y a évidemment ici plusieurs mots passés dans le ms
Mais nous voulons la conté d*Ast,
Et le chasteau de Milan aussi,
Et des escus quatre cens mille,
Pour retourner en nos pays.
— Vous arez vos fiebvres quartaines ,
Avec force coups de lance
Pour vous chasser en vos pays * ! »
Le roy s'appaisa à la fin, mais non qu'il ne le blàmast fort de ceste deffaicte de Novare; car de là venoit la première origine de ceste capitulation, qu'on n eust esté en peine de faire si Tennemy n'eust vaincu ; et pour ce, comme j'ay ouy dire^ ne lui en fit jamais si bonne cbère, et luy eust rendu, quoyqu'il eust tardé; mais il mourut à propos pour lui bientost après ; dont le roy François le prist en faveur et Tayma, et s'en servist aussi très bien en Picardie, lieutenant général du roy, et en d'autres lieux; et en la bataille de Ravie, après avoir combattu très vaillamment et plus que son vieil aage ne lui concédoit, il mourut au champ de bataille et au lict d'honneur, monstrant par sa mort au monde que, si quelquesfois les grands capitaines sont desfavorisez de la fortune en quelques exploicts, que pourtant il ne les en faut blasmer, ny eux, ny
i • Cette chanson avec des ratures se trouve écrite de la main de Brantôme sur une feuille volante, qui est paginée 167 dans le ms. 6694. A la suite, on lit : « Si fallust-il, nonobstant le dire de la chanson, capituler et donner les quatre cens mille escus ou à peusprès ; autrement Digon (Dijon) estoyt prys, et pouf ce en donner ostages, comme disent les croniques. Et conune le roy trouva ceste capitulation, et plusieurs de son conseil,^ fort ignominieuse, toutesfoys, à la fin, on la trouva bonne et fort advantageuse. > Brantôme a écrit au bas de la page : « Faut mètre cecy où je parle de monsieur de la Trymouille. »
M. DE LA TRIMOUILLK. 401
leurs courages ny leurs valeurs ; mais la fortune, qui tient toutes choses mondaines en sa main, et se plaist en faveur, en disgrâce, en gloire et déshonneur, les donner en abondance et en espargne, ainsy que porte sa volonté, aux mis et aux autres.
Qui voudra plus au long sçavoir de ce grand capitaine lise un livre que Guillaume Bouchet*, chroniqueur de FAquitaine, a composé à sa louange, qui s'intitule Le jardin d honneur; lise aussi les histoires de nostre temps , tant françoises qu'étrangères : il y trouvera prou à lire de luy et de plusieurs de sa race et maison, qui est Tune des belles^ nobles, généreuses et riches de la France.
Quand ce vaillant chevalier et grand capitaine mourut, mon père estoit près de luy et fut blessé à mort : y perdit beaucoup, car il l'aymoit naturellement^ tant pour sa valeur que pour une obligation qu'il se souvenoit et remémoroit souvant d'avoir à la maison de Bourdeille, d autant que ce fut le cardinal de Bourdeille son grand oncle, archevesque de Tours*, qui remonstra au roy lîouis XP le tort qu'il se faisoit et à sa conscience de retenir la visconté de Touars aux enfans d§ messire Louys de la Trimouille, à cause de Marguerite d'Amboise, et que ce n'estoit bien faict. Le roy, qui craignoit ledict cardinal
i. Jean (et non Gnillaunie) Bouchet, Tanteur des Annales ^A^ quitaine^ déjà citées plus d'nne fois. A ma connaissance aucun livre de Bouchet ne porte le titre que donne Brantôme, qui veut sans doute parler du Pcutégyrique cité plus haut, p. 493, note 2.
2. Son grand-oncle, c'est-à-dire grand-oncle du père de Brantôme. — Élie, cardinal de Bourdeille, fut archevêque de Tours de 1468 à 1484.
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bercourt •.
et le croioit, ne faiUist aussi tost d'en faire la restitution. Cela se trouve par escrit^ ; et Fay ainsi véu dire à mondict sieur de Bourdeille mon père , qui le plaignoit fort.
Ce bon chevalier sans reproche eut un filz, que, s'il eust vescu, eust ressemblé au père en tout, comme sa noble mort le monstra, qu'il fit à la bataille des Suisses; etl'appeloit on le prince de Talmont*, M. d'Im- Ceste bataille fut aussi signalée par la mort de M. d'Imbercourt*. Son père ou grand-père' fut celuy à qui les Gantois firent si injustement mourir et trencher la teste à la veue de ceste belle dame et honneste, leur maistresse, madamoiselle de Boui^oigne', laquelle, en teste eschevelée et cheveux espars, en larmes et prières, à mains joinctes, leur demanda sa vie et celle de son chancelier''; mais ils furent si cruelz qu'ils les luy refusarent tout à plat*. Quelle cruauté et discourtoisie de faire tel reffus à une si honneste princesse et la plus riche héritière de la chrestienté !
i. Voyez le Panégp'ique^ de J. Bouchet, ch. m et xi.
2. Charles de la Trémoille, prince de Talmont, tué à yingt-neuf ans à la bataille de Marignan. J. Hochet a composé en son honneur Le Temple de bonne renommée. Paris, 1 51 6, 4% goth. de 6 fen^lets.