagnaCy d'abord comte de Guise, puis duc de Nemours, après la mort de son frère aine Jean, mort sans postérité. Il fut vice-roi de Naples et périt en 1503 à la bataille de Gérignole.
3. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, fils de Bernard, comte de la Marche, décapité à Paris pour crime de lèse*roajesté, le 4 août 1477. — L^anecdote de ses enfants assistant à son supplice est controuvée.
.4. Livre VII. Brantôme se trompe. Ce ne fut pas contre saint
Ledict Louys, conte d'Armagnac, mourut à la bataille de CerignoUes, qu'il donna au grand capitaine dom Gonzalyo, voulant pourtant la différer, car il la Yoyoit peu advantageuse pour les François, mais il fut taxe de M. d'Alègre, dict Precy*, estre par trop froid et peu entendu au devoir d'un général ; dont lui, qui estoit fort hault à la main, à la gasconne, s'en estomaqua de telle façon qu'il partist de la main et lui voulut porter l'espée à la gorge pour le tuer, ne fust esté M. Louys d'Ars/ qui se mit au devant et l'en garda. £t s'estant appaisé: « Ouy vraiment, dict-il^ « vous aurez la bataille puis que vous la voulez tant, « et combattray non comme froid, ains tel que (( je suis, brave, bon et fidel serviteur de mon a maistire^ et nullement poltron ; mais j'ay belle a peur que ce brave qui parle tant bataille, qu'il ic se fie plus à la vitesse de son cheval qu'au fer <c de sa lance. » Et là dessus il part^ il donne combat vaillamment, et meurt sur la place fort honnorablement ; et en un rien la bataille fut commencée et perdue pour nous. Paulo Jovio raconte gentiment cela*,
Lotds, mais contre son fils et sncœsseor Philippe III, qu'en 1271 Géraud Y, comte d'Armagnac, fit acte de rébellion ^ et obtint sa gr&ce. Un nouveau méfait du même genre le fit emprisonner pendant deux ans (1279-1281) au château de Péronne.
1 • François d'Alègre, sieur de Précy^ grand maître des eaux et forêts. Ce ne fut pas lui, comme le dit Brantôme, mais son frère alnéy Yves, qui fut tué à la bataille de Ravenne. Voyez p. 373.
2. Non pas dans son Histoire^ car le livre oii aurait pu ètte racontée la bataille de Gérignole est un des six (5 à 11) que P. Jove prétendit avoir perdus au sac de Rome, mais dans sa vie de Gonsalve de Gordoue.